‹ Histoire du Sacrement De BaptemeChapitre 145 sur 445 · EIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÈME · texte numérisé non relu

EIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÈME

donnèrent le nom de ce fleuve, lequel devait se conserver dans un certain nombre de familles (x).

En Espagne, c’est une vieille habitude que d'emprunter un prénom aux plus célèbres lieux de pèlerinage ; on s'appelle volontiers : Amparo, de Notre-Dame de Bon-Secours ; Carmen, du Mont-Carmel ; Dolorès, de Notre-Dame des Sept-Douleurs ; Pilar, de Notre-Dame du Pilier, à Saragosse; Rosario, de Notre-Dame du Saint-Rosaire ; Salud, de Notre-Dame de la Salud, c’est-à-dire de la Santé; So/edad, de Notre-Dame de la Solitude, à Madrid.

ARTICLE IV

Noms tirés de l’Hagiographie

L'Hagiographie est la source principale des noms de baptême et la seule autorisée par l'Église, du moins dans les temps modernes. C’est à la théologie qu’il appartient de-montrer la convenance des emprunts que nous faisons aux habitants de la céleste Jérusalem et les obligations que nous impose cette mystique clientèle ; mais, sans sortir du domaine historique, il nous sera permis de faire remarquer combien grande a toujours été, dans l’Église, la liberté de choisir tel ou tel patron. Tandis que les lois de Manou (2), par l'imposition de diverses catégories de noms, perpétuent dans l’Inde la division des castes, le Christianisme rapproche les distances sociales par la libre communauté des vocables. En donnant à tous les hommes, au puissant baron comme au pauvre serf, les mêmes noms de baptême, les mêmes patrons, les mêmes intercesseurs, l'Église a créé, sinon une égalité qui n’était pas dans les mœurs du moyen âge, du moins une sorte de fraternité religieuse qui devait rapprocher dans un même sentiment de piété les rangs et les conditions. Il y eut, il est vrai, quelques atteintes

(1) De La Roque, Voyage de Syrie, p. 524.

(2) On lit dans les Lois de Manou (liv. IL, n°5 31-32): « Que le nom d’un Brahmane, par le premier des deux mots dont il se compose, exprime la faveur propice; celui d’un Kchatriya, la puissance ; celui d’un Vaisya, la richesse; celui d’un Soudra, l’abjection. Le nom d’un Brahmane, par son second mot, doit exprimer la félicité; celui d’un guerrier, la protection ; celui d’un marchand, la libéralité; celui d’un Soudra, la dépendance. »

portées à cette liberté de choix; ainsi les lois de Ia République de Raguse défendaient aux femmes de la bourgeoisie de prendre certains noms de baptême, réputés distingués, et réservés exclusivement aux patriciennes (r); mais ce sont là des prescriptions purement civiles qui n’ont jamais été sanctionnées par l'autorité religieuse.

Celle-ci s’est uniquement préoccupée de faire prévaloir l'adoption des noms de saints, à l'exclusion des noms profanes (2) et de réglementer cet usage dans le sens de la convenance religieuse. Plusieurs Rituels (3) poussent les précautions jusqu’à proscrire les prénoms qui, par leur adjonction aux noms de famille, peuvent prêter à quelque rapprochement malencontreux. Nos aïeux, qui aimaient à rire, violaient parfois sur ce point les règles de la bienséance : témoin ce parrain, trop amateur des jeux de mots, qui donna le nom d’Æenrt à un filleul dont le nom de famille était Botte. Sous la Restauration, la presse libérale s'amusa beaucoup des prénoms du ministre de Guernon-Ranville : Martial-Côme-Annibal-Perpétue-Magloire. En Italie, on aime à choisir un prénom analogue au nom de famille : Ercolano Ercolani, Costanzo Costanzi, Marino Marini, Maïteo Mattei, etc.

Les Rituels français (4) prescrivent aussi de réserver les noms de saints aux garçons et ceux de saintes aux filles. Collet (5), qui ne passe point pour un théologien relâché, dit qu’on peut agir autrement en toute sûreté de conscience, et c’est en effet une licence qu’on s’accorde généralement en féminisant des noms de saints pour les filles, comme Adrienne, Albertine, Alexandrine, Alphonsine, Ambroisine, Henriette, Philippine, Zéphirine, etc.

Le pape Sergius, en baptisant Cédualda, reine des Bretons, lui imposa le nom de Pierre. Le connétable Anne de Montmorency reçut son prénom de sa marraine Anne de Bretagne.

Une exception bien plus fréquente, surtout dans les temps modernes, est celle qui consiste, dans les pays catholiques, à donner le nom de Marie aux garçons et celui de Joseph aux filles ; mais, en ce dernier cas, on croit parfois complaire aux susceptibilités de l'orthographe en REA un e muet au nom du saint Protecteur de l’Église universelle. «

(1) Pouqueville, Voyage dans la Grèce, t. I, p. 10.

(2) Conciles de Bordeaux (1582), de Tours (1583), de Bénévent (1509 et 1656), etc. (3) Syn. de Grasse (1672); Rituel de Bourges (1745),'etc.

(4) Rituel de Bourges (1666); Statuts synodaux de Toulouse {1729 et 1837), etc. (5) Ap. Curs. compl. theol., t. XXI, p. 545, etc.

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