‹ Histoire du Sacrement De BaptemeChapitre 149 sur 445 · LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÈME

qu’on donne aux enfants semblent relever des deux cultes: Afsché- Marie, Ali-Jean, Fatmé-Catherine, Hassan-Jérôme, Mohamed-Nicolas, Mustapha-Constantin, etc. (1). Quant aux Albanais orthodoxes, ils prennent généralement des noms de saints et se rappellent que lorsque leurs ancêtres étaient esclaves des Mahométans, Benoît XIV leur prescrivit de ne jamais donner à leurs enfants des vocables musulmans (2). Les Grecs ont horreur de ces noms, maïs ils affectionnent ceux qui appartiennent à l’antiquité hellénique. Parcourez ces héroiques contrées : vous serez à coup sûr rasé par un Miltiade ou un Épaminondas ; votre guide s’appellera Thémistocle; votre cocher, Léonidas; votre garçon d'hôtel, Périclès, et vous ferez sans doute Paumône à plus d’un Crésus.

Nous réserverons pour le chapitre des Changements de noms tout ce qui concerne les prénoms empruntés, pendant la période révolutionnaire, aux fastes historiques de Rome, de Sparte et d'Athènes. Bornons-nous ici à mentionner qu’un républicain de Montpellier, nommé Carney, voulant élaguer tous les vocables relatifs au culte, proposa de les remplacer par la désignation des inventions célèbres, des lois utiles et des grands faits politiques correspondant, par la date, à la naissance de l'enfant, comme T'élescope, Invention de l’imprimerte, Baromètre, Liberté des Suisses, Tiers état devenu Assemblée nationale (3). Les journaux charivariques du temps plaisantèrent beaucoup sur cet étrange projet et, entre autres facéties, prétendirent qu’il entraverait trop les unions conjugales parce que M'° Montgolfière ne se résoudrait jamais à épouser M. Machine pneumatique ; que M'° Porcelaine de Sèvres ne s’exposerait pas à s’unir à M. Machine à battre, et que le mariage de M. Pile de Volta avec M Poudre à canon serait quelque peu dangereux par leur voisinage.

ARTICLE VI

Noms tirés de l’Histoire naturelle et de l'Agriculture

C’est encore à la Révolution qu’appartient la ridicule catégorie des noms d’animaux, de végétaux et d'instruments agricoles qu’on imposa

(1) Pouqueville, Voyage dans la Grèce, 1v, 281. (2) Bullar., t. XIV, n° 37. r (3) Mémoire sur les noms à substituer aux noms de baptème. Montpellier, an III, in-8.

parfois aux enfants. La Convention nationale, par ses décrets du 14 vendémiaire, des 3 et o brumaire de l’an IT, remplaça le calendrier grégorien par le calendrier républicain composé par Romme, député du Puy-de-Dôme, et amendé par Fabre d’ Églantine, qui fut le rapporteur de cette loi. À près d’un siècle de distance, il est curieux d’en relire les considérants déclamatoires : « Le Calendrier, dit-il, étant une chose à laquelle on a si souvent recours, il faut profiter de la fréquence de cet usage pour glisser parmi le peuple les notions rurales élémentaires; pour lui montrer les richesses de la nature; pour lui faire aimer les champs, et lui désigner, avec méthode, l’ordre des influences du ciel et des productions de la terre. Les prêtres avaient assigné à chaque jour de l'année la commémoration d'un prétendu saint; ce catalogue ne présentait ni utilité, ni méthode; il était le répertoire du mensonge, de la duperie ou du charlatanisme. Nous avons pensé que la nation, après avoir chassé cette foule de canonisés de son Calendrier, devait y retrouver en place tous les objets qui composent la véritable richesse nationale; les dignes objets, sinon de son culte, au moins de sa culture; les utiles productions de la terre, les instruments dont nous nous servons pour la féconder, et nos animaux domestiques, nos fidèles serviteurs dans ces travaux ; animaux bien plus précieux sans doute, aux yeux de la raison, que les squelettes béatifiés tirés des catacombes de Rome. En conséquence, nous avons rangé par ordre, dans la colonne de chaque mois, les noms des vrais trésors de l’économie rurale. Les graines, les pâturages, les arbres, les racines, les fleurs, les fruits, les plantes sont disposés dans le Calendrier de manière que la place et le quantième que chaque production occupe est précisément le temps et le jour où la nature nous en fait présent. A chaque quintidi, c'est-à-dire à chaque demi-décade, les 5, 15 et 25 de chaque mois, est inscrit un animal domestique, avec rapport précis entre la date de cette inscription et l'utilité réelle de l’animal inscrit. Chaque décadt est marqué par le nom d’un instrument aratoire, le même dont l’agriculture se sert, au temps précis où il est placé; en sorte que, par opposition, le laboureur, dans le jour du repos, retrouvera consacré, dans le Calendrier, l'instrument qu’il doit reprendre le lendemain : idée, ce me semble, touchante, qui ne peut qu’attendrir nos nourriciers, et leur montrer enfin qu'avec la République est venu le temps où un laboureur est plus estimé que tous les rois de la terre ensemble, et l’agriculture comptée comme le premier des arts de la société civile. »

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