LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÊME
que d’un changement de nom, conseillé aux adultes, peut-être seulement en Arabie et en Éthiopie, et à une époque indécise dont les limites atteignent et peuvent même dépasser le vrr° siècle.
Pour compléter ce que nous avons dit des noms des premiers Chrétiens, il estutile derappeler que plusieurs de ces vocables comportent une idée de haine, de reproches ou de mépris, comme : A/ogius, Alogia, Calumniosus, Contumeliosus, Credula, Exitiosus, Fœdulus, Fœdula, Fugitivus, Ima, Importunus, Injuriosus, Insapientia, Malus, Mala, cou Holesta. etc.
M. Edmond Le Blant qui, le premier, a appelé l'attention sur ces noms injurieux (1), reconnaît avec raison que les premiers Chrétiens, heureux de souffrir pour le Seigneur, ont accepté et choisi pour noms les vocables dégradants que les Païens leur jetaient comme des outrages. De Pie de ces noms, comme de celle de l'Écriture sainte et Us Pères, il tire cette juste eo « Un sentiment de résignation joyeuse, nouveau comme la Foi qui l'avait vu naître, a, selon moi, inspiré aux fidèles admirable constance de chérir une apparente ignominie, cent fois plus glorieuse à leurs yeux que ne l’eussent été tous les honneurs du siècle. C'était ainsi que nos Pères acceptant, comme pour en rendre grâce au Seigneur, les insultes des idolâtres, opposaient aux outrages des hommes, selon le mot de saint Augustin, cette patience qui doit vaincre le monde. »
Faudrait-il aussi, à l'exemple d’Augusti (2), considérer comme inspirés par l'humilité chrétienne ces noms d'animaux si fréquemment portés par les premiers Chrétiens ? Cette hypothèse n’est pas invraisemblable ; mais il est bon de se rappeler que les inscriptions païennes, tout aussi bien que les marbres chrétiens, nous offrent les noms d’Aquila, Asellus, Capra, Castorius, Catellus, Cervinus, Columba, Formica, Leo, Lupus, Muscula, Onager, Pecus, Porcus, Taurus, Tigrinus, Ursa, Ursula, Vitella, etc. « La figure même de plusieurs animaux, dit M# Martigny (3), est employée sur quelques marbres comme signe phonétique des noms qui s'y trouvent écrits. Ainsi le nom de Porcella est accompagné d’une petite truie gravée sur la pierre ; celui de Dracontius, d’un serpent; celui d'Onager, d’un âne; celui de Caprioles, d’une petite chèvre; celui de Ho de deux
(1) Recherches sur quelques noms bizarres adoptés par les premiers Chrétiens. (Revue arch., nouvelle série, t. X, p. 4.)
(2) Denkwürdigkeiten aus der christlichen Archæologie, t. IV.
(3) Dict. des Antiq. chrét., vo Noms des premiers Chrétiens.
tourterelles; celui d'Aguilius, de deux aigles. On voit aussi un aigle, au vol, sur le tombeau d’une chrétienne, nommée Aquilina. »
Des motifs tout différents des principes de l'humilité, par exemple des ressemblances de configuration physique, des circonstances de la naissance ou de la vie, ont pu déterminer les Chrétiens, aussi bien que les Païiens, à choisir ces dénominations, et, puisque nous sommes dans le domaine des conjectures, pourquoi ne supposerions-nous pas que les premiers fidèles, auxquels la Loi du secret interdisait des noms d’un Christianisme trop transparent, auraient aimé à prendre ces vocables zoologiques, symboles des Vertus queles naturalistes grecs et romains prêtaient aux animaux même les plus féroces ou les plus vils; symboles que les Pères de l’Église appropriaient au mysticisme de la vie chrétienne et dont le Moyen Age devait exploiter les données aventurées dans des commentaires si raffinés et si subtils ?