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LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÊME

Les plus anciens baptistères, de même que l’atrium des maisons romaines, avaient au centre une ouverture à ciel découvert par où l’eau tombait dans le bassin, comme jadis dans l’impluvium. On dut sentir les inconvénients de ce système, lorsque les cérémonies s’accomplissaient par un temps pluvieux : aussi couvrit-on bientôt le monument d’un dôme en bois, en pierre, en cuivre ou en bronze, qui fut cylindrique pour les rotondes et à pans coupés pour les baptistères octogones.

Lorsque ces baptistères n’avaient que de petites dimensions, la coupole pouvait s'appuyer simplement sur les murs de l'édifice; dans le cas contraire, elle était soutenue tantôt par une colonne centrale, tantôt par quatre colonnes, tantôt enfin par toute une colonnade qui partageait l'édifice en nef centrale et en bas-côtés tournants. Quelquefois une série de colonnes en soutenait un rang supérieur, formant un étage de galeries qui servaient aux réunions préparatoires des Catéchumènes. Ces colonnes ont exercé la mystique imagination des écrivains du moyen âge, dont M. l'abbé Pougnet a parfaitement résumé à ce sujet les doctrines symboliques. « Ces colonnes, dit-il (1), par leur beauté, marquent les vertus dont doit être paré le Néophyte ; par leur résistance, la force qu’il doit opposer aux tentations ; par leur forme, la rectitude de sa foi et de sa vie; par leur élévation, le détachement qu'il doit avoir de ce monde, et le désir du ciel qui doit présider à sa vie spirituelle. Les bases des colonnes sont les saintes Écritures, sur lesquelles se base la vie du Chrétien, et le motif surnaturel qui lui fait pratiquer les vertus. Le chapiteau est Notre-Seigneur, but suprême et fin des actions du Chrétien. Or ces colonnes sont disposées circulairement ou de manière à déterminer un hexagone, un octogone, ou une croix : elles sont isolées ou réunies de deux en deux, au nombre de six, de huit, de douze ou de seize. La disposition circulaire signifie la circonspection du Néophyte et le soin intelligent avec lequel il doit se nourrir des saintes Écritures. Un baptistère à quadruple abside et celui en forme d’une croix, dirigeant ses bras vers les quatre points du monde, ajoutent à ce premier symbole celui de la doctrine céleste répandue dans tout le monde par le saint Évangile. Réunies deux par deux, les colonnes exprimeront la concorde des deux Testaments, la double vie active et contemplative, le double précepte de charité envers Dieu et envers le prochain, et enfin la concordance des œuvres avec la

(1) DesBaptistères en Provence (Revue des Bibl. par d'Avignon, n° du 15 Juin 1868.

foi, sans laquelle celle-ci ne saurait produire des fruits. Les six colonnes expriment la perfection de la vie active; au nombre de huit, elles signifient la résurrection, le bonheur et le repos éternel, en même temps que la perfection ; les douze séparées, la multitude des saints; réunies deux par deux, la perfection de la vie active unie à la vie contemplative. Seize est composé de deux fois huit, et prend la double signification de deux et de huit. Le nombre des colonnes déterminent le plan hexagonal ou octogonal. Ces formes prennent la signification des nombres dont elles sont issues. Ajoutons encore la voûte élevée, symbole de la direction de notre intention vers Dieu, de la sublimité de la vie contemplative, de notre conversation dans les cieux et de l'intelligence des sens mystiques de l’Écriture. Ce sont là tout autant de prédications incessantes pour celui qui sait lire ce livre si beau du symbolisme, qui n’est autre, après tout, que la sainte Écriture et la tradition de l’Église. » Ces colonnes, ces coupoles, ces absides, ces portiques ne sont que des accessoires du baptistère ; ce qui le constitue essentiellement, c’est le bassin qui en occupe la partie centrale et qui est désigné sous les noms de baptisterium, piscina, fons, craler, etc. La plupart des liturgistes et des archéologues se sont imaginé que c'était un bassin d’environ r mètre 30 c. de profondeur où pouvait s’accomplir l'immersion complète des adultes. Admettons pour un instant cette hypothèse. Voici le Catéchumène arrivé à la troisième marche concentrique qui: entoure le bassin ; en sautant dans le fond, à une teile profondeur, il court assurément le risque de se laisser choir. Veut-on qu’il y soit descendu au moyen d’une échelle ? Comment l'évêque, placé, dit-on, sur la dernière marche, pourra-t-il alors appuyer la main sur la tête du Catéchumène pour la plonger sous l’eau? A coup sûr, il risquera chaque fois de tomber lui-même dans le bassin, la tête la première. Supposerait-on que le pontife descendait, lui aussi, dans l’eau ? Comment l’aurait-il pu faire, aux époques où il était revêtu de ses riches ornements ? D'ailleurs tous les textes nous disent que, pendant la cérémonie, il était placé sur un lieu élevé(r). Enfin, un argument irréfutable contre l'immersion complète, c’est la disposition du bassin qui n’a que 30 à 45 cent. de profondeur, en y comprenant l'épaisseur du plancher. Partant de cette donnée indiscutable, M. le vicomte de Saint-Andéol (2) a cru pouvoir conclure que le bassin n’était qu'une piscine jouant le

(x) Den. Areop., De Hier, eccl., c. n; Ambros., De Sacram., 1. 1, c. mr (2) Etude sur les Baptistères, ap. Revue de l’art chrétien, t, IX, p. 587.

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