‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 59 sur 283 · LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES

tout un corps de doctrine, il se bornait à la prédication de la pénitence, à la purification du baptème, à l'annonce du Messie. L'importance de ces promesses, le rite symbolique qu’il employait, la vie austère qu’il menait, tout, jusqu’à son costume étrange, devait frapper l’imagination et lui créer rapidement un certain nombre de prosélytes.

L'incrédule allemand, par là même qu'il a fait de Jésus un simple disciple de saint Jean, essaye de prolonger les prédications de ce dernier bien longtemps après le baptème du Messie. Le docteur Kuhn, par des calculs très précis, a montré (1) que la mission du Précurseur a duré tout au plus une année et qu'elle s’étendit seulement du printemps de la quinzième année de Tibère jusqu'à l’hiver de la même année ou jusqu’au printemps de l’année suivante.

Il ne faut point s'étonner qu'après avoir baptisé Jésus, saint Jean ne se soit pas rangé au nombre de ses disciples; sa mission n'était point terminée ; il devait préparer les esprits à recevoir le Messie là où Jésus ne s'était pas encore manifesté ; c'est pour cela qu’il prolongeait encore ses prédications lorsque Notre-Seigneur, revenu en Galilée, se rendit à Jérusalem pour assister à la première Pàque.

ARTICLE VII

Du culte relatif au Baptême donné par saint Jean et au Baptême reçu par Jésus-Christ

C'est surtout parce que saint Jean a conféré son baptême à Notre- Seigneur que l’Église a rendu au Précurseur un culte solennel qui s'adresse successivement à sa Mativilé et à sa Décollation. La fête du 24 juin était jadis précédée d’un carême de trois semaines ; partout, au moyen âge, on célébrait en son honneur des feux de joie. Aujourd’hui encore, le culte de saint Jean est resté vivace dans toutes les contrées chrétiennes, parce qu'il est impossible de ne pas être frappé du rôle important et exceptionnel qu’a rempli le Précurseur dans l’économie de la divine Providence. Sa naissance a été annoncée au

(1) La Vie de Jésus-Christ au point de vue de la science, trad. Nettement, pp. 130-192,

monde, comme un miraculeux bienfait, par un messager des cieux ; avant de naître, il était déjà sanctifié ; 1l a eu po mission de montrer du doigt le Messie, que les autres prophètes n'avaient fait qu’entrevoir à travers le voile de l'avenir ; il a versé sur la tête du Sauveur l'eau sacrée du Jourdain, emblème de cette eau mystique du baptême qui devait régénérer le monde ; placé sur le seuil des deux Testaments, il a été la ni. parole de FAIRE Loi, il a été le premier sang versé de la nouvelle. |

Nous n'avons pas à nous occuper en général du culte rendu à celui que ses fonctions ont fait surnommer /e Baptiste, mais seulement du culte spécial relatif au souvenir de son baptême. C’est en nous circonscrivant à ce point de vue que nous allons terminer ces prolégomènes historiques, en consacrant trois paragraphes : 1° à la vénération justement rendue au Jourdain; 2° à la fête commémorative de l'Épiphanie; 3° aux Chrétiens de Sim Jean ou Mendaites.

Le Jourdain

Le Jourdain, fleuve unique de la Palestine, était appelé par les hébreux Yarden; les Arabes en ont fait Ordun, nom qu’ils réservent à la partie supérieure du fleuve. Ils appellent Schertat-el-keber (grand passage) la partie inférieure, sans doute en souvenir du passage des Israélites. Le lit du fleuve est considérablement abaissé ; jadis il débordait pendant les mois pluvieux ; aujourd’hui il est presque partout encaissé dans des bords à pic fort élevés. En automne, il a de trois à quatre pieds de profondeur, dix en certains endroits (1).

Après le baptème de Notre-Seigneur, le Jourdain devint et resta l’objet de la vénération des chrétiens ; son nom fut tellement le synonyme de baptême, que Prudence et les Alexandrins le donnèrent aux fonts baptismaux, usage qui s’est perpétué jusqu’à nos jours chez les Orientaux.

L'endroit même où Jésus reçut le baptème dut être tout particulièrement vénéré. D’après le témoignage de saint Antonin, on planta une croix de bois dans l’eau et l’on revêtit de dalles de marbre le rocher où

(x) Mislin, les Lieux saints, t. III, p. 117

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