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LIVRE XII. — DES PARRAINS ET MARRAINES

riche orpheline, ayant aperçu dans son verger un homme qui allait se pendre, l’interrogea sur les motifs de sa criminelle résolution ; apprenant que ce pauvre homme était poussé par le désespoir, poursuivi qu'il était par de nombreux créanciers, elle fut émue de compassion et lui donna tout son bien. Dénuée de tout et sans personne pour la guider, la pauvre fille tomba bientôt dans l’inconduite et se fit courtisane pour recueillir des moyens de subsistance. Surprise par la maladie et épurée par le remords, elle demanda à recevoir le baptême; mais personne ne voulait répondre pour elle ni lui servir de parrain, ce qui l’affigeait profondément. Trois anges, sous une forme humaine, ayant pris les traits de personnages illustres et connus, vinrent lui offrir de remplir ces fonctions; ils s’adressèrent au clergé d'Alexandrie et se portèrent garants de leur filleule, qui fut alors baptisée. Les personnages dont les anges avaient pris la figure furent fort surpris du rôle qu’on leur attribuait. Le patriarche Paul parvint à éclaircir ce mystère et sut que la pauvre pécheresse avait été ainsi récompensée par Dieu de la générosité dont elle avait fait preuve à l’égard d’un débiteur désespéré. Que cette histoire soit vraie ou fausse, peu nous importe; elle n’en prouve pas moins que du temps de Moschus (vi° siècle), dans l'Église d'Alexandrie, on ne s’étonnait nullement, ni de ce qu’un homme fût parrain d’une jeune fille, ni de ce qu'il y eût trois parrains pour un seul baptême.

Quelques théologiens (1), s'inspirant du souvenir d’un usage plus général, ont prétendu que, lorsqu'il n'y a qu'un parrain, ce doit être un homme pour un garçon, une femme pour une fille. Mais beaucoup

d’autres (2) repoussent cette distinction, attendu que les expressions du

concile de Trente: Sive vir sive mulier, semblent laisser toute liberté à cet égard. | 4

Jean-Baptiste Thiers nous signale une singulière superstition qui avait cours au xvu® siècle : « Il y a des gens assez simples, dit-il (3), pour croire qu’un garçon ne doit pas être parrain d'un garçon, la pre mière fois qu'il est parrain; ni une fille être marraine d'une fille, la première fois qu’elle est marraine, parce que, s'ils se marient ensuite, ils seront malheureux l’un et l’autre, et qu’au contraire ils seront heureux, si la fille est marraine d’un garçon. »

Il peut paraître superflu de dire que les fonctions de marraine ne

(1) Layman et Lacroix.

(2) Suarez, Aversa, Gobat, etc.

(3) Traité des Superst.;t. Il, c. 1x, p. 98.

sauraient être remplies par un homme, et pourtant cette substitution antiliturgique a été parfois hasardée par des marins qui se trouvaient dans l'impossibilité de réclamer le concours d’une chrétienne. En voici un exemple tiré du Voyage de l'Océan Pacifique à l'Océan Atlantique, par M. Paul Marcoy (1) : il s’agit d’un baptême sur la plage de Quitini. « Le chef de l’expédition péruvienne s’offrit à servir de parrain et voulut que son lieutenant servit de marraine, substitution de sexe à laquelle celui-ci se prêta volontiers. Le Révérend tira du caisson vert ses ornements sacerdotaux que la chaleur et l'humidité combinées avaient tachés de moisissure, leur fit prendre l’air un instant, et, lorsqu'il les eut revêtus, ondoya l'enfant, lui donna les noms de Juana-Francisca et prononça sur lui les prières accoutumées. A l'issue du baptême, le parrain, à défaut d’un assortiment de gants, d'éventails et d’essences qu’il pût offrir à l’accouchée, lui remit, galamment enveloppés dans un vieux journal, un mouchoir de cotonnade à carreaux, un démêloir et un petit couteau à manche de corne. Le lieutenantmarraine, avec l’assentiment de son capitaine et compère, donna au père de l’enfant une hache neuve. Une distribution de boutons, de grelots et d’hamecçons, faite aux assistants, remplaça pour eux les dragées du baptême. »

4° CONDITIONS RELATIVES A LA FOI. — Le parrain devant être pour l'Église le répondant de la foi actuelle ou future du Catéchumène, il doit nécessairement être catholique. Au 1x° siècle, saint Théodore Studite n’accepte point pour parrains les fidèles qui communiquent avec

les hérétiques (2); en 894, le concile de Metz exclut ces derniers. Un |

concile de Reims (1583) veut que le prêtre interpelle à haute voix le parrain et la marraine, et qu'il n'accepte point ceux qui ne déclareraient pas vouloir vivre et mourir dans le sein de l’Église catholique, apostolique et romaine. Le Comité ecclésiastique de l'Assemblée nationale reconnut qu’un curé avait agi régulièrement en refusant d’administrer le baptème à un enfant présenté par un parrain et une marraine appartenant à la religion protestante. D’après un décret de ia Sacrée Congrégation de l’Index, un hérétique ne peut être parrain, quand bien même il se ferait représenter par un catholique.

Dans les pays de religion mixte, en Allemagne surtout, on viole

(1) Le Tour du Monde, t, IX, p. 171.

(2) Epist. CCX VIII.

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