LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES
mera-t-elle la lumière ? Comment le serviteur imposera-t-il la main sur le maître ? Sanctifie-moi et sanctifie les eaux, Ô Sauveur! qui effaces le péché du monde...
« La main tremblait, la main du Précurseur, du Baptiste, du Prophète, honoré plus que tous les Prophètes ; car il contemplait l’Agneau de Dieu, qui lave le péché du monde, et, dans son trouble, il s’écriait : O Verbe ! je n’ose mettre ma main sur ta tête: Sanctifie-moi et m'éclaire, Ô miséricordieux ! Car tu es la vie, la lumière et la paix du monde.
« C'était chose merveilleuse de voir le Seigneur du cielet de laterre, dépouillé dans le fleuve, recevant de sa créature le baptème pour notre salut, comme un serviteur ; et les chœurs des Anges étaient muets dans la crainte et l’allégresse : unis à eux, nous t'adorons ; sauvenous. |
« Lève vers lui pour nous, Ô Baptiste, lève ta main, comme ayant puissance; cette main qui toucha la tête du Seigneur que personne n'avait touchée, cette main dont un doigt nous désigna lAgneau ; car par lui, tu as été déclaré le plus grand des Prophètes. Tourne aussi vers lui, Ô Baptiste, tes yeux qui ont vu l’Esprit très” saint descendu en forme de colombe ; montre-toi miséricordieux envers nous, assistenous de ton concours dans nos chants, et entonne, le premier, l'hymne de louange.
« Le fleuve du Jourdain t'a reçu dans ses eaux, Ô Christ, fontaine de vie ! et le Paraclet est descendu en forme de colombe. Il incline la tête, celui qui a incliné les cieux ; la créature, pétrie de terre, se plaint et crie à son auteur : « Pourquoi me demander dés choses au-dessus de « moi ? C’est moi qui ai besoin de ton baptême, à impeccable ! »
« Tu as incliné la tête devant le Précurseur, à Christ ! tu as brisé la tête du dragon ; tu es descendu dans le fleuve ; tu as illuminé toutes choses pour ta gloire, Ô Sauveur ! lumière de nos âmes.
« Celui qui se revêt de la lumière comme d'un vêtement, a daigné, pour l'amour de nous, se fa‘re semblable à nous ; il s’est couvert des eaux du Jourdain comme d’un vêtement, lui qui n'avait pas besoin de ces eaux pour se purifier, et qui répand sur nous, de son propre fonds, la grâce de la régénération, Ô prodige !
« Venez, imitons les vierges sages ; venez, allons au-devant du Seigneur manifesté ; car, semblable à l’'Époux, il vient vers Jean. A ta vue, le Jourdain a remonté vers sa source, il s'est replié sur lui-même et s’est arrêté, Jean s'écriait: « Je n’ose toucher la tête immortelle. »
L'Esprit descendait en forme de colombe-pour sanctifier les eaux, et la voix du ciel disait : « Celui-ci est mon Fils, venu dans le monde pour « sauver le genre humain. » O Christ ! gloire à toi!
« Le Christ est baptisé, il remonte de l’eau, relevant avec lui le monde entier; il voit ouverts les cieux, qu'Adam avait fermés pour lui-même et sa postérité. L'Esprit proclame la divinité du baptisé, la voix du ciel se fait entendre : il est déclaré Sauveur de nos âmes.
« Seigneur, pour accomplir ton décret éternel, tu as emprunté à toute créature son concours à l’accomplissement de ton mystère. Aux Anges, tu as demandé Gabriel; aux hommes, la Vierge ; aux cieux, l'étoile; aux eaux, le Jourdain. Tu as pris pour toi le péché du monde: gloire à toi, notre Sauveur!
« Fleuve du Jourdain, pourquoi es-tu ému de voir sans voile Celui qui ést invisible ? Tu réponds : « Je l’ai vu et’ j'en ai été saisi de « crainte. Comment n’aurais-je pas tremblé? A cette vue les Anges ont « frémi, les cieux ont été ébranlés, la terre a tremblé, la mer s’est sou- « levée, toutes les choses visibles et invisibles ont été dans l’agitation. » Le Christ s’est manifesté dans le Jourdain pour sanctifier les eaux.
« Qui a vu dés taches sur le soleil, le plus resplendissant des astres ? « s’écriait le Précurseur. Comment te laverais-je dans les eaux, splen- « deur de la gloire, image du Père Éternel, moi qui ne suis qu’une « herbe faible et desséchée ? Comment porterais-je mes mains sur les « feux de ta divinité ? Car tu es le Christ, sagesse et vertu de Dieu. »
« La grande lumière, le Christ, s’est levé sur la Galilée des nations, sur la région de Zabulon et sur la terre de Nephtalie ; une éclatante splendeur a lui en Bethléem la lumineuse, sur ceux qui étaient dans les ténèbres ; mais avec ‘plus d'éclat encore, le Seigneur, le soleil de justice, sorti de Marie, a répandu ses rayons sur l’univers entier.
« Vous donc qui étiez nus dans Adam, venez donc, revêtez-vous du Christ pour réchauffer vos membres. O Christ ! tu es venu, vêtement de ceux qui sont nus, splendeur de ceux qui étaient dans les ténèbres ; lumière inaccéssible, tu t'es manifestée aujourd’hui. »
Pierre le Foulon, qui usurpa le siège d’Antioche en 470, y établit la coutume de bénir les eaux la veille de la Théophanie. C’est par cette bénédiction et par des immersions dans les fleuves que les Grecs et les Orientaux célébraient et célèbrent encore la fête du baptême de Notre- Seigneur.
Les Grecs appellent uéyus äyisouos la bénédiction solennelle dé l’eau