‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 69 sur 283 · LIVRE TI. — INSTITUTION DU BAPTÈME CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

LIVRE TI. — INSTITUTION DU BAPTÈME CHRÉTIEN

remarque de l’évangéliste saint Jean, à savoir, que Jésus ne baptisait pas lui-même, mais par le moyen de ses disciples (iv, 2). Mais M. Renan ne s’embarrasse pas de si peu et croit se tirer d’affaire en disant que ce verset « paraît être une glose ajoutée ou peut-être un scrupule tardif de Jean se corrigeant lui-même.» Voilà un de ces fameux peut-être qui émaillent tout le cours du roman. Il n'ya point de contradiction réelle entre ce verset et celui du chapitre précédent où il est dit (v. 22) que « Jésus et ses disciples allèrent dans la Judée ; il y fut quelque temps avec eux et il y baptisait. » Dans le premier passage, saint Jean affirme que Jésus ne baptisait pas par lui-même; cette assertion générale n’en resterait pas moins exacte quand bien même le Sauveur aurait fait quelques exceptions à cet égard pour ses apôtres. Dans le second passage, il est dit que Jésus baptisait, ce qui signifie qu’il faisait conférer par ses disciples le baptême qu'il avait institué, et auquel il avait donné la vertu de purifier les péchés. Il sanctifiait ces cérémonies sacrées par sa présence; or ceux qui président à un rite quelconque sont censés l’accomplir. C'est ainsi que plusieurs Pères disent que saint Pierre baptisa Corneille, alors que les Actes des apôtres nous rapportent qu'il fit baptiser le Centurion en sa présence.

Quant à l'identité des deux baptêmes et à la supériorité de saint Jean sur Jésus, M. Renan devrait bien nous dire s'il faut aussi peut-être ranger parmi les gloses ajoutées ces paroles de saint Jean : « Pour moi, je vous donne un baptème d’eau, afin que vous fassiez pénitence; mais Celui qui doit venir après moi est plus puissant que moi etje ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses souliers. C’est Lui qui vous donnera le baptême de l’Esprit-Saint et du feu. » (Matth. 1x, 2.)

Tertullien (1) explique ainsi pourquoi Notre-Seigneur n’a point baptisé lui-même. « Quel aurait pu être son baptême ? Un baptème de pénitence ? Alors à quoi bon le Précurseur ? Un baptême pour la rémission des péchés ? Il la donnait d’une seule parole. Un baptême administré en son nom ? Il cachait le Dieu sous les abaïssements de l'humilité. Un baptême au nom du Saint-Esprit ? Il n'était pas encore descendu d’auprès du Père. Un baptême au nom de l’Église ? Les Apôtres ne l'avaient pas encore édifiée. C’étaient donc les Apôtres qui baptisaient en qualité de ministres de Jésus-Christ, comme autrefois le Précurseur, et du même baptême que lui, de peur qu'on ne le

(1) De Bapt., c. xI.

croie différent, parce qu’il n’y en a pas d'autre que celui qui fut institué ensuite par Jésus-Christ, mais que les disciples ne pouvaient administrer. La gloire du Seigneur n’était pas encore achevée, ni l'efficacité du baptême établie sur les mérites de la Passion et de la Résurrection. Or notre mort ne pouvait être détruite que par sa passion, et notre vie réparée que par sa résurrection. »

Plusieurs écrivains croient que Jésus-Christ, après avoir institué les sacrements, a partagé entre sept anges le protectorat de chacun d’eux (1). Cette tradition, fort peu répandue, a été traduite iconographiquement dans les anctuaire de l’abbaye de Solesmes. En ce qui concerne l’ange protecteur du baptême, voici ce que nous dit Tertullien : « Partout, on voit le diable qui s’applique à contrefaire les choses de Dieu ; on le voit jusque dans ces esprits immondes qui affectent de reposer sur les fontaines et les puits à l'écart. Aussi y a-t-il un ange de Dieu qui préside aux eaux pour le salut de l’homme. Un ange agitait autrefois la piscine de Bethsaïde, et le premier malade qui descendait se trouvait guéri. Les eaux et l’ange du baptême ont reçu une puissance bien plus merveilleuse; non plus une fois par an, mais chaque jour, ils procurent le salut éternel, la délivrance du péché et de sa peine, non plus seulement à un individu, mais à des peuples. Cet ange, arbitre du baptême, prépare les voies à l’Esprit-Saint qui doit survenir. »

(1) Une association s’est formée vers 1862 en Italie, en Bavière et en Allemagne pour le rétablissement dans toute l’Europe catholique du culte des Sept Esprits de la présence : Michel (qui est comme Dieu?), Gabriel (courage de Dieu), Raphaël (vertu de Dieu), Uriel (feu divin), Scaltiel (discours de Dieu), Jehadiel (louange de Dieu), Bazachiel (bénédiction divine). On ne rencontre pas les noms de ces trois derniers dans les saintes Ecritures. Ils auraient été révélés, dit-on, vers 1460, à un saint personnage de Rome, nommé Amadae. — V. de Mirville, Des Esprits, t. I, p. 331; Jallabert, le Catholicisme avant Jésus-Christ, t. I, p. 268.

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