LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÈME
Les noms d’Afhanase, d'Anastase et d'Anastasie, qui signifient résurrection, ont-ils impliqué l’idée de la résurrection du Sauveur ou de celle qui, un jour, ranimera tous les corps ? Vincent Fassini (1), en remarquant que ces noms apparaissent assez nombreux après le concile de Nicée, suppose qu’on voulut par là célébrer la résurrection de la vraie Foi si longtemps obscurcie par les Ariens.
Un certain nombre de noms inscrits sur les marbres chrétiens se rapportent aux fêtes de l'Église: Natalis, Natalia, Epiphanius, Epiphania, Theophania, Pascasius, Pascasia, Parasceves, etc.; ce qui indique que ces fidèles naquirent aux jours où l'Église célébrait les fêtes de Noël, de l'Épiphanie, de Pâques ou de la Pentecôte (2).
Les Rituels de Bourges (1666) et de Toulon (1778) ont défendu de métamorphoser les fêtes de l'Église en noms de baptême, ce qui n’empêche pas certains Français de s'appeler Toussaint. Quant aux Espagnols, ils abusent de la liberté qui leur est laissée à cet égard, et les étrangers ont grand'peine à se familiariser avec les prénoms si répandus d’Asuncion, Visitacion, Concepcion, Encarnacion, Presentacion et Trinidad. En Italie, on rencontre aussi des Assunta, des Annuntata, dès Concetta, etc.
ARTICLE III
Noms tirés des Vertus et des sentiments de piété
Comme les trois Vertus théologales sont infuses dans l’âme par le baptême, on donnait parfois leurs noms aux nouveaux baptisés. A Rome, dans deux catacombes différentes, l’une sur la voie Aurélienne, l’autre sur la voie Appienne, des marbres funéraires nous font connaître deux familles de martyrs, composées chacune de la mère et de trois filles ; sur l’un, la mère est appelée Sophia, et ses filles Pistis, Elpis et Agape ; sur l’autre, ces vocables grecs sont traduits en
(1) De Nominibus selectis veter. christ, p. 53. (2) Natu Severi nomine Pascasivs die Pascalis prid. non. april 1v die jobis F1. Constantino et Rvfo vvcc conss. (Fabretti, Inscr., p. 577.)
latin ; la mère se nomme Sapientia, et ses filles Fides, Spes, Charitas (1).
Les noms d’Agape, d’Irène et de ses dérivés, de Speraf, de Caritosa, Chariton se rapportent aussi aux Vertus théologales. :
Bon nombre d'anciens noms chrétiens expriment également la foi, l'espérance ou l’amour envers Dieu ; les uns, de forme grecque, comme Théodule, Théophile, Théotime, Théopiste, Philothée ; les autres, d’origine latine, comme Deicola, Deogratias, Deocar, Amadeus, Amadea ; ceux-ci, combinaisons de racines grecques et tudesques, comme J'héobold, Théodebert, Théodemir, T'héodorich, T'héodulph, T'heudelinde; ceux-là, purement germaniques et très répandus en Allemagne, comme fürchlegott (crainte de Dieu), Goftlieb (amour de Dieu), Gottlob (foi en Dieu), Lobegott (louange de Dieu), Traugott (confiance en Dieu), etc.
Les Vertus morales ont encore plus fourni de vocables aux Chrétiens ; il nous suffira de rappeler, parmi ceux d’origine grecque : Agnès (innocente), Alexis (secourable), Catherine (pure), Eusèbe (plein d'amour filial), Léandre (doux), Onésime (charitable), Pamphle (ami de tout le monde), Polycarpe (qui porte beaucoup de fruits), Sébastien (respectueux), etc.; et, parmi ceux d’origine latine, Bemignus, Candidus, Castus, Concordia, Fidus, Firmus, Generosus, Innocens, Justus, Mansuetus, Modestus, Patiens, Pius, Probus, Placidus, Sanctus, Sanctinus, etc.
Nous croyons qu’il faut aussi rattacher aux qualités morales, comme nous l’avons déjà dit, certains noms empruntés aux animaux considérés comme emblèmes d’une vertu.
Ces attributions symboliques n’ont pas été étrangères à l'Irlande du moyen âge, comme le témoignent ses antiques calendriers. À un nom latin d'animal donné à l'enfant naissant, on ajoutait plus tard un qualificatif celtique. C’est ainsi que les Irlandais donnèrent à saint Columba, lapôtre des Pictes, le nom de Co/umb-Kill, c’est-à-dire La Colombe de la cellule (2).
A la catégorie de noms que nous venons d'examiner, on peut joindre ceux qui ont été inspirés par un sentiment de piété à l'égard d'un lieu sacré. Du temps des Croisades, un certain nombre de chevaliers firent baptiser leurs enfants dans les eaux du Jourdain et leur
(1) D. Maurus Wolther, les Catacombes de Rome, Ile part., c. ur. (2) De Montalembert, les Moines d'Occident, t. II, p. 103.