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CHAPITRE III

De l’usage facultatif ou obligatoire des noms de baptème

Nous venons de constater, pendant les quatre premiers siècles, la faculté de conserver, au baptême, le nom de naissance ou de le changer, où d’y ajouter le vocable d’un Saint. Cette liberté liturgique règne, en Occident, jusqu’au xnu° siècle, avec cette différence toutefois que l’imposition d’un nom de baptême, d’abord exceptionnelle, le devient beaucoup moins au v° siècle, se propage à partir du vin® et commence à se généraliser au xr°.

On lit dans la Vie de saint Euthyme(r) que ce célèbre abbé de Palestine baptisa plusieurs Barbares, et qu’il appela Prerre celui d’entre eux qui se nommait Aspebet. L'empereur Théodose le Jeune, avant d’épouser Athénais, la fit baptiser par l’évêque Attique qui la nomma Æudocie (2). Le nom de Thomas devait être assez répandu à cette époque à Constantinople, puisque, sous ce même empereur, l'évêque Eunomius mit sous le vocable de cet apôtre une baliste qui porta la mort au blasphémateur dont le rêve sacrilège était d’incendier l’église métropolitaine (3). Dès le v° siècle, les Florentins donnaient fréquemment à leurs enfants le prénom de Jean, par suite de la vénération qu'ils portaient au divin Précurseur, patron de leur cité (4). La mère du roi Théodoric reçut à son baptême le nom d'Æusébie (5). C’est aussi dans cette circonstance que prirent leurs noms : saint Pulchrone, évêque de Verdun (6); Zngomer et Clodomir, fils du roi Clovis; Clotaire, second fils de Chilpéric (7). Grégoire de Tours nous dit aussi que le diacre Waldo prit au baptème le nom de

(1) Cotelier, Mon. Eccl. græc., t. Il, p. 221.

(2) Socrate, Hist., Il. VII, c, 11.

héodoret, Hist eccleMN, CUxxxVIr.

(4) Franciscus Victorius, Il Fiorino d'Ora illustrato, c. v.

(5) Chronique, publiée par Valois à la suite de son édition d’Ammien Marcellin, p. 665, (6) D. Martène, De Rit. eccl., 1. I, c. 1, art. 10.

DiGres. Quron., Aist Franc, l'VIT cv.

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Bertchramnus (1) et que saint Herménégilde, fils d'un roi des Goths, reçut celui de Jean.

Les noms de baptème, à partir du vn° siècle, sont trop nombreux pour qu'il soit nécessaire d’en citer. Mais, à cette époque et aux quatre siècles suivants, ce qui prédomine encore dans les inscriptions comme dans les textes historiques, ce sont les noms de naissance étrangers à l’'hagiographie ; il suffit, pour s’en convaincre, de parcourir, soit les diplômes carlovingiens, où tant d’évêques ne portent point de noms de saints, soit les listes des empereurs d'Allemagne, des rois de France, de Lombardie, d'Espagne, etc., et de se rappeler que le pape Adrien lui-même, en baptisant un fils de Charlemagne, en 781, ne le met pas sous le vocable d’un Bienheureux, mais se borne à changer son nom de Carloman en celui de Pepin. Enfin, le Sacramentaire de saint Grégoire ne demande pas à l'enfant quel est le nom nouveau qu'il faut lui imposer, mais seulement comment il s'appelle : Quis vocaris ?

C'est de la fin du xr° siècle jusqu’au commencement du xm° que s’universalise l'usage des vocables de baptême, se confondant naturellement avec ceux de naissance, puisqu'on commence alors à conférer le sacrement de la régénération aussitôt après l’entrée dans la vie; d’ailleurs, à cette époque, le nom de famille vient de se constituer, et on éprouve le besoin, surtout dans les classes nobiliaires, de distinguer soigneusement entre eux les membres de la même famille. Cette règle, on le comprend, ne dut point s'imposer partout à la même époque : en Allemagne, elle ne prévaut que versle milieu du x siècle, après le triomphe des Papes sur les Empereurs dans la querelle des Investitures (2); et encore y eut-il d'assez nombreuses exceptions jusqu’en 1245, époque où l’on commença à écrire la langue germanique avec des caractères latins (3). À partir du xrv® siècle, les Conciles et les Rituels se préoccupent des noms de baptême. Le sixième concile provincial de Bénévent, tenu en 1374, fait remarquer que si, dans la cérémonie du baptême, on a omis de donner un nom à ER soit par oubli, soit parce qu'on n'était pas certain de son sexe, il Fe bien se PU de réitérer le sacrement, mais retarder l'imposition du nom jusqu’au moment de la confirmation (4).

(1) Greg. Turon., Hist. Franc., 1. VIIL c. xx.

(2) Goldast, Abe Alaman. Ait 03.

(3) Eus. Salverte, Essai sur les noms propres, I, 220. (4) Benoît XIII, Synodic, Benev. eccles., p. 78.

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