LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÈME
obligé d’ordonner aux fidèles de choisir une autre appellation (1). Les Nestoriens de Syrie donnent encore aujourd’hui à leurs enfants un nom composé où entre celui du Sauveur, comme Ebed-Jesu, Sebar-Jesu, Hanan-Jesu, Jesu-Jab, Jesu-Bocht, Jesu-Dad, Jesu-Denah, etc. Ce genre de noms doit être fort répandu en Syrie, puisque, dans la Bibliothèque orientale d'Assemani, nous ne trouvons pas moins de trente-huit écrivains qui le portent.
Le nom de Marie n'apparait comme prénom dans les catacombes que vers la fin du 1v° siècle (2). Au v°, il est porté par une centenaire lyonnaise (3) ; au moyen âge et dans les temps modernes, il devient le prénom le plus usité pour les femmes, et l’on a remarqué avec raison que, tout répandu qu'il soit, il n’est jamais devenu vulgaire.
Jadis, par un respect exagéré pour le nom de Marie, les Polonaises s’interdisaient rigoureusement de le porter. « Lorsque Alphonse IV, roi de Castille, dit Adam Butler (4), fut sur le point d’épouser une jeune Maure, il déclara qu’il ne contracterait cette union que si elle ne prenait point au baptême le nom de Marie. Parmi les articles de mariage, stipulés entre Marie de Nevers et Uladislas, roi de Pologne, il y en avait un qui portait que la princesse changerait son nom en celui d'Aloyse. Casimir 1%, qui épousa Marie, fille du duc de Russie, exigea la même chose de celle qu’il faisait monter sur le trône de Pologne. »
En Grèce, tout au contraire, des milliers d'enfants reçoivent au baptème le nom de Panagiotis, Panagiotissa, Panagiota, en l'honneur de la sainte Vierge appelée communément Iavaylx, la Toute Sainte.On donne aussi très fréquemment le prénom de Despini, parce que la Vierge est appelée la Dame par excellence, Asomoivn.
Les Mahométans, qui ont toujours eu une grande vénération pour Marie, donnent souvent son nom aux enfants des deux sexes.
De tous les noms de saints, ceux des Apôtres devaient attirer le plus de vénération ; avant de devenir les vocables privilégiés du moyen âge, ils apparaissent dans les diplômes carlovingiens et dans les inscriptions des catacombes, surtout au v® siècle, où l’on remarque particulièrement ceux d’Andreas, Johannes, Paulus, Petrus et Thomas. Au moyen âge, les Églises qui, comme celle de Milan, avaient coutume de
(1) Syn. Diamperit. decr. Lxxxvir.
(2) De Rossi, Inscr., t. I, n°0 325,
(3) De Boissieu, Znscr. de Lyon, p. 585.
(4) Vies des Saints, 1er oct., fête du Rosaire.
faire baptiser trois enfants par l’évêque, la veille de Pâques, leur donnaient le nom de Pierre, Paul et Jean (r).
Les Juifs et les Mahométans prennent aussi parfois des noms d’apôtres, mais jamais celui de Pierre ni de Paul.
Les Puritains d'Angleterre se montraient plus exclusifs ; les noms d’apôtres, aussi bien que ceux des autres saints, leur paraissant respirer le papisme, ils empruntaient à l’Écriture sainte, comme désignation nominale, des mots et même des phrases entières exprimant des vertus, des conseils, des.sentences, des adages, des exemples à suivre. Du temps de Cromwell, on s'appelait : Tue le péché, Sois ferme, Ne pleure pas, Dieu récompense, Combats pour la bonne cause de là foi, Christ est venu dans le monde pour nous sauver, Le Seigneur approche, Probation nouvelle, Réformation, Discipline, Nouvelle jote, Don gratuit, Nouveaux fruits, Poussière, In Excelsis, etc. (2). En 1653, un membre fanatique du Parlement s'appelait : Loue Dieu, Barebone ; son frère se nommait: St Christ n'était pas mort pour toi, tu aurais été damné, Barebone. Le populaire, trouvant que c'était par trop long à prononcer, ne retenait que les deux derniers mots et l'appelait ironiquement : Damné Barebone (3).
ARTICLE II
Noms tirés des croyances et des fêtes chrétiennes
Parmi les noms des premiers Chrétiens, il en est qui se rapportent à l’action de la Providence (Benedictus, À Deo datus); à la Rédemption (Redemptus, Reparatus) ; au baptême (Adepta, Renatus); à la profession du Christianisme (Christianus, Christophorus, Viator); à la victoire sur le péché (Victor, Victoria, Vincens) ; à la joie spirituelle du Chrétien (Beatus, Felix, Hilarius); au bonheur éternel que procure le salut (Salutia, Refrigerius, Æternalis).
(1) Beroldi, Ord. cœrem., ap. Muratori, dissert. LVII. — A Apamée, c'était Jean, Pierre et Marie. (Pontif. Apam., ap. Assemani, Cod. lit., lib. Il). Il en était de même à Sienne, (Trombelli, Ord. offic. eccles. Senens., p. 157.)
(2) J. Collierus, Hist. eccles. Britann.; Bæœhmer, Jus eccl. protest., t. III, p. 840.
(3) De La Roche, Bibl. angl, t. [, p. 181; Granger, Hist. biogr. d'Angleterre.