CHAPITRE IX
De l'imposition des noms de baptème
Dans ce chapitre, nous rechercherons d’abord à qui appartenait le privilège de choisir le nom du baptisé, et ensuite à quelle époque et avec quels rites se faisait l’imposition du nom.
ARTICLE I
Du choix du mom de baptême
Étienne Duranti (1) prétend à tort que le choix du nom de baptème incombait toujours aux parrains. Dans les plus anciens exemples que nous fournit l’histoire ecclésiastique, nous voyons ce nom tantôt choisi librement par l’adulte, tantôt imposé à l'adulte ou à l’enfant soit par les parents, soit par les parrains, soit par le ministre. Il n’y avait donc pas de règle absolue à cet égard ; l’usage a varié selon les temps et les lieux. Des faits que nous connaissons, il nous semble résulter, en général, que les adultes qui, dans les premiers siècles, prirent des noms de baptême, les choisirent eux-mêmes ; qu’en ce qui concerne les enfants, ce furent d’abord les parents qui nr imposèrent un nom ; que, plus en cette fonction, fut remplie par les parrains et, en leur absence, par le ministre du baptême.
Le parrainage étant une sorte d'adoption spirituelle, il était naturel que celui qui en remplissait les fonctions fût associé aux droits comme aux devoirs du père; qu’il transmît son propre nom à son filleul,
(x) De Ritib. eccl., |. [, c. xix, n. 20, Fe 19
comme pour prendre possession de sa vie intime, ou du moins qu 3l choisit le nom à imposer. Toutefois, dans la pratique, autrefois comme aujourd’hui, le parrain a dû généralement s’entendre avec les parents, car la mère surtout devait rarement se désintéresser dans un choix aussi attrayant pour elle. Aujourd’hui, dans quelques diocèses, à Fréjus, par exemple, c’est toujours elle seule qui détermine le nom de son enfant.
Parmi les plus anciens exemples de vocables imposés par les parrains, nous Dre citer, au vue siècle, saint Érard nommant sainte Othilie (1); au vin siècle, Charlemagne donnant le nom de Meinulphe à un enfant de Wigtrude (2); au x° siècle, le frère du roi Eudes, Robert, duc de France et de Paris, imposant son propre nom à Rollon, chef des Normands (3).
Les juifs convertis ne prenaient pas seulement le prénom, mais parfois aussi le nom patronymique de leur parrain, et alors ils abandonnaient le leur. Ainsi un juif, nommé Joseph de Resou, reçut par acte authentique, daté du 12 mars 1381, le nom de Loys de Harcourt qui était celui de son parrain, lieutenant général du Roi en Normandie (4). |
En Grèce, le parrain seul choisit le nom de l'enfant, et, jusqu’au moment de la cérémonie, il en fait un secret, surtout aux parents : ce n’est qu'avant l'immersion qu’il prononce tout bas à l’oreille du prêtre le nom du futur baptisé ; quand il est proclamé, l’assistance jette des cris de joie, tandis que les enfants courent en toute hâte apprendre ce nom aux parents, retirés dans une pièce voisine (5).
En Allemagne, quand il y a plusieurs parrains, chacun d’eux choisit un vocable pour l'enfant, ce qui est une des causes de la polyonymie que nous avons précédemment constatée dans cette contrée.
Lorsqu'il n’y a qu'un parrain et une marraine, des contestations peuvent s'élever entre eux sur le choix du prénom ; c’est pour prévenir cet inconvénient, et aussi par des considérations de bienséance, que plusieurs Rituels (6) réservent aux parrains la nomination des garçons et aux marraines celle des filles.
(1) Boll., 2 jan., Vita secunda S. Hidulphi, n. 3.
(2) Tbid., 5 octobr., De S. Meinulpho, 3 34.
(3) Daniel, Hist. de France, ann. 912,
(4) De La Roque, Origine des noms, p. 33.
(5) Bezolles, Science des Religions, p. 13.
(6) Rituels de Beauvais, Nîmes, Paris, Toulon, etc,