LIVRE III. — DE LA NÉCESSITÉ DU BAPTÈME
ce concert magnifique auquel se mêlent, d’un bout de l'univers à l’autre, les astres du firmament et les feux de l’abîme, l’hysope qui croît sous les pieds et les cèdres qui couronnent les hauteurs du Liban. Ils louent Dieu et ils lui rendent grâce d’avoir garanti leur innocence personnelle en les livrant à une mort prématurée. Ils se félicitent de m'avoir pas connu la malice et les dangers de ces péchés qui perdent tant d’âmes tombées d’une si grande chute, parce qu’elles étaient réservées à une si grande gloire. »
Nous ne devons pas oublier de mentionner le sentiment de ceux qui s’abstiennent d'émettre une opinion sur un mystère qu'il ne nous appartient pas de pénétrer (1). C’est à tort qu’on a voulu ranger saint Ambroise dans cette catégorie, parce qu’il dit que les enfants non baptisés pourront bien être exemptés des peines ‘de l’autre vie, mais qu'il ignore s’ils recevront les honneurs du divin royaume (2). Cette phrase qui ne se relie point à ce qui précède et qui en serait même le démenti, paraît aux meilleurs critiques être une interpolation pélagienne.
Examinons maintenant les opinions émises par les Églises orientales et par les hérésies des temps anciens et modernes.
Les Grecs n’admettent pas que les enfants morts sans baptême soient punis du supplice du feu ; ils seront seulement privés, disent-ils, de la vue de Dieu face à face; quant à ceux qui, à défaut de limmersion d’eau, ont recu le baptême d'air dont nous parlerons plus tard (3), ils entreraient en possession du Ciel.
Les théologiens d’'Abyssinie sont très divisés sur cette question. Les uns croient que les enfants non baptisés sont damnés; les autres qu’ils jouissent aussitôt du bonheur suprême ; ceux-ci les condamnent à une éternelle apathie; ceux-là les font introduire dans le Ciel par l'Archange saint Michel, mais seulement après un certain temps d’expiation. Chez les Coptes (4), le salut de ces enfants paraît assuré, pourvu qu’ils soient nés de parents chrétiens; ils sont exclus de la gloire par les Nestoriens de Syrie (5). |
Les Pélagiens, par là même qu'ils niaient l'existence du péché originel, considéraient les enfants comme en état d’innocence. Pressés par les arguments de leurs adversaires, ils n’osèrent point prétendre qu'ils
(1) Bourdaloue, Mgr Gros, etc.
(2) L. II De Abrah., c. xt, n. 84.
(ME IV, cr art. 2:
(4) Combes et Texier, Voyage en Abyssinie, t. III, p. 172. (5) Assemani, Bibl. Orient., t. IT, p. 2.
jouissaient de la béatitude suprême; mais ils imaginèrent une bizarre distinction entre le royaume des Cieux et la vie éternelle, accordant celle-ci aux enfants morts sans baptême et leur refusant celui-là.
Il était logique que ceux des protestants qui n'attachent pas au baptême des conséquences de justification n’admîssent point que le salut des enfants fût compromis par la non-réception du baptême. Cependant leurs doctrines à ce sujet furent d’abord assez contradictoires. Luther, dans ses Entretiens de table, émet des principes tout opposés à ceux de ses Catéchismes où, comme Mélanchton, il envoie au feu éternel les enfants non baptisés. L'article 9 de la Confession d’Ausbourg condamne les Anabaptistes parce qu’ils proclament le salut des enfants non baptisés, et l’article 2 déclare que quiconque n’est pas régénéré par le Sacrement de l’eau tombe dans la mort éternelle. Martin Bucer (1) n’attache aucune importance au baptême, attendu que sans ce sacrement les enfants prédestinés sont sauvés et qu’avec lui les nonprédestinés n’en sont pas moins damnés. D’après Calvin (2), les enfants sont sauvés en raison du pacte conclu entre le Christ et les parents chrétiens. En ce qui concerne les enfants des Juifs, des Païens et des Mahométans, les avis sont très partagés. Les uns espèrent bien de leur salut (3), les autres les damnent (4), d’autres croient qu’ils ne subiront qu'une peine très mitigée.
Les Arminiens ou Remontrants, dans leur synode de Dordrecht (14 novembre 1618), déclarèrent que tous les enfants des fidèles étaient sanctifiés et qu'aucun de ces enfants, mourant avant la réception du baptême n’était damné; ils ajoutèrent qu’à plus forte raison aucun des enfants qui mourait après le baptème, avant l’usage de la raison, n’était exclus du royaume des Cieux. « En disant que tous les enfants des fidèles étaient sanctifiés, dit Bossuet, ils ne faisaient que répéter ce que nous avons vu clairement dans les confessions de foi calviniennes; et s’ils étaient sanctifiés, il était évident qu’ils ne pouvaient être damnés en cet état. Mais après le premier article, le second semblait inutile ; et si les enfants étaient assurés de leur salut avant le baptême, ils l’étaient beaucoup plus après. Ce fut donc avec un dessein particulier qu’on mit le second article; et les Remontrants voulaient noter l’incon-
(1) /n cap. TITI Matth. {
(2) Anstitut., 1. IV. | FT
(3) Zwingle, Danhauer, H. Keller, Adam Muller, Osiander, A. Gueroud, Ch. Chauncy, etc. ‘ (4) Calvin, Calovius, Fetchius, Zeïibichius, etc. |