LIVRE XII. — DES PARRAINS ET MARRAINES
En Syrie, chez les Grecs schismatiques, ce sont toujours les moines qui servent de parrains aux adultes.
Ce n’est que dans le cours du moyen âge que nous voyons apparaître des prescriptions qui assimilent les ecclésiastiques aux moines dans les défenses de parrainage (r). A cette époque et dans les temps antérieurs, les annales hagiographiques nous offrent de nombreux exemples d’évêques, de prêtres et de clercs remplissant ces fonctions (2) qui, par des raisons de convenance, furent surtout interdites, à partir du xvi° siècle (3), mais souvent avec une clause exceptionnelle pour les proches parents.
Pour terminer ce qui concerne les exclusions générales de certaines catégories professionnelles, nous devons ajouter que le concile de Mayence (813), le pape Urbain II et d'anciens Rituels défendent que le mari et la femme soient parrain et marraine ensemble. Cette prohibition provenait de ce qu’on admettait jadis que le parrain contractait une parenté spirituelle avec sa commère, opinion abandonnée depuis le concile de Trente. Toutefois divers théologiens (4) ont continué à considérer cette alliance comme peu convenable, bien qu’on en trouve d'assez nombreux exemples dans les temps modernes : ainsi le comte et la comtesse de Chambord ont été parrain et marraine, en 1876, d’une fille du duc de Chaulnes.
Disons quelques mots, en terminant, des conditions que les Protestants exigent des parrains. L’ancienne discipline des Luthériens (5), des Calvinistes (6) et des Anglicans n’admettait à ces fonctions que les membres de leur communion. La Confession d'Augsbourg n'exclut que les Antitrinitaires. Aujourd’hui la plupart des Protestants, ne considérant les parrains que comme de simples témoins civils, acceptent sans difficulté le concours des Catholiques pour remplir cet
(1) Conciles d’Aubagne (1254), de Bénévent (1331).
(2) Le diacre Murita fut parrain d’Epildéphore ; S. Remi, de S. Arnoul ; le prêtre Gabinius, de deux fils de S. Claude; S. Prétextat, évêque de Rouen, de Mérovée ; S. Egwin, des enfants d’Ethelred ; S. Hidulphe, de sainte Odile ; l’évêque Ragnemode, de Théodoric, fils de Chilpéric; S. Rigobert, de Charles Martel ; le chanoïne noyonnais Jean de Vatines, de Jean Calvin ; l'abbé de Châteauneuf, de Voltaire, etc.
(3) Conciles de Reims (1583), d’Aix (1585), de Bordeaux (1624) ; Ordon. synod. de Nar-° bonne (1667), de Besancon (1676), de Cahors (1685); Rituel de Soissons (1694); Statuts de Boulogne (1746); Rituel d'Angers (1828); Concile d’Auch (1851) ; Statuts de Quimper (1851), etc.
(4) Suarez, Sanchez, Novarre, Tamburini, etc.
(5) Hockerius, Bidembachius, B. Finckius, Amesius, etc,
(6) Const. Calvinistes de 1561; Synode de Vitry (1617).
office (1). En diverses contrées, on en exclut les excommuniés, les enfants qui n’ont pas fait leur première cène, et les individus qui ignorent les premiers principes de la religion. En Saxe, on fait subir, à la cure, un examen au parrain qui remplit cette fonction pour la première fois (2).
(1) Voetius, Politia eccl., part. I, 1. XI, tract. II, sect. 3 ; Rescrit du Wurtemberg, du 30 juill. 1805 ; Rescr. du Consist. de Bavière, du 20 juin 1843. (2) Augusti, Christichen archael., t. VII, p, 337.