‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 61 sur 283 · LIVRE 1. — PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

LIVRE 1. — PROLÉGOMÈNES

Les Coptes, après leur ablution fluviale, montent sur les arbres du rivage, y cassent des bâtons de toute grandeur, les trempent trois fois dans le Jourdain et les emportent comme un précieux souvenir (1).

D'après un usage observé de tout temps, les pèlerins de l'Orient, conime ceux de l'Occident, renouvellent leurs vœux de baptème dans ce fleuve et en rapportent de l’eau qui sert ordinairement aux baptèmes de leur famille. En 1716, le cardinal Ottoboni fit transporter de la Palestine à Vienne une grande provision d’eau du Jourdain et l’offrit à Charles IV pour le baptême du jeune archiduc Léopold. - ;

Le Jourdain, visité par des pèlerins venus de toutes les parties du monde, devait donner naissance à bien des légendes. Selon une des des plus anciennes, « Adam et ve, après leur prévarication, auraient dû chacun séparément, faire pénitence dans le Jourdain pendant quarante jours, y laver leur faute, puis rentrer dans le Paradis. Adam soutint l'épreuve fidèlement, mais Eve se laissa de nouveau tromper par le démon qui, cette fois, avait pris la forme d’un ange; elle sortit trop tôt du fleuve et gâta encore une fois toute l'affaire (2). »

Jean Bar-Zugbi, moine du xru° siècle, a consigné dans un poème sur le baptême et l’eucharistie (3) une singulière légende des Nestoriens. Quand saint Jean-Baptiste eut baptisé Notre-Seigneur, il recueillit dans une coupe l’eau qui découlait du corps du Sauveur ; cette coupe, toujours pleine, échut à Papôtre saint Jean qui, à la Cène, reçut deux parts de l’Eucharistie et en conserva une dans son vase ; dans ce même vase fut recueillie une partie de l’eau et du sang qui découlèrent du côté de Jésus crucifié. Après la descente du Saint-Esprit, les apôtres se partagèrent ce précieux liquide dont ils se servirent comme d’un divin ferment en administrant les sacrements de baptême et d’eucharistie.

Sa?

L'Épiphanie

L'Épiphanie ou Théophanie, comme disent les Grecs, est, d’après

l'étymologie du mot, la fête de la manifestation de Dieu parmi Îles

(1) F. Bovet, Voyage en Terre sainte, 6e édit., p. 260. (2) Chronik des Rudolph von Hohenems, cité par Mgr Mislin, op. cit., t. LIL, c. xxxvI. (3) Bibl. orient., t. IT, part. I, p. 300. :

hommes. Pendant plusiens siècles, on célébra par là l'apparition de Dieu sur la terre, c’est-à-dire la naissance du Sauveur ; mais quand la fête de Noël devint obligatoire pour toutes les églises (376); l’'Épiphanie, en gardant son nom, célébra trois manifestations postérieures de la gloire du Christ, l’Adoration des Mages (Christophanie), le baptême du Foutaie (Théophanie) et le miracle des Noces de Cana (Bethphanie). Les rites ambrosien et mozarabe y ajoutèrent la multiplication des pains (Phœgiphanie).

Autrefois, dans l'Église latine, le jour de l’Octave de l’'Épiphanie était consacré tout entier au baptême de Notre-Seigneur ; de cet antique office, l'évangile seul a été conservé.

La bénédiction solennelle de l'eau, en souvenir du baptême du Jourdain, s’est célébrée dans quelques églises du rite latin et spécialement en Italie. Paul V autorisa cette cérémonie de la veille de l’Épiphanie partout où elle existait, et inséra dans le Rituel une formule pour cette bénédiction. Mais cet usage tomba bientôt en désuétude. Aussi Benoît XIV, en revisant le Rituel romain, en supprima-t-il ces prières. |

La liturgie grecque a d’admirables hymnes pour sa fête de la Théophanie. On nous saura gré de reproduire ici un des plus beaux chants des Ménées :

Le Jourdain remonta un jour vers sa source à l’attouchement de la melote d'Élisée, lorsqu’Élie fut enlevé au ciel ; les ondes du fleuve se divisèrent, et une voie solide s’ouvrit au Prophète, et cette voie à travers les eaux était la figure du baptême par lequel nous traversons le fleuve de la vie. Le Christ est apparu : il vient renouveler toute créature.

« Aujourd’hui la nature des eaux est sanctifiée, le Jourdain est divisé; il suspend le cours de ses sources à l'aspect du Seigneur qui vient s'y baigner.

O Christ Roi! tu es venu au fleuve, comme un homme, recevoir le baptême des serviteurs; tu t'empresses, Ô miséricordieux! de te placer sous la main du Précurseur, pour nos péchés, Ô ami des hommes !

« A la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur, tu es venu, Seigneur, prenant la forme d’esclave, implorant le baptême, toi qui ignores le péché.

« Les eaux t'ont vu et elles ont tremblé. Le Précurseur a été saisi de crainte, et il s’est écrié, disant : Comment la faible lampe allu-

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