‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 93 sur 283 · LIVRE Il. — DE LA NÉCESSITÉ DU BAPTÊME · texte numérisé non relu

LIVRE Il. — DE LA NÉCESSITÉ DU BAPTÊME

félicité surnaturelle qu’ils ont perdue. Ils sont heureux des biens naturels qu’ils tiennent de la bonté divine ; ils aiment, bénissent et adorent Dieu qu’ils connaissent par son Verbe gui illumine tout homme venant en ce monde (1).

La censure qui a frappé l'ouvrage de M. l'abbé Caron (2) n’atteint point lhypothèse émise par le Père Perrone (3). Il considère les peuples, les familles, les individus auxquels l'Évangile n’a pas été prêché comme se trouvant dans la même condition où étaient les nations avant la venue de Jésus-Christ. La loi chrétienne n'ayant pas été promulguée pour eux, les enfants comme les adultes pourraient être sauvés, en dehors du baptême, par les mêmes moyens qui suffisaient autrefois.

Après avoir mentionné les opinions les plus indulgentes, abordons les plus sévères.

L'auteur du livre des Questions, faussement attribué à saint Justin, dit que les enfants baptisés sont les seuls sauvés.

Saint Jérôme répète l’objection que formulaient les Pélagiens. — « Quel crime, se dit-il (4), ont commis les petits enfants, eux qu'on ne peut accuser d’avoir péché par malice ou par ignorance, puisque, selon le prophète Jonas, ils ne savent pas discerner leur main droite d'avec la gauche ? Ils sont incapables de pécher; comment pourraientils donc être damnés ? Leurs genoux sont sans force, ils n’articulent aucune parole, on rit de leur langue bégayante : peut-on dire que des supplices éternels leur soient préparés ? » Saint Jérôme ne nie point cette cruelle conséquence; il.se contente de prouver la réalité du péché originel, pour qu’on infère de là que ce n’est point injustement que des supplices sont destinés aux enfants qui meurent sans baptème.

Saint Augustin a varié d'opinion sur cette question. Il a d’abord admis que les enfants morts sans baptême n’enduraient point les peines de lenfer. Dans son livre du Libre Arbitre (5), il se demande ce que deviendront ces pauvres créatures qui n’ont point leur place assignée parmi les justes, puisqu'ils n’ont fait aucun bien, ni parmi les méchants, puisqu'ils n'ont point personnellement prévariqué; ilse répond qu'il est

(1) La vraïe doctrine de l'Église sur le salut des hommes, p. 269 et Appendice.

(2) Le pieux archiprêtre de Montdidier s’est si bien soumis à la décision de la congrégation de l’Index, qu’il a détruit presque toute l'édition de son livre. La bibliothèque des Jésuites de la rue de Sèvres est la seule où j'en aie rencontré un exemplaire,

(3) De Bapt., c. v.

(4) Lib. IT Ady. Pelag., p. 544.

(5) Cap. xxrr,

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inutile de chercher des mérites dans ceux qui n’en ont point, mais qu’il peut y avoir un sort mitoyen entre la récompense et le supplice, puisqu'il y a un milieu entre le péché et une bonne action. Il y a beaucoup d’analogie entre cette opinion et celle des Pélagiens, admettant pour les enfants non baptisés un lieu intermédiaire entre l’enfer et le royaume des Cieux. Saint Augustin, en combattant ces hérétiques, se trouva amené à dire qu'il faut être avec Jésus-Christ ou contre lui, uni avec le Rédempteur dans l’éternité du bonheur ou puni avec les démons. Toutefois, il admet que le supplice physique des enfants sera bien moins violent que celui des adultes criminels. « Qui peut douter, s’écrie-t-1l(1), que ces enfants ne soient soumis qu’à la plus légère damnation ? Quelle en sera la rigueur ? Quoique je ne puisse la définir, je n’ose cependant pas dire qu’il leur serait plus avantageux de n’être pas que d’être. » Les adversaires de l’évêque d'Hippone ne manquèrent pas de le mèttre en opposition avec lui-même. « C’est en vain, répondit-il (2), que l'on invoque contre moi un livre que j'ai composé il y a longtemps, et qu’on me reproche de ne plus défendre, comme alors, le sort des enfants non baptisés. .…. Quand j'ai commencé à écrire cet ouvrage, à Rome, étant encore laïque, et que je l’ai expliqué en Afrique, étant prêtre, je doutais encore de la damnation de ces malheureuses créatures. Ce n’est que l'injustice ou l'envie qui puisse trouver mauvais que je me sois instruit et que je n’aie point persévéré dans mon doute. »

Après saint Augustin, c'est saint Fulgence qui s’est exprimé le plus formellement sur la réprobation des enfants morts sans baptême. « Croyez fermement, écrit-il au diacre Pierre (3), qu’ils seront punis par le feu éternel, car bien qu’ils n'aient point de péché personnel, ils ont contracté par leur conception la souillure originelle. »

Saint Anselme, archevêque de Cantorbéry, partage la même sévérité, et, pour montrer que Dieu, en punissant les descendants d'Adam, pour la faute de leur père, ne commet point d’injustice, il fait cette comparaison (4) : « Si un homme et sa femme élevés, sans aucun mérite de leur part, à la plus haute faveur, s'en rendaient indignes par un crime commis de concert, et étaient en conséquence déchus de cette dignité et réduits en servitude, qui s’aviserait de trouver mauvais

(1) L. V Cont. Julian., c, tt.

(2) De Don. persever., c. xut.

(3) Lib. de fid. ad Petrum. Cf. De Predestin., €, xu, n. 27. (4) De Concept., c. xxvun.

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