CHAPITRE II
Des noms des premiers Chrétiens
La plupart des premiers Chrétiens, vivant au milieu des Gentils, conservaient les usages nationaux qui ne leur paraissaient point violer la foi qu’ils avaient embrassée. Ceux de l'Empire romain continuèrent, comme leurs ancêtres, à porter trois ou quatre dénominations : un prénom ou nom personnel de l'individu; un nom proprement dit, c’est-à-dire le nom de la race ou de la gens, très souvent terminé en us ; un surnom, servant à distinguer les diverses branches sorties d’une même race; un agnomen, second surnom qui désigne soit une qualité bonne ou mauvaise, soit une circonstance quelconque de la vie. Parfois, dans les catacombes, on trouve, en outre, le nom de la tribu (on sait qu’il y en avait cinquante-deux) et, très rarement, lindication du lieu de naissance.
Quand devant les tribunaux on interroge les Chrétiens sur leur nom, ils répondent tout d’abord qu'ils sont chrétiens, et si le juge insiste, ils ajoutent à ce titre leur nom païen de naissance. « Quel est ton nom ? dit Rictiovare à Quentin. — Je m'appelle chrétien, répondil, parce que je garde la foi de Jésus-Christ dans mon cœur et que mes lèvres proclament sa doctrine. J’ajouterai que mes parents m'ont donné le nom de Quentin, que je suis citoyen romain et fils du sénateur Zénon (1). »
Cette réponse, que nous retrouvons identique sur les lèvres de saint Hilarion, de saint Lucien d’Antioche, de saint Pione, de saint Taraque d’Isaurie, de saint Thalalée et de tant d’autres martyrs, nous prouve que la qualification de chrétien était considérée comme une espèce de nom propre, et cela est si vrai qu’un certain nombre de martyrs, comme ceux qui souffrirent à Sébaste, ne sont connus que
(1) Surius, 31 oct., Act. S, Quintini.