LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES
« La deuxième propriété du coulon est qu’il norist les petis des autres, spécialement quant les pères et mères sont mors, ou ne retournent point pour les nourir : cela se rapporte au don de piété. C’est doncq à dire que le chrestien, après son baptesme, doibt estre misericordieulz, pitoyable et rempli de compassion et de charité, spécialement aux poures orphelins sans père et sans mère; spécialement aulz poures vefves; spécialement aulz poures gens de son sang et de sa lignie; spécialement aux poures gens honnestes qu’ilz n’ossent, pour lhonnesteté de leur lignage, déclarer ne demander leurs nécessités; spécialement aussi à ceulz et à celles qu'y ne sceuvent ou ne poeuvent autant gagnier qu’ilz leur fault pour eulz tous; spécialement aussi à ceulz et à celles quy sont malades, ou debilles ou qu’ilz ne se poeuvent aydier. Se l'esprit de Dieu esten toy, tu doibs scavoir et congnoistre à quelz tu puelz mieulz distribuer les biens de Dieu : quia unctio eius docet nos de omnibuz. Et se tu n’as le pourquoy pour subvenir aulx poures gens au mointz tu poelz faire ce qu’il s’ensieut; c'est que tu le poelz signifier à ceulz qui les poeuvent aydier ou tu les puelz faire quelque service corporel.
« La troisième propriété du coulon est qu’il eslit pour soy et pour ses petis les milleurs grains, et reiette les menres (moindres). Cela se rapporte au don du Saint-Esprit; que nous appelons le don de science. C'est doncq à dire que le bon chrestien, quy a en soy ce don
et la science du Saint-Esprit en la prédication ou en la letture d'aucun bon livre, il eslit pour son instruction, et pour l'instruction des autres les milleurs grains; c’est-à-dire les milleures et les plus sainnes sentenses, et les plus convenables à son salut, comme de nostre sainte Bible et des anchiens et sains docteurs de Sainte Église. Aussi, en une congrégation, il considère lesquelz vivent le plus près à la vérité de l'Évangile, et seloncq les Commandemens de Sainte Église et les prent et attire à soy, pour les enseieuyr.
« La quatrième propriété du coulon est qu’il se niche et fait sa demeure es-traulz despierres,ou des massiers. Par la piere nous entendons, seloncq saint Paul, Jhu-Crist, et, par les traus nous entendons ses plaies; cela se rapporte au don de force. C’est donc à dire, quant le chrestien est assally d'aucune mauvaise tentation, il doibt recourir hastivement à Nostre Seigneur Jhu-Crist et à ses saintes playes, et en ycelles se doibt muchier par dévote méditation et ardente affection, et par cela prendra force pour le reboutter virillement, et constamment sans il donner consentement.
« La cinquième propriété, pour la fin, est qu'il (le coulon) ne repose nulle part, senon en « sa bedde » ou à sa frenestre; et, quantila recoelliet sa pasture, tantost retourne aucdit lieu : cela se rapporte au don de sapience. C’est donc à dire que le chrestien, en ce monde présent, ne se doibt point arrester par affection, ne par amour désordonné, et se aucunes fois, pour les nécessités du corps, il lui fault estre, néantmointz il se doibt souvent eslevèr en esprità sa maison, lassus, et doibt tousiours devant soy envoyer tous ses biens, pour les rouver en tamps propice. Quant gens moent de ville et de maison, il envoient devant eulz leurs biens; il nous fault cy après changer de ville et de maison, pourtant soions soigneulz de pourveoir à nostre affaire. Nous prions Dieu. »
Verset 17.— « En même temps, on entendit cette voix qui venait du ciel : c’est là mon Fils bien-aimé en qui je trouve mes délices. » Dieu, par cette voix, reconnaissait Jésus-Christ pour son propre Fils et le distinguait des pécheurs parmi lesquels il était confondu ; par une approbation solennelle, il autorisait la mission du Messie; enfin il manifestait les effets du baptème que Jésus-Christ allait instituer, c’està-dire l'adoption comme enfants de Dieu de ceux qui recevront ce sacrement, l’effusion du Saint-Esprit sur eux et le don du Ciel qui s’ouvrait pour eux. Pour les exégètes rationalistes, la voix divine ne fut sans doute qu’un coup de tonnerre que les assistants prirent pour un oracle divin. Il serait puéril de discuter de telles imaginations, si contraires au sens évident de l’Écriture. Il y a plus d’intérêt à noter les circonstances extra-évangéliques que rapportent diverses traditions.
Un apocryphe hérétique, l’auteur de la Prédication de saint Paul (1), dit que Jésus, poussé par sa mère à recevoir le baptême, fit une confession publique de ses péchés. no qui rejette, quand il lui plaît, les textes authentiques de l'Évangile, s'empresse d’accucillir cette fable et en conclut naturellement que Jésus n'était pas sûr encore de son impeccabilité et de son rôle messianique.
Saint Jérôme (2) parle du tonnerre qui aurait accompagné la voix du Seigneur.
L'Évangile apocryphe des Ébionites ou Nazaréens, cité par saint
(1) Ap. Tract. de non iterand. bapt. in oper. S. Cyprian. Cr PSS LXX VI, «7.
Épiphane{), parle d'une vive lumière qui éclaira toute la région d’alentour, au moment de l'immersion de Notre-Seigneur. L'apparition de cette nuée lumineuse est mentionnée dans les oracles Sibyllins (2) et dans quelques anciens exemplaires grecs du texte de saint Matthieu (3). Est-ce à l'Évangile des Ébionites que saint Justin, saint Grégoire de Nazianze, Juvencus et saint Jean Damascène ont emprunté l'indication de cette circonstance que les Syriens ont introduite dans leur liturgie? Il nous paraît plus probable que
tous ont puisé à une source commune, c’està-dire à une antique et très respectabletradition de l'Orient, qui a peutêtre déterminé les Grecs à donner à leur Théophanie le nom de Fête de la lumière. Quelques écrivains voient l’origine de cette croyance dans la lumière qui dut resplendir autour du corps du Sauveur, particularité qui a été très heureusement exprimée par un certain nombre de peintres.
Les lumières du Jourdain sont représentées par des étoiles dans les ivoires byzantins atta- MATH chés à la croix avec la-
Ivoire d'une Croix grecque représentant les quelle on bénissait l’eau ’ lumières du Jourdain. au jour de la Théopha-
nie. Nous reproduisons une gravure que Pacciaudi a publiée, d’après