‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 98 sur 283 · LIVRE IV. -— DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE IV. -— DE LA MATIÈRE DU SACREMENT DE BAPTÈME

que Thalès considérait l’eau comme le principe de toutes choses et qu'Homère appelait l'Océan le père des dieux et des hommes. « L’étymologie elle-même, dit M. l’abbé Berseaux (1), confirme cette vérité. Les mots humor, humidus, humus, homo n'ont-ils pas la même racine ? Si l’homme est appelé homo, n'est-ce point parce qu'il a été formé de terre, humus, et si la terre est appelée humus, n’est-ce point parce que primitivement elle a été formée de l’eau, Aumor ? »

Qu'on ne vienne pas dire que la science moderne n’accepte pas ces données traditionnelles ; elle ne les rejette pas du moins dans ce qu’elles ont d’essentiel. L'eau, le protoxyde d'hydrogène, comme disent les chimistes, se compose de deux gaz indécomposables, principes vitaux de tout ce qui existe. Saint Augustin (2) et les anciens Pères ne s’éloignaient donc pas de la vérité quand ils considéraient l'eau comme la matière élémentaire par excellence, et la plus digne, par conséquent, de concourir à la régénération de l’âme. Du temps de Tertullien, certaines personnes ne partageaient point cette opinion générale et regardaient l’eau comme un élément trop vulgaire pour produire les effets surnaturels qu’on lui attribue dans le baptême. C’est pour répondre aux adversaires dédaigneux de l’eau que Tertullien en fait un si pompeux éloge, en montrant le rôle important quelle remplit dans la création, dans la nature et dans l’histoire évangélique. « Pourquoi cette matière, S'écrie-t-il (3), a-t-elle été élevée à cette haute dignité? Il est bon, selon moi, de considérer cet élément } jusque dans son origine, Elle est noble, elle est illustre, cette origine qui commence avec le monde. L'eau est un de ces éléments qui sommeillaient en Dieu, avant que le monde eût revêtu sa forme, lorsque tout était grossier encore. «Au « commencement, est-il dit, Dieu créa le ciel et la terre; la terre était « invisible et nue; les ténèbres couvraient la face de l’abîme et l'Esprit « de Dieu était porté par les eaux. » Voilà d’abord, Ô homme ! ce qui doit faire respecter la substance de l’eau, c’est l'antiquité de son origine. Veux-tu connaître ensuite sa dignité ? Elle était le siège de l'Esprit divin, qui la préférait alors à tous les autres éléments. D'informes ténèbres, que ne dissipait point encore la clarté des étoiles, s’épaississaient partout; l’abîme était lugubre, la terre sans ornements, le ciel sans magnificence; l’eau seule, matière toujours parfaite, toujours

(1) Les Sept Sacrements, t. I, p. 74.

(2) De Gen. contra Manich., 1. I, €. vir.

(3) De Baptism., c. mr el 1x.

riante, toujours simple, toujours pure par elle-même, servait de trône à l'Esprit de Dieu.

« Il y a plus. Quand Dieu disposa entre elles les différentes parties de l'univers, il le fit au moyen des eaux. Pour suspendre le firmament au milieu du monde, il divisa les eaux d’avec les eaux. Il suspendit l’aride par une opération semblable. Une fois que tout eut pris sa place, et que le monde attendit ses habitants, c’est à l’eau la première qu’il est ordonné de produire des créatures vivantes. C’est l’eau qui, la première, produisit ce qui a vie, afin que notre étonnement cessât lorsqu'un jour elle enfanterait la vie dans le baptême. Dans la formation de l’homme lui-même, Dieu employa l’eau pour consommer son œuvre. Il est bien vrai que la terre lui fournit sa substance; mais la terre eût été inhabile à cette œuvre, si elle n'avait été humide et détrempée. Ce sera donc avec le limon auquel les eaux rassemblées depuis quatre jours dans leur demeure, avaient laissé une humidité suffisante, que le Créateur formera le roi de la création.

« S'il fallait m’étendre ici sur les autres prérogatives de l’eau, que n’aurais-je point à dire de sa vertu et de sa fécondité? Que de qualités! que de bienfaits, que de services rendus au monde ! Mais je craindrais de devenir le panégyriste de l’eau plutôt que le défenseur du baptême: toutefois ressortirait de là cet enseignement plus complet, que si Dieu. a constamment employé l’eau dans ses œuvres, il n’est pas étrange qu’elle figure dans ses sacrements. Pourquoi celle qui PA En la vie dela.terre, ne.donnerait-elle pas Ha vie duiGielé, 407.77.

« Pour nous confirmer dans la foi du baptême, spi en ul faveur l’eau est auprès de Dieu et de son Fils. L'eau intervient dans les principales circonstances de la vie du Sauveur, elle apparaît à son baptême. Essaye-t-il son pouvoir ? Il convertit l’eau en vin aux noces où il est convié. Enseigne-t-il la multitude? Il invite ceux qui ont soif à venir se désaltérer à cette eau éternelle qui n’est autre chose que lui-même. Ailleurs, il affirme qu’un verre d’eau donné au pauvre est une œuvre de charité qu'il récompensera. Il répare ses forces aux eaux du puits de Jacob; il marche sur les eaux, il passe et repasse le lac de Génézareth, il lave lui-même les pieds de ses disciples. Enfin, les témoignages en faveur du baptême se continuent jusqu’à la Passion. Le Sauveur ne sera point condamné à la croix sans que l’eau intervienne ; j'en appelle aux mains de Pilate. Lorsqu'il est blessé, c'est encore de l’eau qui jaillit de son côté; j'en appelle à la lance du soldat. »

Les écrivains sacrés n’ont pas manqué de mettre en relief les har-

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