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LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÈME

Trinité dont les grâces viennent de combler le Néophyte, tandis que le dernier (le plancher de la piscine) est la figure du Sauveur par lequel nous sommes faits les cohéritiers du royaume de Dieu. Pour d’autres écrivains mystiques du moyen âge, on descend par trois degrés pour ensevelir dans les ondes sacrées la triple concupiscence, on remonte par trois autres qui signifient la triple ascension vers Dieu par les trois vertus des parfaits, c'est-à-dire l'humilité, le détachement, la continence. Ces degrés exprimaient aussi les trois jours et les trois nuits que le Sauveur passa dans le tombeau. Enfin, la plupart des Pères considèrent la descente dans la piscine comme une image de l’ensevelissement de Notre-Seigneur ; la traversée, comme un souvenir du passage de la mer Rouge, image du baptême; et la remontée, comme un symbole de la résurrection du Sauveur.

ARTICLE IV

Mobilier et ornementation des baptistères

La porte du baptistère était ornée de tentures relevées de chaque côté, faites d’étoffes à fond d’or avec des sujets peints et brodés. On peut se faire une idée de cette décoration par la représentation d’un baptistère sculpté sur le sarcophage du Vatican, que l’on voit aujourd’hui dans la cour de l’église de Sainte-Agnès, à la place Navone.

En face de la porte, se trouvait Le trône épiscopal ou le siège presbytéral. C’est là que s’asseyait le ministre du baptême pour un certain nombre de cérémonies et qu’il prononçait les instructions préparatoires, quand elles n’avaient pas eu

Baptistère rond, d’après un 3 : :

sarcophage du Vatican. lieu dans un autre endroit. Les Catéchu-

mènes les écoutaient, assis sur les bancs de pierre ou de bois qui garnissaient le pourtour intérieur.

Quand le baptistère fut muni d’absides, on y érigea un ou plusieurs autels où l’évêque pouvait célébrer le saint Sacrifice et donner la communion aux Néophytes. Le principal autel était ordinairement dédié à saint Jean-Baptiste, comme le baptistère lui-même. Saint Hilaire, qui monta sur le trône pontifical en 461, érigea trois autels dans le baptistère de Constantin et les dédia à saint Jean-Baptiste, à la sainte Croix et à saint Jean l’Évangéliste.

La découverte d'un autel dans des ruines thermales ne suffirait point pour conclure d’une manière sûre que ce sont là des vestiges de baptistère; car, dans les temps de persécution, on a parfois célébré les saints mystères dans des thermes qui, plus tard, ont été convertis en oratoires ou en églises (1).

Quelques riches baptistères étaient décorés d’une statue en argent du Précurseur, de cerfs, de dauphins et d'agneaux qui versaient de l’eau dans le bassin, de colombes d’or et d’argent qui planaient sur les fonts. Les cerfs symbolisaient la soif spirituelle que le Catéchumène devait éprouver pour l’eau régénératrice, et celle du Néophyte pour les abondantes eaux de la grâce, sicut cervus desiderat ad fontes aquaruin (Ps. XIT). Quand les animaux symboliques étaient au nombre de sept, comme au baptistère de Constantin, ils figuraient les sept dons du Saint-Esprit reçus dans la confirmation. L’agneau rappelait l’Agneau sans tache qui efface les péchés du monde et qui, par la vertu du baptême, purifie en nous la souillure originelle; ce pouvait. être aussi le symbole de l'innocence que doit conserver le Néophyte. Les colombes d’or et d’argent rappelaient la colombe qui apparut au baptême de Notre-Seigneur et la vertu de l’Esprit-Saint animant l’eau baptismale. Les actes du concile de Constantinople tenu sous Mennas, en 536, mentionnent les plaintes des moines d’Antioche contre l’odieuse cupidité de l'hérétique Sévère, qui s'était approprié les colombes d’or et d'argent, images du Saint-Esprit suspendues dans le baptistère d’Antioche, sous l’ingénieux prétexte que « il ne convenait pas de représenter le Saint-Esprit sous la forme de colombe.»

” Les mosaïques et les fresques qui décoraient les parois et les voûtes se rapportaient principalement aux mystères du baptême. On y voyait surtout figurer le monogramme du Christ, le Bon Pasteur gardant ses brebis ou ramenant au bercail celle qui s'était

(1) Pacciaudi, De Sacris balneis, c. x.

égarée; l’Agneau divin, debout sur la montagne d’où découlent quatre fleuves, source emblématique des grâces et des sacrements ; Ja colombe sauvée du déluge, portant le rameau d’olivier, symbole

de la paix dont jouit le Néophyte; la licorne, parce que, selon Pline (1), cet animal légendaire purifie les eaux corrompues en y baignant sa corne, et que son image devait rappeler que Jésus- Christ, en se plongeant dans le Jourdain, avait non seulement purifié les eaux, mais leur avait donné la vertu de laver les âmes; le poisson, emblème. de Jésus-Christ et aussi du chrétien qui puise dans l’eau le principe de la vie spirituelle ; le dauphin, portant un enfant sur son dos, figure de Jésus-Christ qui, des eaux du siècle, fécondes en naufrages, conduit l’âme au port du salut, c’est-à-dire au baptême; le paon, symbole antique de l’immortalité que nous assure la régénération ; l'ancre, qui engage les Néophytes à s’affermir dans la foi, pour braver les dangers qu'offre la navigation de la vie ; le navire au milieu de la mer, figure du baptisé que le souffle de l'Esprit-Saint guide sur la mer du monde.

Parmi les sujets historiques, on représentait de préférence le baptême de Notre-Seigneur, celui de l’Eunuque, saint Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain, les Apôtres dont les Catéchumènes affirmaient le symbole, les Évangélistes dont on leur expliquait les principaux passages, et les diverses scènes de la Bible qui étaient des figures anticipées du baptême, comme Moïse faisant jaillir l’eau du rocher ou adoucissant les eaux de Mara, Élisée traversant le Jourdain ou purifiant les eaux de Jéricho, etc.

L'Orient a conservé longtemps le système des peintures allégoriques des anciens baptistères. Voici les prescriptions que donne à ce sujet le moine aghiorite du Mont-Athos, auteur du Guide de la peinture, dans le chapitre intitulé : Comment on peint la fontaine :

« En haut, dit-il (2), dans la coupole, faites le ciel avec le soleil, la lune et les étoiles. Hors du cercle où est le ciel, faites une gloire avec la multitude des anges. Au-dessous des anges et circulairement, représentez, dans une première rangée, ce qui est arrivé au Précurseur dans le Jourdain. Du côté de l’Orient, faites le baptême du Christ, un rayon descendant du ciel, et, à l'extrémité du rayon, le Saint-Esprit. Sur le milieu du rayon et de haut en bas, on lit ces mots: « Celui-ci est mon

(1) Hist. nat., 1. VIIL, c. xxx.

(2) Didron, Manuel d’Icon. chrét., p. 438.

Fils bien-aimé, dans lequel j'ai mis mes complaisances. » Au-dessous, dans une seconde rangée, faites tous les miracles de PAncien Testament qui étaient la e du divin baptême : Moïse sauvé des eaux; les Égyptiens Throe dans la mer; Moïse adoucissant les eaux amères ; les ie plaies d'Égypte ; l’eau de la contradiction ; l’arche d'alliance traversant le Jourdain ; la toison de Gédéon ; le sacrifice d'Élie; Élie traversant le Jourdain; Élisée purifiant les eaux; Naaman lavé dans le Jourdain ; la fontaine de vie. Sur les chapiteaux, représentez les prophètes et ce qu’ils ont annoncé touchant le baptême. » Ces prescriptions sont encore observées aujourd’hui par les moines du Mont-Athos dans les peintures dont ils décorent leurs fontaines.

Les peintures des baptistères étaient parfois accompagnées d’inscriptions explicatives. D’autres légendes reproduisaient des textes de l’'Écriture sainte, chantaient les louanges de saint Jean- Baptiste, faisalent l'éloge du Be et relataient les noms de ceux qui avaient érigé ou réparé le baptistère.

Les collections épigraphiques nous ont conservé un certain nombre d'inscriptions des antiques baptistères; nous en reproduirons quelquesunes dans les notices que nous consacrerons à la description particulière de ces monuments.

ARTICLE V

Prescriptions liturgiques relatives aux baptistères

C'est à l’évêque seul qu’appartenait le droit d’ériger des baptistères (1) et qu'était aussi réservée la consécration du monument. Sidoine Apollinaire (2) nous parle de cette dédicace comme d’un grand jour de fête. Les cérémonies différaient peu de celles de la dédicace d'une église; elles comprenaient la bénédiction de l’eau, le chant

(1) Synod. Vernensis (755), c. vr.

(2) Lib, IV, Epist. XV.

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