‹ Histoire du Sacrement De BaptemeChapitre 137 sur 445 · LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÈME

Limagne fut baptisé par saint Pierre, et qu’il changea alors son nom d’Ipace en celui de Nectaire.

L'auteur d’un Sermon sur la translation des reliques de saint Martial nous dit que « plusieurs catholiques croient que son surnom de Pierre lui fut donné à cause de la conformité de sentiments et de pensées qui faisait revivre en lui le prince des Apôtres; à cause du bap-

. tême qu'il reçut de ses mains, et enfin en raison de l’étroite parenté qui

les unissait tous deux. »

Dominique de Jésus (1), dans sa Vie de saint Marius, l’un des compagnons de saint Austremoine, raconte, d’après des documents qu’il qualifie de très anciens, que saint Marius, en baptisant un possédé et un aveugle appelés Erimontius et Salmana, leur donna les noms de Bernard et de Barnerius.

D’après un très antique office de saint Ursin (2), Nathaniel, disciple de Notre-Seigneur, aurait pris au baptême le nom d'Ursin, avant de devenir évêque de Bourges.

Saint Lucien, évêque de Beauvais, répond aux juges qui l’interrogent : « J’ai reçu de mes ancêtres le nom de Lucius, mais j'ai pris celui de Lucien. »

Dans les Actes de saint Saturnin et de ses compagnons, il est question de Dativus qui prit le nom de Senator.

Ces divers exemples, s’ils étaient d’une réelle authenticité, auraient une grande importance pour ceux qui, comme nous (3), croient que saint Nectaire, saint Martial, saint Austremoine, saint Ursin, saint Lucien et saint Saturnin ont vécu dans le cours du premier siècle; mais leurs biographes ayant écrit beaucoup plus tard, on peut présumer que, sur la question qui nous occupe, comme en bien d’autres points, ils ont gratuitement attribué à des époques antérieures les mœurs et les coutumes qu'ils avaient sous les yeux. Nous ne saurions donc prendre en sérieuse considération ces détails accessoires introduits tardivement dans des récits dont le fond peut, du reste, mériter créance. Abordons, avec plus de confiance, les renseignements authentiques que vont nous fournir les 11°, rr1° et rv° siècles.

Nous lisons dans les Actes de saint Eustache (4), martyrisé sous le règne de Trajan, qu’il s'appelait d’abord Placide; que le pape saint

(1) Hist. des trois Saints protecteurs de l'Auvergne, p. 283. (2) Labbe, Nov. Bibl. manuscr., t. II, p. 460.

(3) J. Corblet, Origines de la Foi chrétienne dans les Gaules. (4) Boll., 20 sept. Act. S, Eustathii.

Sixte I°', avant de le baptiser, lui donna le nom d'Eustache, et qu’en même temps il imposa celui de Theopista à sa femme Trajana, et ceux d'Agapit et de T'heopistus aux deux enfants de cette famille.

Sous le règne de Dioclétien, l’évêque Théopompe, avant de baptiser saint Théonas, lui imposa le nom de Synesius, mot, disent ses Actes (1), qui signifie intellectuel, parce que la pureté de son cœur lui avait fait comprendre la divinité du Christ.

Le chrétien Tarachus prit le nom de Victor en entrant dans Parmée; un autre soldat, saint Sabas, avait pris celui de Conon. Nous lisons dans les Actes de saint Eusèbe (2) que saint Étienne, en baptisant deux enfants, Adrien et Pauline, les nomma Véo et Marie et que, dans une même circonstance, il donna le nom de Lucille à la fille de Nemesius. À l'interrogation du préfet Sévère, saint Pierre Balsame répond : « Mon nom paternel est Balsame, mais mon nom spirituel, que j'ai recu au baptême, est Pierre. » On peut soupçonner que le saint martyr d'Aulane aura d’autant plus volontiers renoncé à son premier nom qu'il signifie, en phénicien, Dieu du Ciel (3). Ce fut sans doute une répulsion analogue qui détermina le chrétien Judas àse faire appeler Cyriaque (4).

Saint Procope, martyrisé en l'an 303, s'appelait Néanie avant sa conversion (5). À la même date, saint Acace, évêque d’Antioche, interrogé par le juge Martien, lui répond: « Je m'appelle Acace et si tu veux savoir mon propre nom, je m'appelle Agathos Angelus (6). » Saint Sérapion reçut au baptême le nom de Cerbonius, qui est un dérivé de Cervus (7). On voit par les trois derniers exemples que nous venons de rapporter qu’un certain nombre de saints nous sont restés connus et sont honorés, non pas sous leur nom de baptême, mais sous leur vocable primitif, et que ces appellations chrétiennes n'étaient point toujours empruntées à l’hagiographie. C’est ce qui nous confirme dans cette opinion, que le but primitif des mutations nominales n’a pas été de se placer sous une protection céleste, mais de témoigner que, par la régénération du baptème, on avait conquis une seconde individualité. Toutefois, la pensée d'emprunter cette seconde appellation aux apôtres

(1) Bolland., 13 jan.

(2) Baronius, ann. 259, n°8 11 et 23.

(3) Buonarotti, Osserv. sopra alcuni framenti di vasi antichi di Vetro, p. 43. (4) Lib. pontif., in S. Euseb.

(5) Boll., 8 jul.

(6) Ruinart, Act. sinc., p. 131.

(7) Boll., 24 oct., p. 594.

Page 1