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LIVRE XII. — DES PARRAINS ET MARRAINES

gieuse. Nous verrons plus tard quelles étaient ses fonctions pendant l'octave de Pâques.

Les conciles (1) ont souvent insisté sur l'obligation qu’ont les parrains de continuer l’œuvre baptismale, en développant, par l’enseignement religieux, le germe de vie divine que le sacrement a déposé dans âme de l'enfant. Ils doivent en cela partager la sollicitude des parents. « Les parrains, dit le concile d'Arles (813), doivent avoir le même zèle pour l’instruction de ceux qu’ils ont recus à leur sortie des fonts que les parents eux-mêmes ; ceux-ci, parce qu'ils les ont mis au monde; ceux-là, parce qu’ils les ont rendus caution pour eux. » Le concile de Chelchyt (785) veut que les parrains et marraines apprennent à leurs filleuls le Symbole et l’Oraison dominicale.

D’après saint Thomas (2), les parrains peuvent s’exempter d’instruire leur filleul, quand ils présument que les parents de l'enfant s’acquittent convenablement de cette charge. Le concile de Tours (1583) fait durer cette tutelle seulement jusqu’à l’âge de discrétion.

Alors que les obligations des parrains étaient sérieusement comprises, elles créaient des liens dont saint Paulin nous montre toute l'importance, quand il écrit au prêtre Amandus (3): « Comme c’est de vous et par vous que je suis né dans le Christ, je dois être l’objet principal de vos pensées ; car, si je ne suis pas digne de vous, je serai votre honte, de même que je serai votre joie si, en portant de bons fruits, je me montre digne de l'arbre duquel j’ai été détaché. » Même au milieu des révolutions politiques, la vie du filleul restait sacrée pour le parrain. Thierry [*, roi de Metz, ayant envoyé à son fils Théodebert l’ordre de faire mourir un de ses parents, nommé Giwald, Théodebert s’y refusa parce qu’il avait tenu Giwald sur les fonts du baptême. En Angleterre, la parenté spirituelle du baptème était considérée comme si étroite que, d’après les lois de Henri I°", le meurtrier d’un parrain payait une amende au filleul, et le meurtrier d’un filleul la payait au parrain.

En Bretagne et dans quelques autres provinces, les parrains font pour ainsi dire partie de la famille de leur filleul ; on les consulte pour le choix du mariage ; ce sont eux qui conduisent les jeunes époux à l'autel ; à la cérémonie de la bénédiction du lit nuptial, la marraine porte

(1) Conciles de Mayence (813), de Paris (829), de Cologne (1536), de Rouen (1581), de Reims (1583), de Toulouse (1590), de Narbonne (1609), de Milan (1665), etc.

(2) Part, LL, q, LVII, art, 8.

(3) Epist. IX, n. 2.

un cierge bénit et le parrain entonne le Vent Creator (1). À la Bresse (Vosges), la marraine, conjointement avec la mère, conduit sur un char, chez le futur, les effets de la mariée et y prépare le lit nuptial (2). C'est un honneur religieux si grand de remplir les fonctions de parrain, que dans diverses localités on le signale au moment du trépas. À Maupertuis (Poitou), lorsque quelqu’un vient de mourir, on lui croise les bras pour indiquer qu'il a été parrain; s’il ne l’a pas été, on lui laisse les bras étendus (3).

En Grèce, les parrains prennent sérieusement soin de l’éducation religieuse de l'enfant ; ils le protègent lui et ses parents, et quand ceux-ci sont pauvres et que l’enfant meurt en bas âge, ils se chargent des funérailles. De leur côté, le filleul et sa famille sont dévoués au parrain, et comme celui-ci peut être parrain de cent ou de deux cents enfants, il se crée ainsi une puissante clientèle qui, en diverses circonstances, dans les élections politiques par exemple, peut lui prêter un utile concours (4).

En Russie, comme en Grèce, c’est parfois le parrain et la marraine qui portent l'enfant à l’église, usage qui tombe en désuétude, surtout dans les villes. Le parrain donne neuf bougies au prêtre, qui les attache en forme de croix à la cuvette baptismale. Avant de consacrer l’eau, le popeencense le parrain et la marraine; après la bénédiction, le ministre fait trois fois le tour de la cuve avec les parrains, précédés d’un clerc qui porte l’image de saint Jean-Baptiste.

En Arménie, le parrain se confesse immédiatement avant la cérémonie, afin d'accomplir ses fonctions en état de grâce. Il rapporte dans ses bras l’enfant baptisé, le rend à la mère qui se prosterne et dont il baise le sommet de la tête (5).

En Géorgie, le parrain déshabille l'enfant âgé de deux ans, le met une première fois dans une cuvette remplie d’eau tiède, le retire pour l’oindre d’huile sainte, le remet dans la cuvette et lui offre du vin avec du pain bénit. Le parrain remet ensuite le jeune néophyte entre les bras de la mère, en disant: Vous me l’avez donné païen, je vous le rends chrétien (6); c’est à peu près la même formule que celle employée,

(1) Ropartz, Scènes de la vie rurale en Bretagne, pl. x.

(2) Mém. des Ant. de France, 1e série, t. X, p. 166.

(3) Zbid., t. VIII, p. 454.

(4) Bezolles, Science des Religions, p. 136.

(5) Tavernier, Voyages, p. 195 ; Tournefort, Voyage du Levant, p. 165. (6) Zampi, cité par M. le chanoine Bertrand, Dict. des Relig., t. 1, p. 423.

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