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LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÈME

sous l’unique désignation de chrétiens, qu’ils se donnèrent en abjurant les noms qu'ils avaient reçus àleur naissance (1).

Ce genre de renonciation ne nous apparaît qu’exceptionnellement, et nous voyons les Chrétiens de l’Asie, de l'Afrique, de la Grèce, de l'Italie conserver, sans scrupule, les vocables de leur naissance. Dans l'Empire romain, ils les empruntent,comme leurs compatriotes païens, à tout ce qui peut caractériser un individu, à la position sociale, aux occupations, aux qualités physiques ou morales, aux apparences extérieures. Ces appellations sont le plus souvent tirées : des qualités morales (Benignus, Clemens, Constancia); des qualités ou des défauts du corps (Callistus, Venustus, Pulcheria); des couleurs (Flayius, Rufus, Candida) ; de l’ordre numérique de la naissance (Primus, Sextus, Octayia) ; des animaux (Agnès, Aquila, Columba); des plantes (Flora, Narcissus, Rosa); des fleuves (Cydnus, Nilus, Rodanus) ; de l’agriculture (Agricola, Rusticus, Vindemialis); des professions maritimes (Nauticus, Pelagia, Thalassus). Tantôt les noms indiquent le lieu de naissance (Romanus, Sabina, Tiburcrius), ou le mois dans lequel on est né (Januarius, Julius, Junianus); tantôt ils révèlent une origine servile ou l’affranchissement (Servus, Vernacula, Liber); tantôt ils sont empruntés à des personnages historiques (Alexander, Augustus, Titus). S'il est facile de comprendre que les premiers Chrétiens aient usé de ces diverses sortes de vocables, indifférents en eux-mêmes, il l’est peut-être moins de les voir porter des noms tirés des cérémonies augurales, comme Auspicius, Fauslus, Pretiosa, et surtout les noms mêmes de ces divinités abhorrées que Tertullien (2) défendait de prononcer dans l'assemblée des fidèles. Or ces appellations mythologiques sont très nombreuses dans les quatre premiers siècles.

Saint Paul, dans son épître aux Romains, leur recommande la chrétienne Phœbé, et envoie ses salutations fraternelles à Æermès ; ailleurs, 1l parle d’ Apollon comme d’un compagnon de ses travaux apostoliques. Le concile d’Antioche excommunia un moine du nom d’Ammon, qui refusait de souscrire à la condamnation d'Origène. C’est du Dieu Mars que dérivent les noms de Martia, Martial, Martin, Martine, Martinien, que portèrent un certain nombre de saints d'Afrique, d’Espagne, de l'Italie et des Gaules; Apollinaire, Apollonius, Apollonie sont des dérivés d’Apollo ; Denys ou Dionysius n’est que la forme

(1) Basil., Homil. XIX, n° 4, (2) De Idolatria, c. xx.

grecque du nom de Bacchus, également porté par un bon nombre de saints; Saturnin, Saturninien dérivent de Saturne. Il suffit de parcourir le Martyrologe romain pour voir combien sont nombreux les vocables de divinités qui sont devenus des noms honorés par l Église. Bornons-nous à citer: Ammonaria, Aphrodisius, Athenogènes, Denise, Héraclius, Hercule, Hermogène, Janus, Jovita, Jupiter, Mere cure, Mercurialis, Minervalis, Palladius, Palladia, Posidonius, Sabas (Sabatius est un des surnoms de Bacchus), Sterculus, Venerius. |

La plupart de ces noms se retrouvent dans les inscriptions des marbres chrétiens, où apparaissent aussi les noms suivants : Arlémis (noms de la Sibylle delphique), Afhénodore, Calliope, Castor, Cincia, Demetrius (du nom grec de Cérès), Dianesis, Fortuna, Jovina, Jorita, Lucina, Mercuria, Minerva, Nemessis, Pollux, Pythius. (surnom d’Apollon), Venus, etc. (r).

Si les premiers Chrétiens ont conservé ces noms idolâtriques, qu’affectionnaient les païens d'Italie, et surtout ceux de la Grèce et de l” Égypte, c’estque probablementilsles crurent sans importance, dès lors qu'ils n’y attachaient aucun culte de vénération; ils ne songèrent donc pas plus à les changer que leurs arrière-neveux, quand ils seront en possession du pouvoir, ne penseront à modifier les noms mythologiques des jours et des mois. Justement fiers de leur titre de chrétiens, ils se contentaient de cette appellation générale, en estimant que leur nom païen se trouvait purifié par leur nouveau culte. On ne saurait qu’approuver l’esprit libéral de la liturgie primitive, qui ne prescrivit point des changements de noms qui auraient apporté le trouble et la confusion dans les relations de la vie civile, et qui, dans les temps de persécution, auraient fourni de faciles indices aux dénonciateurs.

Si cette conservation des noms païens fut d’un usage général pendant les premiers âges du Christianisme, il n’en est pas moins vrai qu’elle a subi d’assez nombreuses exceptions, surtout à partir du n° siècle, de la part de fervents chrétiens, animés d’une dévotion spéciale et agissant ainsi dans la plénitude de leur liberté individuelle.

C’est donc à tort que Maldonat (2) et quelques autres théologiens (3)

(1) Nous avons pris la plupart de ces noms dans les Recueils épigraphiques de Fabretti et de M. de Rossi.

(2) Disp. de Baptismo, c. 1x1.

(3) G. Kœnigius, Cas. Conscientiæ, p. 274; N. Falkius, De Baptismo, q. VII.

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