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LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÈME

ont prétendu que, pendant les cinq premiers siècles, les Chrétiens ne portèrent jamais de noms particuliers, relatifs à leurs croyances. Cette opinion est aussi erronée que celle de Visconti tombant dans une exagération contraire et accumulant de nombreuses citations pour démontrer l’universalité des noms de baptême aux premiers siècles ; les textes de saints Pères qu’il produit prouvent simplement que les Catéchumènes faisaient inscrire leur nom avant d'être baptisés, mais ils ne démontrent nullement que ces vocables fussent différents des noms juifs ou paiens qu’ils avaient reçus à leur naissance. É

Nous nous maintiendrons dans les strictes limites de la vérité en montrant qu’un nombre restreint de fidèles, pendant les quatre premiers siècles, donnèrent à leurs enfants des noms de saints ou prirent pour eux-mêmes des vocables chrétiens, soit en vue de leur prochain baptême, soit au moment même de la cérémonie, soit dans quelque circonstance particulière de leur vie, par exemple, lorsque, témoins de la mort d'un martyr, ils lui empruntaient, dans un enthousiaste élan de piété, le nom qui venait d’être glorifié par d’héroïques souffrances et que l'Église allait immédiatement inscrire sur ses Diptyques sacrés. C’est ce que nous allons démontrer en interrogeant tour à tour les premiers historiens du Christianisme, les Pères de l'Église, les Documents hagiographiques et les Inscriptions des catacombes.

Les premiers Chrétiens de l'Égypte prenaient souvent des noms de l'ancienne Loi, parce qu'étant devenus citoyens de la Jérusalem céleste, ils portaient une vénération spéciale à ceux qui en avaient figuré et prédit le triomphe. Eusèbe nous dit (1) qu’ils affectionnaient spécialement les noms de Jacob, Israël, Jérémie, Isaïe, Daniel, et que cinq martyrs, avant de subir le dernier supplice, adoptèrent les noms des prophètes Hélie, Jérémie, Isaïe, Daniel et Samuel (2). Le même historien nous apprend qu’un moine changea son nom d’Apselamus en celui de Pierre (3), et que ce dernier vocable fut porté par un des compagnons de saint Denis (4),ainsi que par un martyr qui avait été cubiculaire des empereurs (5). Procope (6) étend à tout l'Orient la remarque qu’Eusèbe avait appliquée spécialement à l'Égypte et à la Palestine.

()ATiSt, b- VIT c. xx I; Mn 1saia, CXLVI, Ÿ. 5. (2) De Martyr. Palæst., c. xr.

(3) Ibid., c. x.

CD PEISt LVITL, c'exre

(5) Zbid., 1. VIIL, c. vi.

(6) In Isaïa, c. xLIv.

« Je ne doute pas, dit saint Denys d'Alexandrie (1), qu’il n’y ait eu beaucoup de fidèles qui aient voulu porter le nom de Jean par suite de la vénération qu’ils professaient pour cet apôtre et aussi parce qu'ils souhaitaient d'être aimés par Jésus-Christ comme l'avait été le disciple qui lui fut si cher. » Il ne nous paraît point improbable que ce vocable ait pu se rapporter souvent, non pas à l’aigle de Pathmos, mais à saint Jean-Baptiste: ce qui, du moins, est certain, c’est que les prénoms de Jean, dans les siècles postérieurs, sont empruntés bien plus soùvent au Précurseur qu’à l'Évangéliste.

Saint Jean Chrysostome félicite les Chrétiens qui donnent à leurs enfants, non pas le nom de leurs aïeux, mais celui des Saints qui se sont illustrés par leurs vertus (2), et en même temps il blâme ceux qui se soustraient à cet usage pratiqué, dit-il, par les premiers fidèles (3). En prononçant l’oraison funèbre de saint Mélèce, il loue les habitants d'Antioche de donner fréquemment à leurs enfants le nom de leur ancien évêque, qui avait subi trois exils pour la défense de la foi de Nicée.

Théodoret (4) nous apprend que les fidèles de son temps aimaïient à donner à leurs nouveau-nés des noms de martyrs, pour leur assurer dans le Ciel une puissante protection. Saint Grégoire de Nysse (5) nous dit que sa sœur fut appelée Macrine en l'honneur de sa grand’mère qui portait ce nom et qui, du temps des persécutions, avait généreusement confessé la foi du Christ. Saint Ambroise, dans son Exhortation à la Virginité (6), parle d’une mère qui avait donné à son fils le nom de Laurent, et qui l’excitait à imiter le courage de son glorieux patron.

Les témoignages que nous venons de citer peuvent faire croire, en raison même de leur origine, que les mutations de noms furent plus fréquentes en Orient qu’en Occident; cette conjecture ne sera point infirmée par les indications que nous allons puiser dans les monuments hagiographiques.

Nous lisons dans les Actes de saint Nectaire que cet apôtre de la

(EAP EUusSeD MIT CET.

(2) Nos neque quævis nomina pueris induamus, neque ayorum et corum qui genere clari fuerunt, nomina tribuamus, sed sanctorum virorum qui virtutibus fulserunt, plurimaque apud Deum gratia valuerunt. /Homil. XXI in Genes., n° 3)

(3) Ut veteres olim faciebant. “Homil. XIT in Epist. I ad Cor.)

(4) Serm. VIIT, De curand. Græc. A ffect.

(5) T. IL, p. 178, édit. Paris.

(O)NC Tr, n°3:

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