‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 97 sur 283 · LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME ITA · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME ITA

les apôtres; les communions d'Orient comme celles de l'Occident, dans tous les temps et dans tous les pays, se sont conformées aux injonctions et aux exemples que nous trouvons dans le Nouveau Testament. L'Église a toujours réprouvé les substitutions tentées à cet égard par l'ignorance, par la mauvaise foi ou par de fausses conceptions théologiques. Si le Concile de Trente (r) s’est trouvé obligé de proclamer de nouveau l’absolue nécessité de l’eau vraie et naturelle, vérité si unanimement exprimée par les saints Pères (2), c’est que certains réformateurs du xvi® siècle, rompant avec ja tradition tout entière, avaient prétendu qu’en l’absence d’eau, tout autre liquide pouvait servir de matière valide au baptême. « ‘l'out ce qui peut tenir lieu de bain, dit Luther (3), est propre à conférer le baptême. » « Si l’eau venait à manquer, ajoute Théodore de Bèze (4); et qu’on ne püût retarder un baptême, je baptiserais tout aussi validement avec n'importe quel liquide qu'avec de l’eau. » Calvin a été beaucoup plus loin en prétendant qu’il faut entendre dans un sens métaphorique la prescription du Sauveur, qui ne se rapporterait qu’à la componction du cœur. C’est un paradoxe qu’a amplement développé Guillaume Dell, ministre anglican de Cambridge, en essayant de prouver que dans le texte n1s1 renatus ex aqua, il ne faut pas plus entendre le mot eaz dans le sens matériel que le mot fex dans le texte de saint Matthieu (ur, 11); que ces deux passages sont également relatifs à l’Esprit-Saint; que le baptême d’eau conféré par les apôtres était celui qu'avait institué saint Jean, tandis que Notre-Seigneur n’a prescrit que le baptême spirituel, s’accomplissant par la parole, par la prédication de l'Évangile, et que cette purification toute morale nous agrège au corps de l'Église, nous délivre des conséquences du péché et nous mérite la vie éternelle. Guillaume Dell avait naturellement prévu qu’on lui objecterait la croyance de tous les siècles sur la réalité de l’eau comme matière du baptême, mais cet argument ne l’embarrassait guère, et il répondait sans sourciller qu’un seul homme, illuminé par la vérité des Livres saints, peut avoir raison contre tout le genre humain (5).

(1) Sess. VII, De Bapt., can. 11.

(2) Justin, Apol. 11; Tertul., De Bapt.; Cypr., Epist. LXX ; Cyrill. Hier., Catech. DIT Basil., De Spir. sancto; Greg. Nyss., Orat. De Bapt.; Ce Homil. XIII in Marco; Ambros., De Sacram., etc.

(3) Collog., c. xvrr.

(4) Epist. II ad Thom. Tit.

(5) La Doctrine des Baptèmes expurgée des erreurs anciennes et modernes , trad, de anglais, p. 25.

Les Sociniens, les Méthodistes et les Quakers ont aussi considéré comme métaphorique l’eau prescrite pour le baptême, et n’y ont vu que l’ablution du cœur et le principe d’une nouvelle vie. « De même, dit Robert Barclay (1), qu’il n’y a qu’un Dieu et qu’une foi, il n’y a aussi qu’un baptême, qui ne lave pas les souillures de la conscience, mais qui est le témoignage d’une bonne conscience auprès de Dieu par la résurrection de Jésus-Christ. Ce baptême est quelque chose de saint et de spirituel, c’est-à-dire le baptême de l’Esprit et du feu, par lequel nous sommes ensevelis en Jésus-Christ, afin que, lavés et purifiés de nos péchés, nous menions une vie nouvelle. »

Frà Paolo Sarpi (2) a prétendu que l'Église primitive s’inquiétait peu de la matière et de la forme, regardées aujourd’hui comme essentielles à la validité du sacrement, et, pour preuve de cette audacieuse assertion, que démentent tous les anciens textes, il prétend que, dans les premiers âges de la foi, on ne rebaptisait point ceux qui avaient été régénérés par les mains des hérétiques. C’est évidemment étayer un mensonge sur une erreur, car nous verrons plus tard (3) que le baptème était toujours réitéré quand il y avait eu un vice manifeste dans la matière où dans la forme. Hâtons-nous d’ajouter que presque tous les protestants modernes ont abandonné, sur ce point, les théories de quelques-uns de leurs anciens théologiens, qu’ils reconnaissent comme nous la nécessité de l’eau pour matière baptismale, et qu'ils admettent également la mystérieuse convenance du choix de cet élément.

Cette convenance a été proclamée par tous les écrivains sacrés. Plus le baptême était nécessaire au salut et plus son instituteur a dû en rendre l’administration facile à tous : or, qu'y a-t-il de plus répandu dans l’univers que cet élément, l’eau, que les nuages, les sources, les rivières, la mer nous mettent presque partout sous la main? À un autre point de vue, n’était-il pas naturel de choisir pour matière de la vivification spirituelle, l’élément où tous les êtres ont puisé la vie matérielle, et de transformer en source de vie céleste le principe même de la vie terrestre. La Genèse nous montre le monde, à son origine comme une immense masse liquide où tous les êtres puisèrent leur existence, et cette croyance primitive s’est conservée dans toutes les théogonies de l’antiquité, dans les traditions de l'Égypte et de la Grèce, comme dans les livres sacrés de l’Inde et de la Chine. C’est pour cela

fi) Apologie de la Religion chrétienne, p. 341. (2) Hist. du Conc. de Trente.

(3) Livre VI, des Ministres du Baptême; ch. 1v, des Ministres hérétiques.

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