LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES
même raison qu’on l'appelle encore le caractère royal et le sacerdoce des laïques (1).
Des controverses se sont élevées entre Bellarmin, Christophorson, Selden, Valois, Daillé, etc., sur la véritable signification du mot sppayis, Signaculum. Pour les uns, c’est toujours le baptême ; pour les autres, la confirmation; pour ceux-ci, c’est la circoncision; pour ceux-là, c'est l’exorcisme donné par le signe de croix. Nous croyons que ce terme un peu vague a eu toutes ces significations diverses et qu'il faut bien se garder de lui prêter un sens unique et exclusif.
Il est à remarquer que les arminiens désignent encore aujourd’hui le baptême sous le nom de sceau des grâces supérieures.
5 Noms exprimant les grâces que procure le baptême. — Le baptême, conféré à des coupables, devient pour eux le principe et la source de toutes les grâces : aussi l’appelle-t-on /a grâce par excellence (2), expression qui n’est pas rare dans les inscriptions des catacombes (3); la sanctification (4), la perfection (5).
« Le baptême, dit Clément d'Alexandrie, s’appelle perfection parce que, après lui, rien ne manque plus à l’homme. La grâce de Dieu n’accorde que des choses parfaites, de sorte que ce qui peut manquer est anticipé par la volonté, et que l’affranchissement du mal est déjà le commencement du salut. D’après cela, quoique nous ne venions que de passer le seuil de la vie, nous sommes néanmoins déjà parfaits, en ce sens que nous venons de quitter la mort pour la vie, les ténèbres pour la lumière ; car, dans le baptême, nous déposons le péché qui nous obscurcissait en quelque sorte les yeux, et nous obtenons le regard libre, clair, que rien n’obstrue, le regard de l’esprit par lequel seul nous pouvons voir les choses divines, attendu que le Saint-Esprit descend du ciel pour rester en nous. »
La grâce est comme un habit qui nous revêt de la perfection : aussi
Ghtter Con. Lucif.,"Cix.
(2) Xéptoua (Clem., Pæd., I. I, c. vi); dwpex (Chrys., in Act. apost. Hom. I, n. vi). Deux nouveaux sermons de S. Augustin, publiés par le cardinal Maï (Nov. Patr. bibl., t. I, pp. 151 et 264), traitent de ceux qui doivent être baptisés et portent ce titre : De accedentibus ad gratiam.
(3) Filio benemerenti qui gratiam accepit D. N. die XII kal. octobres. (De Rossi, Znscr., t. I, p. 16.) Une inscription grecque, donnée par Marini, désigne le baptême sous le nom de Xœpts Toù @eod.
(4) Sanctificatio, «yuuowos. (I Cor, vi, 11.)
(5) Perfectio, téeuov, tehelewst:. (Greg. Naz., Orat. XL; Clem., 1. I Pœdag., c. vi.)
se baptême s'appelle-t-il le vétement (1). Elle nous prémunit contre les tentations : de là les noms de citadelle, rempart, phylactère (2). Elle nous guide dans le voyage de la vie : c’est donc un viafique (3). C’est encore dans le même ordre d'idées que le sacrement de régénération est appelé la oie des vertus, le port d’innocence, l'eau de réfection, le don, etc., etc. (4).
6 Noms exprimant l'union avec Dieu et la participation aux mystères de la Passion. — Le baptème est appelé circoncision (5), non seulement parce qu’il remplace le rite judaïique qui en était la figure, mais encore parce qu'il est aussi cette circoncision spirituelle qui nous fait contracter une étroite union avec Jésus-Christ.
Saint Paul nous dit (6) que par le baptême nous avons été ensevelis avec Jésus-Christ pour mourir avec lui : de là le nom de sépulture (7) et celui de croix (8) qui indique que ce qui constituait le vieil homme a été crucifié avec Jésus-Christ pour amener la résurrection d’une nouvelle vie. La participation aux mérites du Sauveur est également exprimée par quelques autres dénominations du baptême, comme la filiation, l'adoption, la communion du Verbe, le sacrement de la Passion du Sauveur et le prix de la Rédemption (9).
Un certain nombre de protestants et spécialement les nn donnent au baptême le nom de note de l'alliance, parce que, dans leur doctrine, ce sacrement n’est qu’un sceau qui marque lalliance faite avec l'Église de Jésus-Christ.
7° Noms indiquant l'admission dans l’Église. — Par le baptême, nous sommes, selon l’expression des saints Pères, comme transplantés d'Adam en Jésus-Christ, de l’aride désert des rte dans le fertile jardin de l'Église : aussi l appelle-t-on /a plantation (10). C’est l’initia-
(1) Indumentum, evôduux. (Grég. Naz., ibid.)
(2) Arx, propugnaculum, custodia, præsidium, puAWXT A pLo, (Bas., Hom. XIII, de Bapit.; Damascène, liv. IV De Fide, c. x.)
(3) Viaticum, Epodov. (Bas., ibid.)
(4) Via virtulum (Opt., De Donat., 1. V); Portus innocentiæ (ibid.); Aqua refectionis (Cassiod., Exp. in Ps. XXIT); Donum, donum Christi (August., Enchirid., c. LXIV).
(5) Circumcisio, peyan meotroun. (Coloss.,1,11; Just.,Tryph.; Epiph., Hœr.,vur, p.28.)
(6) Rom., vi, 4; Chrys., Cat. I ad illumin., c. 1.
(7) Rom., vi, 6; Chrys., ibid.
(8) Filiatio, adoptio, uiobectx, communio verbi. (Greg. Naz., Orat. XL.)
(9) Sacramentum passionis Christi (Pacian., Epist. IIT); Pretint Redemptionis (Bas., Hom. in Bapt.).
(10) Greg. Naz., Orat. XL.