‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 71 sur 283 · LIVRE II. — INSTITUTION DU BAPTÈME CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

LIVRE II. — INSTITUTION DU BAPTÈME CHRÉTIEN

les railleries de ses collègues du grand conseil. — « Maître, dit-il, nous savons que vous êtes un docteur envoyé de Dieu, car personne ne saurait faire les miracles que vous faites, si Dieu n'est avec lui. » Jésus, répondant soit à une question que l’évangéliste aurait passée sous silence, soit aux secrètes pensées du pharisien, lui dit: « En vérité, en vérité, je vous le dis, nul, s’il ne naît de nouveau, ne peut voir le royaume de Dieu. » Nicodème lui dit : « Comment peut naître un homme déjà vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître de nouveau ? » Jésus répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, nul, s'il ne renaît de leau et du Saint-Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair et ce qui est né de l'Esprit est esprit. » C'est-à-dire, comme le remarque le cardinal Patrizzi (1), cette génération étant non chartielle, mais spirituelle, elle n'exige pas que l’homme rentre dans le sein de sa mère. — « Ne vous étonnez donc pas, continue Notre-Scigneur, que je vous aie dit : il se peut que vous naissiez de nouveau. Le vent souffle où il veut; vous entendez sa voix, mais vous ne savez d’où il vient, ni où il va; ainsi en est-il de tout homme qui est né de l'Esprit. » M. l'abbé Crampon commente ainsi ce passage (2): « Que de choses incompréhensibles dans la nature! le vent est invisible, on ne sait d’où il vient, mais le bruit qu'il fait révèle sa présence. Aïnsi en est-il de la régénération ; on n’en connaît pas le mode, mais on en peut constater les effets. Notre-Seigneur choisit le vent pour terme de comparaison, parce que dans les trois langues saintes, le même mot signifie vent et esprit. » Nicodème répondit : « Comment cela peut-il se faire ? » Jésus lui dit : « Vous êtes maître en Israël et vous ignorez ces choses ? » « C’est-à-dire, continue l’abbé Crampon, vous ignorez que la régénération est opérée par le Saint-Esprit, qu’elle consiste dans le renouvellement de l’homme intérieur et qu’elle sera un des caractères distinctifs de l'avènement du royaume du Messie, » toutes choses dont il est question dans les Livres saints (3). « En vérité, en vérité, continue le Sauveur, je vous dis ce que je sais et vous atteste ce que J'ai vu, et vous ne recevez pas mon témoignage ! Si vous ne me croyez pas lorsque je parle des choses qui sont sur la terre, comment me croirez-vous lorsque je vous parlerai des choses qui sont dans le ciel, » c’est-à-dire de la Trinité, de la génération du Verbe, etc.

(1) Comment. in Johan., ce. ur.

(2) Les Quatre Evangiles, p. 414.

(3) Deut., xxx, 6; Ps. IV, 12; Ezech., xxxvr, 26; Joël, w, 28 ; Îs., xuiv, 3.

« On pourrait être porté à croire, dit M. l’abbé Berseaux (1), que le reproche de Jésus-Christ à Nicodème qui ne comprenait pas ou feignait de ne pas comprendre la nouvelle naissance, n’était pas mérité et par là même n’était pas fondé, attendu que cette expression renaître de nouveau (avoñ&) n’était pas facile à comprendre. Mais quand on pense que cette locution appartient à la philosophie orientale, quand on pense qu’elle est employée par les Brahmanes pour désigner ceux qui embrassent leur religion, quand on se rappelle qu’elle était la figure ordinaire par laquelle les Pharisiens eux-mêmes exprimaient dans leur‘langage mystique l’action de devenir prosélyte, quand on se rappelle que dans les initiations on disait sans cesse aux postulants que le but des mystères était de rétablir l'âme dans cette pureté primitive, dans cet état naturel de perfection dont elle était déchue, il est facile de se convaincre que l’expression renaître de nouveau devait être comprise par un maître en Israël et que le reproche du Sauveur n’était pas immérité. » Il est assez probable que Nicodème a voulu embarrasser son interlocuteur et s'assurer s’il saurait transformer en idées claires une proposition figurée.

Les paroles prononcées par le Sauveur en cette circonstance démontrent bien la nécessité du baptême, mais n’en constituent pas l’institution. Autant vaudrait dire qu’il a établi l’'Eucharistie avant la Cène, puisqu'il en a parlé auparavant. D'ailleurs, l'institution d’un rite aussi important exigeait une certaine publicité et ne pouvait être faite dans une conversation secrète et nocturne avec un seul pharisien.

La controverse sur l’époque de cette institution serait close s’il était historiquement démontré, comme l’a avancé saint Grégoire de Nazianze (2), que Notre-Seigneur conféra son baptême à saint Jean après avoir reçu le sien. Mais en laissant de côté cette hypothèse, l’opinion commune (3) est que Jésus en entrant dans les ondes du Jourdain sanctifia la matière du sacrement et que l’eau devint dès lors un agent mystique qui devait avoir la miraculeuse puissance de laver, jusque dans les profondeurs de notre âme, la souillure originelle. « Il est clair, dit le Catéchisme du concile de Trente, que le baptême fut institué lorsque Notre-Seigneur fut baptisé par saint Jean. Saint Grégoire de Nazianze et saint Augustin disent que, dans ce moment, l’eau

(1) Les Sept Sacrements, t. I, p. 100.

(2) Orat. in sanct. lum.

(3) S. Ambroise, S. Augustin, S. Hilaire, Eusèbe de Césarée, Pierre Lombard, S. Thomas, Soto, Vasquez, Ledesma, Leander, Gonet, Tolet, Tournely, etc.

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