‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 86 sur 283 · LIVRE III. — DE LA NÉCESSITÉ DU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE III. — DE LA NÉCESSITÉ DU BAPTÈME

qui reçoit réellement le baptême fait sa confession de foi devant le prêtre; le martyr, en présence des tyrans. Le premier est purifié par l’eau en conséquence de sa confession, et, par la même vertu, le second est purifié par son sang. L'un reçoit le Saint-Esprit par l'imposition des mains ; l’autre en devient le temple, en donnant sa vie pour la défense de la foi (1). »

La vertu régénératrice du martyre et son assimilation au sacrement de l’eau ont été proclamées par tous les Pères (2). Il en est même quelques-uns qui, à certains points de vue, ont accordé la supériorité à l’effusion du sang. Le martyr, dit l’auteur des Constitutions apostoliques, meurt véritablement avec Jésus-Christ, tandis que le baptisé ne meurt avec lui qu’en figure (3). Le baptême d’eau, remarque Origène(4),ne nous purifie que des péchés passés, tandis que le baptême de sang nous préserve encore des fautes futures. C’est là le baptême le plus fécond en grâces, ajoute saint Cyprien (5), le plus sublime en puissance, le plus riche en honneurs, puisqu'il nous unit indissolublement à Dieu et couronne à jamais nos vertus. Dans ces parallèles, les saints Pères n’ont pas songé à comparer le sang versé par un homme à celui de Jésus-Christ, qui lave nos péchés dans le baptême; dans unique intention de glorifier le martyre, ils n’ont voulu envisager que l'effet produit et la pleine certitude du salut.

La vertu du baptême de sang est toujours rappelée dans les Actes des saints qui n’ont pu recevoir le baptême d’eau. Prenons pour exemple ceux des frères saint Rogatien et saint Donatien, martyrisés à Nantes, en 287, récit que nous a laissé un auteur anonyme du v® siècle. Donatien avait prié son frère Rogatien de lui faire conférer le baptême, dans la crainte que les persécutions ne vinssent l’atteindre encore païen ou catéchumène; mais son vœu ne fut pas exaucé, parce que les prêtres avaient déjà pris la fuite; mais la régénération qu’il ne put trouver dans l’eau sainte, le martyre la lui donna dans les flots d’un sang généreusement versé. Arrêté par les tyrans de Nantes, il s’affligeait de n’avoir point été régénéré dans les eaux saintes, et, dans la simplicité de sa foi, il s’imaginait que s’il pouvait mériter un baiser de

(1) Ad Fortun.

(2) Euseb., Pass. S. Pamph.,n.6; Cyril. Hier., Cat. III, n. 10; Greg. Naz., Orat. XXXTX ; Basile, De Spir. S., c. xv, n. 30; Ambros., /n Ps. CXVIII, n. 14; Chrys., Hom. III in Matth. ; August., De lib. arb., III, 23; Gennad., Dogm. eccl., c. xLi, etc.

(3): Cap. v, n. 6.

(4) Hom. VII in Jud.

(5) Exhort. ad mart., p. 118.

son frère devenu chrétien, ce baiser serait aussi efficace pour lui que l’aurait été le baptême. Quand le B. Donatien connut les pensées de son frère, il adressa pour lui cette prière au Seigneur : « Seigneur Jésus-Christ, devant vous, les désirs sincères ont le mérite de l’action, en sorte que si l'impossibilité d’agir nous arrête, nous croyons qu’il nous suffit d’avoir voulu; car vous nous avez donné la liberté de vouloir, et vous vous êtes réservé à vous le pouvoir d’agir. Que la foi pure de votre serviteur soit donc pour lui comme la grâce du baptême; et s’il arrive que le préfet, consommant ses vengeances, nous fasse périr demain par le glaive, que le sang de votre serviteur soit efficace en lui comme l’onction du chrême. » Ces vœux furent exaucés, et les deux frères, comme le dit leur biographe, méritèrent d’entrer dans l'éternel bonheur, portant comme lauriers de leur victoire, les cicatrices de leurs nobles blessures.

Les théologiens, en expliquant les maximes des Pères, ont trouvé matière à discussion. Le martyre efface-t-il le péché originel par sa propre vertu, ex opere operato? Non, dit Collet. Oui, dit Tournely. Parmi ceux qui suivent cette dernière opinion, et c’est la plus commune, les uns n’exigent aucune condition de la part des adultes, parce que le martyre renferme en soi la charité; les autres veulent qu’il soit accompagné de la charité parfaite. Les Pères ont bien eu soin de faire remarquer que le martyre des hérétiques ne peut suppléer au baptême, ni leur rapporter aucun avantage, parce qu’il leur manque la vraie foi et la vraie charité (1). Les théologiens ont dû se préoccuper des conditions qui constituent réellement le baptême de sang. Les plus sévères ne considèrent pas comme véritablement martyrs 1° ceux qui souffrent de nombreux tourments pour la foi, mais sans | en mourir (2); 2° ceux qui meurent, non pour la foi, mais pour des vérités spéculatives ou pour des vertus purement humaines; 3° ceux qui meurent dans laccomplissement d’un acte de charité, soit de l’ordre naturel, soit de l’ordre surnaturel (opinion très contestée) ; 4° ceux qui, en mourant pour la foi, ne se repentiraient point de tel ou tel péché; 5° ceux qui meurent sur le champ de bataille en combattant des ennemis du Christ.

(1) Aug., De Bapl., IV, 17, n. 24; Pacian., Symphr., IL, n. TA

(2) S. Liguori ne partage pas cet avis : M. Mazzola (Disp. hist. theol. de B. Maria Virgine, disp. XVII, c. 11) dit que le martyre se trouve constitué par une blessure mortelle en elle-même, mais dont on ne meurt pas, par une circonstance miraculeuse; c’est pour cette raison qu’il range au nombre des martyrs l’apôtre saint Jean et même la sainte Vierge.

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