‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 94 sur 283 · LIVRE III. — DE LA NÉCESSITÉ DU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE III. — DE LA NÉCESSITÉ DU BAPTÈME

que les enfants qu’ils engendreraient dans cet esclavage fussent réduits au même état ? »

Plusieurs autres Pères de l'Église (1), divers Théologiens du moyen âge (2) et des temps modernes (3) ont également soutenu la doctrine de la peine du feu.

Le plus grand nombre des écrivains ecclésiastiques, surtout à partir du xr° siècle, croient que les enfants morts sans baptême sont soumis seulement à la peine du dam, qui résulte de la privation de la vision intuitive. Plusieurs d’entre eux admettent même un lieu spécial pour leur résidence, ainsi que Virgile l'avait fait pour les enfants coupables seulement d’être nés (4); comme Milton devait limaginer dans son Paradise of fools, situé près de la Lune; comme le Dante devait le supposer dans son poème immortel. « A l'entrée de l'Abîme, dit-il, est un lieu vaste, élevé et lumineux, où l’on n'entend ni cris ni gémissements, mais seulement des soupirs.… C’est là qu'habitent les âmes de ceux qui n’ont pas péché; ces âmes, n’ayant pas reçu le baptême, ne verront jamais la gloire éternelle; elles ne subiront pas davantage des tourments sans fin. Aussi loin des peines de l’enfer que des délices du Ciel, elles jouissent d’une paix dont aucun regret ne vient troubler la douceur. » J

L'existence de ce lieu intermédiaire, auquel saint Thomas a donné, le premier, le nom de Zimbes, aurait été condamné par un canon d’un concile de Carthage cité dans le Codex canonum, attribué faussement à saint Léon le Grand; mais on doit remarquer que ce prétendu canon ne se trouve point dans la plupart des textes manuscrits du Codex (5).

La supposition d’un lieu intermédiaire est d’ailleurs tout à fait différente de celle d’un état mitoyen entre les peines physiques de l’enfer et la béatitude des Cieux. Saint Grégoire de Nazianze et saint Grégoire de Ny$se ne veulent point que les enfants morts sans baptême soient condamnés au supplice du feu ; ce dernier suppose (6) que leurs âmes

(1) Avitus, Carm. ad Fusc. soror. ; Gregor. Magn., Moral., 1. IX, c. xvr. (2) Isid. Sev., L. I Sent., c. xxrt; Yv. Carnut.; Panorm., L. I, c. 1x; Gregor. Arimin.,

— In Il Sent., distXXXIIL q. 3.

(3) J. Driedo, De Grat., tr. IL, 1. I, c. 1; Norris, Vindic. August. c. 11, 5; Lauria, De Stat. peccat., disp. XXVII, art. 3; Henry de Saint-[gnace, Ethn. amor, tract. II, De Bapt.; Grandcolas, le P, Mauduit, etc,

(4) Æneid., 1. VI, v. 426-420.

(5) Patrol. lat , t. LVI, col. 487.

(6) Orat. de infant. qui premature abripiuntur,

resteront errantes dans les airs, cherchant partout le repos et ne pouvant le trouver, parce qu’elles ne sont point marquées du sceau du Seigneur.

Saint Thomas fait observer que les termes de {ourment, feu, supplices, employés par Hot Pères doivent s’interpréter largement dans le sens de peine et que c’est là l’espèce pour le genre. « L'enfant mort avec le péché originel, dit-il (1), ne mérite pas . peine du feu, mais seulement celle du dam, parce que la privation de la justice originelle le rend incapable de voir Dieu. »

Cette opinion est partagée par un grand nombre d'écrivains anciens et modernes (2); il en est d’autres qui considèrent même comme très légère ou comme nulle, pour les enfants, la peine du dam. D'après tie sentiment (3), que l'Église n’a jamais condamné, bien qu il ait été plusieurs fois dénoncé au Saint-Siège, surtout par des évêques jansénistes, ces enfants, après le jugement dernier, vivront heureux dans une sorte de paradis terrestre et perpétuel; là ils aimeront Dieu de tout leur cœur, et jouiront même souvent de la société des Anges et de leurs révélations. Cette opinion fut défendue par les Cordeliers et combattue par les Dominicains dans une congrégation préparatoire à la cinquième session du Concile de Trente ; mais aucune décision n’intervint à ce sujet. D’autres (4) se bornent à dire que ces enfants seront heureux d’un bonheur naturel, sans être attristés par le regret de avoir pu pénétrer dans les Cieux.

Me Besson, évêque de Nîmes, a revêtu de sa riche éloquence l’hypothèse de cet heureux sort, laquelle paraît aujourd’hui le plus en crédit.

Laissez, dit-il, laissez monter vers Dieu, du fond du royaume invisible où règnent ces petits enfants l’hymne qu'ils chantent avec les bégayements de leur langue imparfaite, à la gloire de leur créateur. Ils chantent comme les Israélites dans la fournaise, sans être atteints par les flammes vengeresses ; ils chantent avec la voix de la foudre, sans en être ni frappés ni émus; ils adorent Dieu dans la clarté étincelante de ses ouvrages ; prêtant leur intelligence à peine ouverte et leur voix à peine formée à tous les éléments de l’ordre surnaturel, pour animer

(1) In Sent., dist. XXIIT, De Malo, q. 1, art. 2.

{2) Sévère d'Antioche! Cosmas, Nicetas, S. Bernard, Pierre Lombard, Innocent III S. Bonaventure, Scot, Éclair Didace AVvaree, etc,

(3) Jérôme Savonarole, Albert Pighius, Ambroise Cathatin, le cardinal Sfondrat, le cardinal Cajetan, Fe. etc,

(4) Suarez, Vasquez, le cardinal Gousset, ete,

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