‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 89 sur 283 · LIVRE III. — DE LA NÉCESSITÉ DU BAPTÊME · texte numérisé non relu

LIVRE III. — DE LA NÉCESSITÉ DU BAPTÊME

lui mériterait-il la grâce de l’expiation? Saint Fulgence répondit (1) que non, parce que Jésus-Christ exige tout à la fois pour le salut et la foi et le baptème. « Le chemin qui conduit au salut, ajoute-t-il, est la confession de la foi, mais le salut est dans le baptême. De même que sans lui la foi ne lui aurait servi de rien, de même le baptême lui aurait été inutile sans la foi. »

Cette dure doctrine, exprimée aussi par d’autres Pères (2), avait encore des partisans aux vir® et 1x° siècles, puisque nous la retrouvons dans Alcuin (3) et dans Rhaban Maur (4).

. Faudrait-il voir une adhésion à cette croyance dans la conduite des Eglises de Rome et d'Espagne qui, pendant les cinq premiers siècles, ne priaient point pour les catéchumènes décédés sans baptême? Remarquons tout d’abord que la discipline a varié sur ce point. Si le concile de Brague défend de prier pour eux (5), si cette discipline est autorisée par les papes saint Léon et Gélase I (6), nous voyons saint Ambroise offrir un sacrifice solennel pour l’âme de Valentinien. Au commencement du v° siècle, on demandait à Timothée, évêque d'Alexandrie, si l’on devait prier pour un catéchumène décédé subitement sans baptême et l’enterrer avec les chrétiens. Il répondit affirmativement pour le cas où le catéchumène se prépare sérieusement au sacrement et ne s’en éloigne point par mépris (7). Nous devons convenir que l’usage contraire dominait auparavant ; mais ce refus de prières publiques ne prouve pas que l’on considérait ces catéchumènes comme damnés; cette sévérité liturgique avait pour but d’engager les fidèles à ne pas retarder leur régénération, ce qui les exposait à être privés des suffrages publics de l’Église. Sans doute, il y en avait parmi eux qui étaient surpris par la mort sans qu’on püût les accuser d’avoir trop longtemps différé la réalisation de leur vœu. Mais on ne pouvait faire pour ces derniers des exceptions qui seraient devenues blessantes pour la mémoire des autres. La privation des honneurs religieux était la conséquence d'un fait très souvent coupable, exceptionnellement innocent, et qu’on s’abstenait

(1) Epist. XI ; Cf. De Verit. præd., c. xix.

(2) Clem., Recogn., 1. I, n. 55, et lib. VI, n. 3; Chrys., Hom. XXIV et LXITin Johan. ; Arnob. Jun., In Ps. CXXIX.

(3) Confess. fid., part. II, c. xxvirr.

(4) De Univers., 1. IV, c. x.

(5) Non est facienda oratio et oblatio pro catechumenis sine baptismo defunctis. Can. XXXV.

(6) Leo, Epist. XXXIT; Gelas., ap. Concil,, t. IV, p. 1274.

(7) Respons. canon., ap. card, Pitra, Jur. Eccl, græc. monum., t. I, p. 639.

de juger. Saint Léon, tout en maintenant cette pratique, dit formellement qu’il ne nous appartient pas de nous prononcer sur le sort de ces catéchumènes, parce que les jugements de Dieu sont impénétrables.

Pour expliquer les divergences des Pères sur la question qui nous occupe, certains auteurs ont dit que si beaucoup d’entre eux ont laissé dans l’ombre le moyen de salut qu’assure un vrai désir, c’est dans la crainte de favoriser la négligence de ceux quidifféraient trop longtemps leur baptême. D’autres ont prétendu que les écrivains sacrés n'étaient divisés que sur une question de fait et non de doctrine, les uns croyant que les catéchumènes morts sans baptême ne pouvaient pas avoir sérieusement désiré ce sacrement, les autres supposant le contraire. Ces explications peuvent avoir une certaine valeur; mais en face des textes très précis que nous avons cités, il nous paraît impossible de nier que quelques Pères n'aient point admis l’efficacité du baptême de désir.

Les théologiens ont discuté sur les caractères que doit avoir ce désir. Quelques-uns exigent un vœu explicite, tout au moins pour ceux qui connaissent le précepte du baptême; les autres, et c’est le plus grand nombre, se contentent du vœu implicite, compris nécessairement dans la disposition générale de faire tout ce que Dieu a prescrit.

Les anciens protestants n’admettaient point que le baptême d’eau puisse être suppléé par celui de sang ou celui de désir.

Baius, dans une des propositions condamnées par Pie V et par Grégoire XIII, dit qu’un catéchumène peut, avant la réception du baptême, avoir la charité parfaite et la contrition, mais que c’est par le baptême seul qu'il peut obtenir la rémission de ses péchés.

Jean, patriarche jacobite d’Alexandrie, prétendait qu’un adulte décédé sans baptème serait éternellement damné, quand bien même il aurait surpassé Jérémie par les larmes de la pénitence, Job par ses aumônes, et Abraham par les largesses de son hospitalité.

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