LIVRE II. — DE LA NÉCESSITÉ DU BAPTÈME
En ce qui concerne les enfants, quelques rares théologiens (1) ont prétendu que ceux qui n’ont pas été justifiés autrefois par la circoncision, et plus tard par le baptême, ne peuvent point l'être par le martyre, attendu qu’ils ne sauraient y joindre la charité parfaite L'opinion contraire, généralement admise, peut invoquer la pratique liturgique de P Église qui, dès le temps d’Origène, célébrait la fête des saints Innocents qui confessèrent Jésus-Christ, non par leur parole, mais par leur mort, #on loquendo, sed moriendo. « Le baptême de sang, dit Henriquez (2), est si excellent, qu’il peut suffire aux enfants encore renfermés dans le sein de leur mère. Si celle-ci est tuée avec son fruit, au nom du Christ, et si elle est chrétienne, cet enfant, qui est regardé comme faisant encore partie intégrante de sa mère, participe à son martyre. »
Les Gnostiques et les Valentiniens, par là même qu'ils traitaient le martyre de démence et de vanité, ne pouvaient lui reconnaître aucune efficacité pour le salut.
ARTICLE IT
Du Baptême de désir
« Quiconque, dit l’Apôtre, aura invoqué le nom du Seigneur, sera sauvé. » (Rom., x, 15.) Dieu veut en effet que tous ceux qui tournent les yeux vers lui aient part à la vie éternelle. Or il est des cas où l'application des rites liturgiques n’est point possible, et où le martyre ne vient point y suppléer. L'Église, interprétant largement la pensée divine, a déclaré que la grâce, en dehors des conditions sacramentelles, purific également l’âme de ceux qui désirent ardemment la recevoir. C'est ce qu’on appelle baptême de désir, baptême de bonne volonté,
: baptême de foi, conversion du cœur, baptême de charité, baptême de feu, baptismus flaminis, parce que le feu, depuis la Pentecôte, est le symbole du Saint-Esprit et de l'amour de Dieu.
(1) R. Armacanus, L. VIII, De Quæst. armen., c. xxxvir; Alexand., part. IV, q. 8, m.9; Adrian., De Bapt., q. 4; Jac. Vitriac., Hist. occid., c. xxxvi. (2) Lib. IL, c. xvur, n. 2.
Nous relaterons d'abord les opinions favorables à l'efficacité du baptème de désir, et nous rapporterons ensuite celles qui lui sont contraires ou qui, du moins, paraissent telles.
Nous sommes loin de trouver dans la tradition la même abondance de témoignages sur le baptême de désir que sur le baptême de sang. Ce qu’il y a de plus net à ce sujet, c’est l'oraison funèbre que saint Ambroise prononça à la mort de Valentinien le Jeune, frère de l'empereur Gratien. S'adressant à Justa et à Grata, « Vous regrettez, s'écrie-t-il (1), que votre frère soit mort sans avoir été baptisé ? Mais il l’a désiré, mais il l’a demandé, et c’est la seule chose qui dépende de nous. Ce désir vivait depuis longtemps dans son cœur, puisque, étant dans la Gaule, il m'avait écrit qu’il souhaitait recevoir le baptême de mes mains, et il me mandait de venir le trouver à cet effet. Or, se peut-il qu’il n'ait pas obtenu cette grâce tant souhaitée par lui? Une vie qu’il souhaitait avec tant d’ardeur a-t-elle pu lui être refusée ? non; il l’a implorée, donc elle lui fut donnée, et en lui s’est accomplie cette parole de la Sagesse : « L'âme du juste, quelle que « soit la mort qui le surprenne, sera dans le repos. »
Si ce texte était unique, on pourrait supposer que l’orateur s’est laissé entraîner par le désir d’adoucir, par une consolation suprême, les regrets des survivants; mais la même pensée apparaît chez d’autres Pères des premiers siècles (2). |
« Si l’on comprenait bien, dit Tertullien (3), quelles sont les obligations du baptême, on craindrait plus de le recevoir que de le différer : la foi parfaite n’a rien à redouter pour le salut ». Si la foi parfaite n’a rien à redouter, pas même la mort avant le baptème, c’est que le salut peut être opéré autrement, c’est-à-dire par la foi accompagnée du désir du sacrement. Si Tertullien a tenu ailleurs un autre langage, c’est après qu’il fut tombé dans l’hérésie.
Saint Cyprien compte sur la miséricorde de Dieu à l'égard des hérétiques dont le baptême a été nul, qui entrent dans le sein de l'Église et qui meurent sans avoir été régénérés par l’eau sainte (4).
Saint Augustin (5) dit que la foi et la conversion du cœur produisent
(1) De obitu Valent.
(2) Tertul., De Bapt., XIT ; Orig., In Johan., tract. VI, n. 26; Cypr., Ep. LXXIII ad Jubaian.; Dion. Alex., Epist. ad Xist.; Aug., In Levit., q. 84.
(3) De Bapt., c. xvin.
(4) Epist. LXXIII.
(5) De Bapt., c. xxu1, n. 20.