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LIVRE XIII. -— DES NOMS DE BAPTÈME

siècles suivants, la bourgeoisie imita parfois la noblesse, mais ce ne fut encore qu'exceptionnellement; car le Journal historique de Verdun, de septembre 1723, nous apprend qu’à cette date la plupart des curés refusaient encore de donner deux noms aux enfants qu'ils baptisaient.

Sous ce rapport, on se montrait bien plus accommodant en Italie. Le pape Alexandre VII, en baptisant un de ses neveux, lui donna treize noms de baptême ; un neveu du cardinal Albani en reçut neuf en 1723 ; un fils du connétable Colonna en reçut vingt-quatre à Rome, la même année (1). Saint Alphonse de Liguori en avait dix. En 1602, l’empereur d'Allemagne, parrain d’un fils du duc de Bavière, lui donnait douze prénoms (2), et ce nombre est quelquefois dépassé pour les familles princières de l'Allemagne. Que dirait aujourd’hui saint Ambroise qui reprochait à Auxence, évêque arien, d’avoir deux noms, ce qu'il considérait comme une monstruosité: Unum portentum est duo nomina (3) !

Les Allemands et les Italiens ont encore été surpassés par les Espagnols. On ne peut guère aller plus loin dans ce genre que ne le fit une famille madrilène en 1704; la Gazette de Madrid, après l’interminable énumération des prénoms de l'enfant, ajoute, comme par supplément: T'odos los sanctos y animas del Purgatorio : tous les saints et toutes les âmes du Purgatoire. Cette vaniteuse manie des Espagnols a été spirituellement persiflée par une anecdote très connue, qu’on nous permettra pourtant de rappeler ici. Un gentilhomme castillan, voyageant en France, frappe, par une sombre nuit, à la porte de l’unique hôtellerie du bourg où il se trouvait. — Qui va là ? demande de sa fenêtre l’hôtelier. — Le noble espagnol croit alors devoir débiter consciencieusement toute la kyrielle de ses noms. — Ta, ta, ta, fait le digne cabaretier, passez votre chemin, vous êtes trop de monde, je ne puis pas vous loger !

Il ne nous appartient pas de montrer tous les inconvénients de la multiplicité des vocables, surtout dans les contrées où, d’après la législation, l’omission d’un seul de ces noms, ainsi que leur interversion, dans les transactions de la vie civile, peut entraîner des difficultés judiciaires et obliger à des rectifications d’actes. Mais ce qui rentre essentiellement dans notre sujet, c'est de rappeler que l'autorité

(1) Journal hist. de Verdun, sept. 1723, p. 221. (2) Gazette de France du 22 nov. 1692.

(3) Orat. de non trad. basilic.

religieuse, surtout en France, s’est toujours montrée défavorable à la multiplicité des prénoms. Les Synodes les plus sévères (1) n’en admettent qu’un seul; les Rituels les plus indulgents (2) en tolèrent jusqu’à trois ; mais la plupart (3) prescrivent de ne pas donner plus de deux vocables. Les statuts de François de Harlay, archevêque de Paris (1674), prévoient le cas, assez fréquent, de l’insistance des parents, et ils ordonnent au curé de n’inscrire sur les registres baptismaux que les deux premiers noms donnés, quand bien même les autres appartiendraient également au calendrier des saints (4).

(1) Statuts du dioc. de Nantes (xviue siècle) ; Rituel de Bourges, 1745. (2) Rituel de Séez (1744); Statuts de Toulouse (1729 et 1837).

(3) Synode d'Agde (1681); Rituels de Reims (1677), de Toulon (1778). (4

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