LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÈME I
rôle de sol absorbant, qu’il n'était jamais rempli d’eau et qu’on baptisait uniquement par une ample effusion d’eau prise dans la cuve-réservoir placée au centre de la piscine. Nous avons combattu ailleurs (1) ce système démenti par les textes, et nous devons nous borner ici à répéter notre conclusion, à savoir que le Catéchumène avait de l’eau à peu près jusqu'aux genoux, et que cette immersion partielle, mais suffisamment symbolique,
Cuve-réservoir de Venasque. était complétée par l’abondante affusion
sur la tête, que lui faisait l’évêque, avec de l’eau bénite qu’il puisait dans la cuve-réservoir ; cette cuve, quand elle était en pierre ou en marbre, restait au milieu de la piscine ; lorsqu’elle était en bois ou en métal, on pouvait la transporter en face de la porte d’entrée, près des gradins. Parfois, cette cuve, qui avait eu jadis une destination toute différente, avait été enlevée aux thermes impériaux. Au vi* siècle, la cuve-réservoir fut remplacée par des fonts à parois verticales où les enfants âgés d'environ un an étaient immergés debout.
La piscine, de deux à cinq mètres de diamètre, selon l'importance des localités, était quelquefois carrée ou ovale; le plus souvent, elle reproduisait la forme même d’un baptistère, circulaire ou octogone.
Le plancher de la piscine, épais d'environ quatre centimètres, est en ciment ou en béton; il est assis soit sur un lit de sable, soit sur le roc, soit sur des cailloux ou des quartiers de roche dure. Une rigole taillée dans le vif partait du milieu de la piscine et, par une pente souvent insensible à l’œil, faisait incliner l’eau vers une ouverture où elle se perdait dans un sol perméable. Cette ouverture devait être bouchée pendant la cérémonie et laissée libre plus tard quand on voulait vider le bassin. Toutefois, on peut la supposer non close pendant l'administration du baptême, pourvu que les canaux d’irrigation aient continué, pendant ce temps-là, d'alimenter le bassin. Remarquons d’ailleurs que, dans beaucoup de piscines, lorifice du canal d'écoulement est plus élevé que la bouche du canal d'irrigation, ce qui maintenait le bassin à peu près plein. Nous disons à peu près, puisque l'eau ne pouvait s'élever au-dessus de l’orifice d'écoulement pris
(:) Liv. IV, ch. nr, art. +, De l'immersion.
dans la maçonnerie du bassin. Par conséquent, lorsqu'une piscine avait 30 centimètres de profondeur, l’immersion des Catéchumènes pouvait être réduite à 25. SN
La cuve centrale était parfois surmontée d’une espèce de baldaquin supporté par des colonnes ; il en était ainsi au baptistère d'Aquilée. C'était tout à la fois une protection pour abriter l'eau d’infusion contre la poussière, et comme une ornementation de dignité qui n’est point sans analogie avec le chorium des autels.
Quand l'intérieur du baptistère était partagé en deux parties par des planches ou des tapisseries, l’une pour les hommes, l’autre pour les femmes, il y avait une cuve-réservoir dans chaque compartiment de la piscine.
La cuve centrale, ainsi que la piscine.était remplie d’eau,immédiatement avant la bénédiction des fonts, au moyen de canaux souterrains, communiquant tantôt avec de vastes citernes voisines, tantôt avec des sources plus ou moins éloignées. Parfois il fallait recourir à des constructions d’une certaine importance. Ainsi le pape Adrien fit reconstruire l’aqueduc, connu sous le nom de Claudia, qui alimentait le baptistère de Saint-Sauveur et ceux de plusieurs autres églises (r).
L'eau arrivant dans les piscines par des conduits souterrains a pu faire supposer au vulgaire que les bassins se remplissaient miraculeusement à certaines époques fixes; c’est peut-être bien. là l'origine de certaines légendes dont nous aurons plus tard occasion de parler.
Dans les baptistères sans colonnade, trois marches circulaires entouraient la piscine ; dans ceux qui étaient pourvus de colonnes reposant sur la plinthe courante qui formait la paroi même de la piscine, il y avait simplement deux escaliers de trois marches, l’un pour descendre dans la piscine, du côté de la porte d’entrée, l’autre, en face, pour remonter. Saint Isidore de Séville (2) dit que les trois premières figurent la triple renonciation à Satan, et les trois dernières la triple affirmation de la profession de foi que vient de faire le Catéchumène, tandis que le septième degré (et il entend par là le plancher même de la piscine) nous représente le Sauveur qui éteint Îles feux de la concupiscence.
Saint Honoré d’Autun (3) ajoute que les trois premiers degrés expriment la triple renonciation, que les trois derniers symbolisent la
(1) Anast., De vit. rom. pont.
(2) De Divin. offic., lib. II, c. xxrv.
(3) Gemma animæ, lib. III, c. exur.