‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 60 sur 283 · LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES

s'était tenu saint Jean. Le vénérable Bède, qui vit cette croix au commencement du vin* siècle, nous dit (1) qu’elle avait la hauteur d’un homme et qu’elle se trouvait submergée dans les fortes crues. Il ajoute qu’un pont supporté par des arches partait de cette croix et communiquait avec un grand monastère, situé sur la rive et dédié à saint Jean-Baptiste. C’est au pied de cette croix que sainte Marie l'Égyptienne et bien d’autres personnages vinrent recevoir le baptême. D’après la tradition, ce serait sainte Hélène qui aurait érigé près de là une chapelle quadrangulaire dont la coupole était soutenue par quatre piliers. On en voyaitencore des restes au commencement du xvur° siècle. « Près de ce lieu, dit un pèlerin de cette époque (2), se voyent les ruines d’une petite église, laquelle souloit estre sur la rive du bord du fleuve et édifiée, selon la tradition des Pères orientaux, au lieu où furent mis et gardez les habiz du Sauveur. Notez que j'ai dit que la dite église souloit estre sur le bord du fleuve, et à présent ses ruines en sont éloignées, parce que iceluy fleuve Jordain s’est retiré de son cours ancien d'environ deux milles plus avant vers l'Orient et l'Arabie. »

Saint Jérôme nous dit combien les catéchumènes de son temps aimaient à se faire baptiser dans le Jourdain, près de Bethabara; il yen avait même qui retardaient outre mesure leur baptême dans l’espérance d'aller le recevoir dans le fleuve sacré. Saint Ambroise combat cet abus en disant aux fidèles (3) qu’il n’est pas nécessaire d'aller se régénérer dans la Palestine, que le Christ est partout, et que là où est Jésus-Christ, là aussi est le Jourdain.

Au moyen âge, les immersions baptismales d'adultes dans le Jourdain n'avaient plus lieu que pour de rares convertis, mais les pèlerins ne manquaient jamais de prendre un bain dans les ondes du fleuve sacré. Vers l'an 1040, saint Uldaric, moine de Cluny, fut attaqué, ainsi que ses compagnons, par une troupe de Sarrasins, alors qu'il se baignait dans le Jourdain (4). Le 5 janvier 1 100, veille de l’'Épiphanie, Godefroy de Bouillon accompagna les pèlerins d’Antioche et d’Edesse et alla se baigner avec eux dans les flots du Jourdain.

L'égoumène russe Daniel raconte ainsi (5) l'immersion des pèlerins grecs en 1113: € J'ai vu tous ces lieux de mes yeux de pécheur, et

1) De loc. sanct., C. XII.

2) J. Zuallart, le Très Dévot Voyage de Jérusalem (1608), 1. IV, p. 38. 3) Serm. XLI.

4) Act. SS. Ben., sæc. VI, vit. S. Uldar.

).Pèlerinage en Terre sainte, p. 31.

Dieu a daigné m'accorder la grâce de visiter trois fois le Jourdain. Un peuple innombrable arrive sur le rivage ; des chants sacrés très harmonieux ne cessent pas de toute la nuit ; des bougies sans nombre s’allument dans toutes les mains, et la bénédiction de l’eau s'opère à minuit. Le Saint-Esprit descend alors sur les eaux du Jourdain, ce qui ne peut être vu que par des yeux qui en sont dignes, mais non par le vulgaire, sinon que chaque homme éprouve une joie ineffable dans son cœur, lorsque les prêtres immergent la sainte croix. » En lan 1204, jour de l'Épiphanie, dix mille pèlerins se baignèrent dans le Jourdain. Chaque nation construisait un autel où se disait la messe. On plongeait la croix dans le fleuve, après le chant de l'Évangile relatif au baptème de Notre-Seigneur (1).

Vettori mentionne une médaille de la Bibliothèque Vaticane représentant le baptème de Notre-Seigneur, avec cette légende : Redemptio filius hominum, et en exergue : 1orda. M. de Rossi croit que c'est une de ces médailles qu’on distribuait aux pèlerins qui étaient venus se baigner dans les eaux du Jourdain (2).

Aujourd’hui, ce n’est plus à l'Épiphanie, mais aux fêtes de Pâques que les Grecs accomplissent ce pieux pèlerinage. Ils s’y trouvent mêlés aux Arméniens, aux Coptes, aux Abyssiniens, aux Éthiopiens, aux Syriens. Hommes, femmes, enfants, ordinairement au nombre de trois ou quatre mille, se plongent trois fois dans l’eau, tantôt nus, tantôt revêtus du linceul qui doit servir à leur sépulture ; ils boivent abondamment de cette eau pour purifier leur âme ; les popes, qui se trouvent au milieu du fleuve, leur en versent sur la tête et baptisent les enfants qu’on leur présente.

Un certain nombre de Grecs croient que si l’on se noie dans le Jourdain, on se trouve absous de tous ses péchés. C’est du moins ce que nous raconte M. le comte d’'Estourmel : « Démétrius, dit-il en parlant de son guide (3), fut au moment de trouver dans le Jourdain la rémission de ses péchés, rémission assurée aux Grecs, nous disait-il, quelle qu’ait été leur vie passée, pourvu qu’ils puissent se laver dans cette onde salutaire. Pendant qu’il nous exposait sa doctrine, qu'il m'avait déjà professée à Tibériade, le pied lui glissa, il coula dans le fleuve, et nos soldats n’eurent que le temps de le retenir par les cheveux ; un pied de plus, il était sauvé. »

(1) Frà Riccoldo, finer. ai paesi orientali.

(2) Bullettino, 1869, n° 4, p. 58.

(3; Voyage en Orient, t. IT, p. 7.

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