LIVRE XII. — DES PARRAINS ET MARRAINES
de compter sur sa générosité. Dans certaines localités, le parrain, en sortant de l’église, jette des dragées et de la menue monnaie que se disputent les enfants. Quelques jours après, il faut distribuer à un certain nombre de parents et d'amis de ces boîtes de dragées de baptême, dont certains confiseurs de Paris ont la spécialité (r).
Au jour de la première communion, c’est ordinairement le parrain qui doune à son filleul ou à sa filleule le cierge et le livre de messe; la marraine donne à son filleul la cravate, le brassard et quelquefois une montre; à sa filleule, la robe, le voile, une montre ou quelque autre bijou.
Les parrains, à certaines autres époques de l’année, soit au jour de lan, soit à l'anniversaire de la naissance ou du baptême, soit au jour de la fête nominale, font quelque cadeau à leur filleul; c’est une dette de convenance dont ils s’acquittent ordinairement mieux que des obligations morales qu'ils ont contractées près des fonts.
Etienne de Jouy, dans son Hermite de la Chaussée d'Antin (2), raconte que l'honneur d’être parrain, qui lui avait coûté quatre-vingts fr. en 1775, lui fit débourser deux mille trois cent soixante-quinze francs en 1810. Parmi les acquisitions qu'on lui fit faire pour remplir convenablement son mandat, nous voyons figurer six douzaines de gants superfins et assortis ; deux éventails, l’un brodé en acier, l’autre en écaille blonde ; un bouquet de fleurs artificielles; quelques sachets, deux flacons d’essence de rose, un collier de pastilles du sérail : c’est là ce qui constituait la corbeille de la commère, sans compter les cadeaux destinés à l’accouchée, à la garde, à la nourrice et à l'enfant, le cierge offert au curé, l’offrande au vicaire, les pourboires au bedeau, au suisse, aux sonneurs, et les aumônes aux pauvres de la paroisse.
Dans l’ancien Bazadais, la marraine donne invariablement un petit bonnet, une chemise, un maillot et un drap de lit qu’on coupe en morceaux pour en faire des langes (3).
Dans diverses paroisses de Normandie, la marraine fait tous les frais de baptème pour une fille, et le parrain les fait pour un garçon.
Dans quelques campagnes du Poitou, on croit qu’un enfant auquel sa marraine n’a point fait cadeau d’un verre et d’une assiette récemment achetés, n’aura que fort tard l’usage de la parole (4).
(1) Dict. de la Vie pratique, w° Parrain.
(2) No 3, août 1810.
(3) Lamarque, Usages de l’Ancien Bazadaïs, p. 12. (4) Mém. des antiq. de l'Ouest, t. XIX, p. 410.
Dans la Haute-Saône, on appelle Naïlles (de Natalitia) les bonbons, les noix, les amandes et les menues monnaies que le parrain et la marraine jettent aux enfants, en se plaçant à une fenêtre de la maison maternelle (1).
En Allemagne, les dons en argent, en terres, en fiefs appartenaient à l’enfant en toute propriété ; les parents n'en avaient que l’usufruit : c'est ce qui donna lieu à la loi de pecunia lustrica, qui réglait l'administration de ces biens, qu’on appelait Pathen-Gelt. Les cadeaux plus modestes se nomment Bindelen , et se réduisent dans les campagnes à l'envoi d’une poule et d'œufs. Dans les classes aisées, les cadeaux de baptême au filleul se renouvellent pendant un certain nombre d’années, à diverses époques : à l'anniversaire de la naissance, à la fête nominale, au jour de l’an et quelquefois même à Pâques, à Noël et à la Toussaint.
En Bavière, comme dans quelques-unes de nos campagnes, les gamins barrent souvent par des cordes la sortie de l’église, et ne laissent passer les parrains que lorsqu'ils se sont exécutés,
En Pologne, il est très rare que le parrain fasse un cadeau, soit à sa commère, soit au filleul; on n’y connaît même pas l’usage de distribuer des dragées.
En Grèce, le parrain fait tous les frais; c’est lui qui achète la layette, les cierges, l'huile, le savon, les médailles commémoratives, les dragées et la croix qui orne le bonnet de l'enfant.
(1} Mém. de la Commission archéolog. de le Haute-Saône, t. 1, p. 27.