‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 81 sur 283 · LIVRE II. — DE LA NÉCESSITÉ DU BAPTÊME IA · texte numérisé non relu

LIVRE II. — DE LA NÉCESSITÉ DU BAPTÊME IA

lui-même (1), combat cette doctrine universellement reçue et ne reconnaît au baptême qu’une nécessité de précepte. D’après sa thèse, si le baptême d’eau était indispensable pour le salut, il ne pourrait être suppléé ni par le baptême de sang, ni par le baptême d’amour, ni, à plus forte raison, par le désir implicite ou explicite du sacrement.

Un grand nombre d’hérétiques des temps anciens et modernes ont rejeté la nécessité du baptême d’eau. Les Gnostiques, en général, attachaient une grande importance au baptême qui était pour eux l’initiation à la classe des Pneumatiques, c’est-à-dire de ceux qui vivent suivant l’Esprit divin. Cependant, quelques-unes de leurs sectes récusaient la valeur de ce sacrement, en disant que la connaissance de la gnose est en elle-même la véritable purification lustrale, rokvrposis, dont le baptême n’est qu’une simple image (2). Un certain nombre de Marcosiens en considéraient même la pratique comme inutile, parce que la connaissance de la grandeur ineffable de Dieu suffit pour le salut (3). Le secte montaniste des Ascodrugites proscrivait le sacrement de la régénération parce que, selon eux, les mystères invisibles ne doivent pas s’accomplir par des rites visibles et corruptibles (4). Les Caïanites et les Quintilliens niaient la nécessité du baptême, en disant que puisque les apôtres eux-mêmes ne l'avaient pas reçu, il fallait conclure que la foi suffit pour le salut {5). Les Archontiques avaient en exécration le sacrement chrétien dont ils attribuaient l'invention au dieu Sabaoth, le mauvais principe ; cette répulsion était d’ailleurs une conséquence de leurs théories sur l'âme et sur ses transmigrations à travers les sept cieux vers la Sophia, la mère de la lumière (6).

Dom Chardon (7) et d’autres écrivains ont eu tort d’affirmer d’une manière générale que les Manichéens rejetaient le baptême parce qu'ils considéraient l’eau comme émanant d’un mauvais principe. Si l’on peut invoquer en faveur de cette opinion quelques textes de saint Augustin (8), et de Photius (9), nous apprenons de saint Athanase (10)

(x) La vraie doctrine de l'Église sur le salut des hommes, p. 25.

(2) Théod., Hæret. fab., I, 10.

(3) Iren., Hæres., c. xxr.

(4) Timoth., De Recept. hæret., ap. Cotel., Mon. Eccl. gr.,t. IL, p. 377 GeFert., De Bapi. cr, tx.

(6) Matter, Hist. du gnostic., t. II, p. 212.

GIREISE desSacr.;t Ip: 7.

(8) Æær. XL VI; lib. II Cont. Petil., c. xvur, n. 26.

(9) Æist. Man., p. 353.

(10) Orat. II, n. 43.

que les Manichéens conféraient le baptème par l'invocation des trois personnes ; saint Jérôme (1), saint Basile (2) et saint Cyrille de Jérusalem (3) ne leur reprochent que de souiller leur baptème tantôt par l'emploi de l’huile, tantôt par de mauvaises invocations, tantôt par des infamies. De ces textes, en apparence contradictoires, nous devons conclure : 1° que jusqu’au v° siècle, il y eut diverses sectes manichéennes qui ne baptisaient point et d’autres, plus nombreuses, dont le rite était vicié ou par l’emploi de la matière ou, plus souvent, par les vices de la forme; 2° qu’à partir du v° siècle la plupart de ces sectes répudièrent complètement le baptême.

Les Pélagiens, par là même qu'ils niaient l'existence du péché originel, auraient dû logiquement supprimer le baptême. Ils l’administraient pourtant aux enfants, non point comme indispensable à l’obtention de la vie éternelle, mais nécessaire pour l'entrée dans le royaume du Ciel, faisant ainsi une distinction entre deux expressions qui, dans l'Écriture, ont toujours un sens identique, celui de la gloire surnaturelle des saints (4).

Les Messaliens, condamnés en l'an 441 par le concile d'Éphèse, croyaient qu’en raison de la transmission du péché originel, tout homme venant en ce monde était intérieurement possédé par un démon ; que le baptême ne pouvait que limiter sa puissance et qu'il n’était véritablement chassé de l’âme que par la prière; il cède alors seulement sa place au Saint-Esprit qui manifeste sa présence par le don de prophétie (5).

Les Cathares du xr° siècie, considérant le baptême d’eau comme une institution humaine de saint Jean, le remplaçaient par l'imposition des mains, qui devait leur conférer le Paraclet.

Vers l'an 1025, Gérard, évêque d'Arras et de Cambrai, réussit à convertir un certain nombre de Gandulphiens, hérétiques originaires d'Italie, qui proclamaient l’inutilité du baptême, à cause de la mauvaise vie des ministres chrétiens et des rechutes que les baptisés faisaient dans le péché (6).

Les Bogomites de Bulgarie, les Patarins d'Italie, les Sollards

(1) Dial. contr. Lucif., p. 305.

(2) Epist. ad A mphil.

(3) Catech. VI, no 33.

(4) August., Serm. CXCIV.

(5) Theodor., Hist., 1. IV, c. xr, n. G.

6) D’Achéry, Spicil., t.'XIIL, p. 13; Rev. des sc. ecclés,, t. IV, p.55;

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