LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÊME
et aux martyrs a surgi de très bonne heure et s’est promptement propagée, comme le témoigne la multiplicité des noms de Jean, que prirent Chrysostome, Cassien, les premiers évêques d'Alexandrie et tant d’autres; ces noms de Pierre et de Paul portés par tant de martyrs des premiers siècles.
Les inscriptions des Catacombes viennent confirmer nos conjectures. C’est surtout à partir du 1v° siècle qu’on rencontre des noms empruntés à l’Ancien Testament, comme Daniel, Helias, Moses, Rebecca, Samuel, Suzanna, Tobias, etc., et plus encore au Nouveau, comme Andreas, Johannes, Thomas, Paulus, Petrus (1). Quelques archéologues pensent que les inscriptions des coupes de verre où apparaît ce dernier vocable, ne se rapportent pas toutes au prince des Apôtres, mais parfois à des martyrs qui lui avaient emprunté ce nom vénéré (2). Les marbres chrétiens nous fournissent aussi de nombreuses appellations tirées des vertus et des qualités morales, comme Bemgnus, Benigna, Castus, Casta, Decentius, Decentia, Digna, Dignitas, Fidus, Grata, Pius, etc.; mais il y en a un bien plus grand nombre qui n’ont aucune signification chrétienne, même parmi ces doubles noms, unis par la formule o xx, 4 xal, qui et, quæ et, dont ordinairement le premier appartient à la naissance et le second au baptême (3). Nous disons ordinairement, parce que cette mention conjonctive apparaît aussi dans les textes païens (4), et qu’elle peut parfois indiquer des mutations inspirées par diverses circonstances dénuées de motifs religieux.
Peut-être a-t-on remarqué que nous n’avons point invoqué l'autorité du concile de Nicée, que beaucoup de théologiens et de liturgistes mettent en avant pour prouver l’usage obligatoire des noms de baptême dès le commencement du 1v° siècle. C’est que nous n’admettons point Pauthenticité des canons arabiques annexés aux Actes de ce Concile. Eusèbe Renaudot (5), qui en a pris la défense, admet qu’ils ne sont
(1) Hic depositus est Cedualla qui et Petrus. (Buonarotti, Osserv., p. 43.) (2) Trombelli, De Bapt., t. Il, p. 284.
(3) Simplicia quæ et Calonymus. (Gori, Inscriptant., t. I, p.210.)
Fiavia quæ et Felicitas. (Zbid., p. 316.)
Aureliæ Secundinæ quæ et Lecticurria. (Lupi, Sev. ep. 117.)
Asellus qui et Martinianus. (Marangoni, Cose gent., 458.)
Vitalis qui et Dioscorus. (Zbid., p. 465.)
Muscula quæ et Galatea. (De Rossi, 1, n° 224.)
(4) Cicéron, in Verrem.; lib. III De Officio ; Suetone, in Octavio.
(5) Hist. patriarch. Ra sr Dei 7Ie
pas l'œuvre des Pères de Nicée ; mais il croit qu’ils n’ont point tous été supposés, par cette raison que depuis plus de neuf cents ans, ces canons sont observés par diverses Églises orientales. Ce serait une antique version arabe d’un codex de l'Église universelle qu’on aurait annexé aux Actes de Nicée, et où se seraient glissées quelques interpolations dans le cours du 1v° siècle et dans le v°. S'il en était ainsi, ces textes auraient du moins une réelle valeur historique pour cette dernière époque; mais cette antiquité relative est très contestable. Ces canons étaient inconnus à l’Europe quand François Turrien en publia la traduction vers la fin du xvr° siècle. Une version différente fut insérée par le P. Labbe dans sa collection conciliaire, d’après une traduction latine du maronite Abraham Ecchellensis. En y regardant de près, on reconnaît dans cette compilation des emprunts Éits aux conciles de Nicée, de Constantinople, d’'Éphèse, d'Antioche, de Chalcédoine, mêlés à des prescriptions qui peuvent ne dater que du vu siècle (1) et peutêtre même de plus tard, puisque ces canons ne figurent pas dans la collection syriaque de Florence, composée vers l’an 685. On ne saurait donc invoquer en faveur du 1v* siècle le canon qui défend aux fidèles de donner des noms paiens à leurs enfants et qui prescrit de leur imposer ceux dont les louanges sont exprimées dans l’Écriture sainte (2). Si le concile de Nicée (325) avait formulé ces Lois disciplinaires, on n’aurait point conservé cette liberté individuelle d’appellation que nous avons constatée au 1v° siècle et que nous verrons se perpétuer jusqu’au milieu du moyen âge. Il faut remarquer d’ailleurs que la version beaucoup plus autorisée d'Abraham Ecchellensis, professeur d’arabe au collège de France, est notablement différente; il ne s’agit plus là du baptême des enfants; on dit simplement que ceux qui ont été purifiés par le baptême et qui s’adonnent à la lecture des saintes Lettres doivent se faire appeler d’un nom chrétien, pour ne pas être confondus avec les idolâtres (3). Il ne serait donc ici question
(1) Par exemple, celle qui ordonne aux Éthiopiens de ne point élire de patriarche et de se soumettre à celui d'Alexandrie. (Can. xxxvr.)
(2) Fideles nomina gentilium filiis suis ne imponant ; sed potius omnis natio christianorum suis nominibus utatur,ut gentiles suis utuntur ; imponantque nomina christianorum secundum Scripturam in baptismo. (Can. xxx.)
(3) Ne commisceantur nomina christianorum cum idolatrarum nominibus, sed singulis contineantur singuli terminis, et ad sua referantur idolatræ idolæ; christiano vero nuncupentur nomine, qui sacrarum Scripturarum lectioni operam navant, sacro sunt lustrato baptismatis lavacro, in sanctissimam colendam atque adorandam credunt Trinitaterm, et omnes insuper AE celebrant dies fertos.
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