LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÈME
nistes ne sont pas d’accord pour limposition des noms : les uns tiennent cela être indifférent; les autres estiment que c’est péché d’imposer le nom de ceux qu'on tient pour idolâtres, comme Arnaud, Georges, François, Louys, Claude, Catherine ; de sorte que le ministre même donne le nom, si celuy du parrain ne lui agrée. Et volontiers le nom des Juifs est mis en pratique plustôt que celuy des Chrestiens. Ils sèment, dit Cayer, de grandes disputes en avant sur le nom des saincts et sainctes qu’ils ne veulent nullement être usitez entre eux, ains cherchent comme par plaisir les plus sauvages qu’ils peuvent de toute la Bible, afin de ne participer en rien à la papauté, disent-ils. Toutesfois le ministre Capel (de Sedan) s’en fit accroire, car désirant que son fils portast le nom de Zouys refusé par le ministre baptisant, comme nom d’un papiste, insista et remit le baptême jusques à ce que le nom fût donné à son enfant selon son souhait. »
Les Calvinistes, croyons-nous, sont bien revenus des préjugés qui les animaient aux époques des luttes religieuses ; ils acceptent des noms de saints, sans y attacher d'importance dogmatique, et comme beaucoup de catholiques, ils subissent la tendance générale à choisir des noms courts, faciles à prononcer, qui puissent s’allier agréablement avec le nom de famille et former avec lui un tout harmonieux. La mère rêve longtemps d'avance au nom chéri qu’elle donnera à l’enfant qui va naître, et, surtout, si ce doit être une fille, elle veut que son nom soit imprégné d’une certaine poésie, qu’il soit comme un passeport d’heureux augure dans les relations de la vie. Ne dirait-on pas que beaucoup de mères chrétiennes subissent encore les prescriptions des antiques lois des Indhous ? « Que le nom de la femme, y est-il dit, soit facile à prononcer, doux, clair, agréable et propice ; qu’il finisse en voyelles longues et qu’il soit comme une parole de bénédiction. » Il y aurait certainement moyen de ne pas sacrifier l'élément religieux à l'élément phonétique. Ceux qui recherchent des noms que na point dépoétisés un trop fréquent usage, pourraient en trouver de très nombreux dans les vingt-cinq mille vocables que renferment les Acta Sanciorum des Bollandistes, chiffre qui s’élèverait à cinquante mille, en tenant compte de ceux que comprennent les Martyrologes diocésains, provinciaux, nationaux, et les Ménologes de tous les ordres religieux. Nous savons bien que chacun n’a pas à sa disposition ces collections volumineuses qu'il serait d’ailleurs par trop long de feuilleter; mais au lieu d'interroger les quelque trois cents noms d’un almanach, que ne consulte-t-on l'un de ces Rituels qui
contiennent une longue liste des noms de saints et de saintes qu'on peut donner au baptême (1), ou bien quelqu'un des Catalogues spéciaux qui ont été publiés dans ce but (2), tels que ceux du Père de Montezon (3) et de M. Léon Scott (4).
Pour bien montrer que ceux qui recherchent avant tout des noms peu communs, en même temps qu'harmonieux, n’ont pas besoin de recourir à la littérature romanesque et qu'ils peuvent trouver ample satisfaction à cet égard dans les Annales hagiographiques, nous allons citer un certain nombre de vocables de saints et de saintes, qui sont tout à la fois assez rares et non dépourvus d’euphonie; nous choisirons exclusivement ceux qui commencent par la lettre A.