LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÈME
blanche colombe vint se poser sur la tête de l'enfant : c’en fut assez pour que toute l'assistance voulût lui imposer le nom sous lequel l'Eglise honore aujourd’hui.
Nous ne mentionnerons plus que deux faits de ce genre: Barthélemy des Martyrs, archevêque de Brague, ajouta à son nom de baptême cette qualification des Martyrs, parce qu’il avait été baptisé à Lisbonne dans l’église Notre-Dame-des-Martyrs. Le Japonais Angeroo, converti par saint François Xavier, prit au baptême le nom de Paul de Sainte- Foy, parce qu’il avait fait son catéchuménat au séminaire de Sainte- Foy de Goa, qu’on appelait aussi Collège de Saint-Paul (1).
ARTICLE IX
Be l’emprunt des noms fait aux parents, aux ancêtres, aux parrains et aux protecteurs présumés de l’enfant
Les anciens s'imaginaient que les qualités physiques et morales passaient ordinairement de l’aïeul au petit-fils ; c’est une des raisons pour lesquelles on avait souvent coutume, surtout à Athènes, de donner à l'enfant qui venait de naître le nom de son grand-père. D’ailleurs, un sentiment bien naturel doit faire désirer aux aïeux et aux membres âgés d’une famille, de perpétuer leur nom et de se voir pour ainsi dire revivre dans un être bien-aimé. Aussi cet usage est-il commun, non seulement à toute l'antiquité civilisée et aux nations policées des temps modernes, mais aux peuplades les plus grossières, comme les Caraïbes (2) et les habitants du Kamtschatka (3). Les Chinois, si attachés au culte de leurs ancêtres, éprouvaient beaucoup de répugnance à donner à leurs enfants les noms étrangers des saints. Le cardinal de Tournon voulut, par un décret, les obliger à se soumettre sur ce point aux lois liturgiques; mais bientôt le pape Clément XII permit aux missionnaires de tolérer les prénoms d’ancêtres, parce que les vocables de baptême auraient pu déceler aux paiens la religion des néophytes et faire naître ainsi des occasions de persécution.
(1) De Lambel, le Christian. au Japon, p. 68. (2) Raymond-Breton, Dict. caraïbe-français, p. 288. (3) Kracheninnikow, Hist. du Kamischatka, 1e part., p. 117.
Dans nos pays chrétiens, le culte de la famille peut parfaitement s’allier avec les prescriptions liturgiques, puisque c’est le nom de bap- | tême du père, de la mère, des aïeux ou de quelque autre parent, qui est souvent donné à l’enfant, malgré l’inconvénient réel que présente la | multiplicité des mêmes prénoms dans une famille. Ce n’est point ce motif, mais une croyance superstitieuse qui empêchait jadis les paysans | irlandais de suivre cet usage. Ils s’imaginaient que donner à un enfant le nom de baptême d’un de ses parents vivants, c'était s’exposer à | abréger les jours de ce dernier (1).
Le parrain, quand il n'appartient pas à la famille de son filleul, s’y | introduit, au point de vue mystique, en raison même de ses fonctions. Il nest donc pas étonnant qu’il affirme cette alliance et sa paternité spirituelle, en donnant son propre nom à l’enfant. Ce n’est point là un usage moderne : on en trouve de nombreux exemples dans lantiquité chrétienne et au moyen âge. Bornons-nous à en rappeler deux. En o11, le duc Robert, frère du roi Eudes, fut le parrain de Rollon, chef des Normands, et lui imposa son propre nom. Sixte-Quint reçut au baptême le nom de Félix que portait aussi le curé qui lui administra le sacrement, en sorte que Félix Peretti disait plus tard, en | riant, alors qu’il n’était encore que simple moine, qu’il y avait eu à son | baptême un véritable concours de félicités (2).
Nous devons ajouter qu’on a parfois aussi, mais bien plus rarement, imposé à l’enfant naissant le nom d’un protecteur réel ou présumé. « Aux États-Unis d'Amérique et en Irlande, dit M. Eusèbe Sal- | verte (3), on donne encore volontiers pour prénom à un enfant le nom d’une personne ou d’une famille avec laquelle le père a des rapports | d'alliance ou d'amitié. À un nom que recueillera l’histoire, le médecin | O’Meara joint aussi le prénom de Barry, en l’honneur d’un pair irlan- | dais. Le même usage existe en Italie, où il a été anciennement en vigueur. Au xv° siècle, Lillus, négociant d'Ancône, dont la famille avait reçu des bienfaits d’Amurath et de Mahomet II, témoigna sa : reconnaissance aux princes ottomans en se faisant appeler O/hman- Lillus. De nos jours, un littérateur estimé, M. Bartoli, a reçu pour prénom le nom propre de la famille Bandini. »
1) La Mothe-fc-Vayer, Lettre XX XII sur les noms propres. 2) Vie du pape Sixte-Quint, trad. de Gregorio Leti, t. I, p. 7. 3) Essai sur les noms d’hommes, t. I, p. 220.