‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 90 sur 283 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des Faux équivalents du Baptème

Le baptême d’eau ne peut être suppléé que par le baptême de sang et le baptême de désir. On ne saurait ranger parmi ses équivalents ni la prière, ni la foi des parents, ni l’Eucharistie, ni l’ordination, ni la profession religieuse.

La Prière. — Gerson engage les fidèles à prier Dieu, les anges gardiens et les saints pour les enfants qui sont encore dans le sein de leur mère, afin que s’ils venaient à y mourir, Dieu les purifiât par le baptême du Saint-Esprit. « Car qui sait, ajoute-t-il (r), si Dieu n’exaucera point ces prières, et ne doit-on pas pieusement espérer qu’il ne méprisera point les humbles supplications de ceux qui auraient mis en lui toute leur confiance ? »

Un théologien franciscain du xv° siècle, Pelbart de Themeswar, assure que beaucoup de docteurs de son temps croyaient qu’un-enfant pouvait être sauvé sans baptême, dans les trois circonstances suivantes : 1° quand il meurt entre les bras de celui qui se dispose à le baptiser ; 2° quand il meurt en chemin, alors qu'on va le présenter aux fonts; 3° quand, étant à l’état d’avorton, ses parents ont prié Dieu de suppléer par sa bonté à ce que la nature lui a refusé. Cette opinion en effet a été émise par quelques théologiens, mais prétendre que ce fut là l'opinion commune du xv° siècle, comme le soutient Pelbart (2), c’est une assertion complètement erronée.

For DES PARENTS. — La Faculté de théologie de Paris, par une décision du 7 juin 1551, déclara téméraire l’opinion qui accordait le salut aux enfants morts sans baptême, en raison d’une prétendue sanctifica-

(1) Serm. de Nativ. Virg. Mariæ, IIIe part., consid. 2. (G)"Stellar. coron. B. Virgin, LV, p2;art. 1, n°2,

tion qu’ils devraient à la foi de leurs parents. Quelques théologiens (1) ont soutenu la même thèse. Le cardinal Cajetan ne voudrait point blâmer celui qui bénirait au nom de la Sainte Trinité l'enfant en danger de mort dans le sein de sa mère. « Qui sait, dit-il (2), si la divine miséricorde n’accepterait pas un pareil baptème en raison du vœu des parents ? » Le Concile de Trente épargna la censure à cette opinion erronée, que le pape Pie V fit supprimer dans la seconde édition, imprimée à Rome, des œuvres du savant cardinal.

Louis Bianchi, dans une Dissertation imprimée à Venise en 1768 (3), a voulu démontrer que l’oblation qu’une mère fait à Dieu de son enfant peut équivaloir à la grâce du baptème, opinion qui fut aussitôt réfutée par un opuscule du Père Ch. Blaise, moine camaldule.

Le chanoine Eusèbe Amort (4) suppose qu’un enfant qui ne peut sortir du sein de sa mère, est justifié, d’une manière extrasacramentelle, par le désir qu'éprouvent ses parents de lui conférer le baptême.

Les Protestants croient que les enfants qui meurent sans baptême sont sauvés en raison de la foi de leurs parents. Le synode de Dordrecht, où se trouvaient représentés tous les États calvinistes de l Europe, a formellement déclaré que les enfants des élus sont compris dans l'alliance faite avec leurs parents, qu'ils sont assurés, eux et leur postérité, de leur justification, et que par conséquent ils sont exempts de la nécessité du baptême.

L'EucuarisTi£. — L'Eucharistie ne saurait suppléer au baptême, puisqu'elle n’a pas été instituée pour effacer le péché originel, et que ce n'est qu'après avoir été régénéré dans l’eau sainte qu’on est en droit de participer à la communion et aux autres sacrements de l’Église. Aussi saint Mellit, archevêque de Cantorbéry, préféra-t-il s'exiler d'Angleterre plutôt que de donner l'Eucharistie aux enfants du roi Sabereth, qui voulaient recevoir le pain de vie avant d’avoir été baptisés (5). Saint Denis d'Alexandrie ne paraît pas avoir eu des idées fort nettes à ce sujet. Il ne voulut point réitérer le baptême à un de ses diocésains qui avait reçu un baptème complètement nul des mains des hérétiques, et lui dit que « le corps de Jésus-Christ qu’il avait reçu plusieurs

(1) Bonavent., Zn TV, dist. IIT, q. 2, art. 123 Altisiodor., 1n Summa, 1. III, tract. IUT, q. 2, art. 4; Gabriel Biel, In IV, dist, IV, q. 2, art. 3.

(2) In Summ., IT part., q. 68, art. 2.

(3) De Remedio æternæ salutis pro parvulis in utero clausis sine baptismo morientibus

(4) Theol. mor., t. II, tract. IL G 3.

(5) Beda, Hist. Angl., 1. IL, c. v.

Page 1