LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÊME
dans toutes les cités où résidait un évêque et devinrent une succursale de leur cathédrale. C’est là seulement que cette érection était nécessaire, alors que l'administration solennelle du baptême était réservée au premier pontife du diocèse ; mais à Rome, où le nombre des Caté-
- chumènes était plus considérable qu'ailleurs, on dut ériger des baptis-
-tères sur divers points de la cité, et, dès le rv° et le v° siècle, il y en eut à Saint-Pierre, à Sainte-Agnès, à Saint-Pancrace, à Saint-Laurent 1# Damaso et dans d’autres importantes basiliques. Ailleurs, jusqu’au vii° siècle, la multiplicité des baptistères dans un même diocèse était motivée par les divisions naturelles que créaient les chaînes de montagnes et les grands cours d’eau ; encore ces exceptions ne se produi-
saient-elles que dans les localités importantes, munies d’un certain nombre de prêtres et de diacres, parce que l’érection d’un baptistère nécessitait l’établissement d’un Catéchuménat.
Parmi les prétextes que faisaient valoir, au 1v° siècle, certains Catéchumènes, pour retarder leur baptême, saint Grégoire de Nazianze (1) cite la longueur des voyages qu’il fallait parfois entreprendre pour trouver un baptistère. En Espagne, vers la fin du 1x° siècle, on ne baptisait encore que dans les villes (2). Mais il y a toujours eu à cet égard des
- exceptions autorisées par les évêques. Aïnsi Jean Moschus nous parle d’un baptistère situé dans un bourg de Lydie (3), et, vers la fin du vi‘ siècle, Sidoine Apollinaire, dans une lettre adressée à Domitius qui se plaignait de son trop long séjour à la campagne, essaye d’y attirer son ami ; entre autres allèchements, il lui décrit la beauté de son église « à laquelle, dit-il, est annexée au dehors une piscine, ou, pour parler comme les Grecs, un baptistère tourné vers l’Orient (4). »
Au vr' siècle, on fut sans doute frappé des inconvénients qui résul-
” taient, pour les nécessités du culte divin, de l’éloignement du baptistère,
” et on commença à le transférer au centre de l’afrium des basiliques ou à l'extrémité du narthex, ordinairement sur la droite. Vers le vu: siècle, le baptistère s’introduit dans l’intérieur des églises qui, dès lors, prennent le nom de fituli baptismales ; par là même, il se métamorphose en chapelle baptismale. Mais, bien avant le vi‘ siècle, il y eut des églises non accompagnées de baptistère isolé, dont certaines dépendances étaient destinées au baptême : ainsi, dans la description
(1) Orat. XL in S. Baptismo.
(2) Conc. Tribur., c. xu.
(3) Prat. spir., c. céxiv.
(A) ED, I 'ep. Il:
i 4 HISTOIRE DU SACREMENT DE BAPTÈME
que nous a laissée Eusèbe (1) de l’église de Tyr, il est question de | grands appartements supplémentaires érigés des deux côtés « pour ceux | qui doivent être purifiés et lavés dans l’eau et le Saint-Esprit. » |
Le baptistère avait surtout été construit en vue du baptême des adultes. Lorsque, au vine siècle, celui des jeunes enfants se généralisa, | on dut abandonner peu à peu ces monuments isolés, pour y substituer | des cuves baptismales placées dans les églises. Là où l’on continua à | se servir des baptistères, on remplaça la piscine par une cuve d’immersion pour les enfants. En France, c’est vers la fin du vi° siècle que les baptistères sont établis dans les cathédrales, au rez-de-chaussée d’une tour carrée contiguë à l’église, faisant porche à l’ouest et ordinairement surmontée d’une chapelle épiscopale : c'était là qu'après le baptême, se donnaient la confirmation et la communion. Toutefois, les cathédrales qui possédaient déjà des baptistères isolés les conservèrent plus ou moins longtemps dans le cours du moyen âge où, dans beaucoup de cités, la cathédrale n’était pas, comme aujourd’hui, un temple unique, mais comprenait trois sanctuaires voisins ou réunis : 1° l’église épiscopale, souvent dédiée à Notre-Dame ; 2° l’église paroissiale dédiée à saint Étienne ; 3° l’église baptismale, sous le vocable de Saint-Jean. Il en était ainsi à Avignon, à Valence, à Gap, etc. (2); c’est ce qui explique pourquoi certaines cathédrales portent aujourd’hui le triple vocable de Notre-Dame, de Saint-Étienne et de Saint-Jean.
Aux ix°, x° et x1° siècles, la création des Chapitres réguliers qui bâtirent souvent des cloîtres au flanc septentrional de l'église, entraîna la destruction d'un bon nombre de baptistères ; ceux qui restèrent furent la plupart démolis aux xr° et xir° siècles, quand on reconstruisit les cathédrales sur un plus vaste plan. On y ménagea alors un emplacement plus ou moins considérable pour une chapelle des fonts.
Tandis qu’en France, on cesse, au 1x° siècle, de construire des baptistères isolés et qu’on ne peut citer qu’à titre d'exception celui qui fut érigé à Rouen au xr° siècle, l’Italie conserva la plupart des siens, et continua à en élever jusque dans les temps modernes. En 1576, le quatrième concile de Milan, présidé par saint Charles Borromée, ordonnait non seulement de réparer les anciens, mais aussi d’en ériger là où il n’y en avait pas encore. |
En général, les baptistères étaient situés soit en face du portail
(1) Hist. eccl., x, 4 ; Cf. Gennade, lib. IL, ep. XXIV. (2) Pougnet, Des Baptist, en Provence (Revue des bibl. par. d'Avignon. n° du 15 mai 1868.)