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LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÊME

Les annales hagiographiques nous fournissent un certain nombre d'exemples de noms de baptème imposés par le ministre du sacrement. Sous le règne de Dioclétien, l’évêque Théopompe baptise Théonas dans sa prison et lui donne le nom de Synesrus (1). Au siècle suivant, saint Porphyre, évêque de Gaza, impose son propre nom à un enfant qu'il baptise (2); l'épouse de Théodose le Jeune reçoit celui d'Eudoxte, de l'évêque qui la régénère (3); saint Germain, évêque d'Auxerre, communique son nom au fils d’un prince écossais qui devait évangéliser les bords de la Bresle (4). Plus tard, nous voyons également des vocables de baptême imposés par le prêtre Fedlimin à saint Congäl, abbé irlandais (5); par saint Bertin, abbé de Sithiu, à un fils de saint Walbert, comte de Ponthieu (6); par saint Salve, évêque d'Amiens, à saint Ingaud, 7% gaudio, nom qui fait allusion à la joie qu'éprouva ce jeune sourd-muet en conquérant l'usage de la parole (7); par le pape Serge, à Pierre Codrat, roi des Anglo-Saxons (8); par le V. Godefroy, abbé du Mont:Saint-Quenñtin, à l'enfant qui devait un jour illustrer ce nom sur le siège d'Amiens (0).

Nous lisons dans la vie de saint Vincent Ferrier qu’une députation municipale de Valence assista à son baptème et que les trois principaux magistrats de la ville, ne se trouvant pas d’accord sur le nom à donner, le prêtre officiant fut inspiré de l'appeler Vincent (10). Aujourd’hui encore, quand il y a de ces sortes de conflits entre le parrain et la marraine, ou bien indécision de leur part, le prêtre prend sur lui de nommer l'enfant; ce lui devient même un devoir, lorsqu'on ne lui soumet que des noms étrangers à l'Hagiographie, et cette règle liturgique a été approuvée par une décision du Conseil d'État, en 1803.

Les légendes des saints nous fournissent des exemples de noms de baptême choisis d'une manière extranaturelle par des anges. En voici deux empruntés au vri® siècle, Une femme de Beauvais, aussi

{1) Boll., 3 jan., col. 1088.

(2) 1bid., 26 febr,, Vita S, Porphyrii.

(3) Socrat., Aist., 1. IL.

(4) J. Corblet, Hag. du dioc. d'Amiens, t Il, p. 489. 5) Boll., ro maii, Vit. S. Comgalli, n. 2.

6) 1bid., 5 sept., Vit. S. Bertini, p. 573.

7) J. Corblet, op. cit., t. III, p. 78.

8) Paul Diacre, Hist. Longob., 1. VI, c. xv.

(a) J. Corblet, op. cit., t. II, p. 377.

10) Pradel, S. Vincent Ferrier, p. 8;

distinguée par sa vertu que par Sa naissance, fréquentait depuis longtemps les pèlerinages, s’adonnait aux jeûnes et à l’oraison dans l'espoir que Dieu, touché de ses prières, mettrait bientôt un terme à sa stérilité. Un ange lui apparut pour lui annoncer qu’elle aurait un fils qu’elle devrait appeler Eyvrols, et dont la vie serait sanctifiée par des vertus éminentes (1). Sainte Framechilde était aussi depuis longtemps stérile, quand un messager céleste lui révéla qu’elle deviendrait mère d’une fille qui devait s'appeler Austreberte, et que cette enfant serait un jour l'honneur de son sexe et l’une des gloires de l'Église (2).

Il est arrivé jadis qu’on s’en est rapporté au hasard pour l’imposition d’un nom. Saint Jean Chrysostome (3) nous fait connaître, en le condamnant, l'usage où l’on était, de son temps, d'allumer plusieurs cierges à chacun desquels était attaché un nom, et de donner au nouveau-né, comme gage d’une longue vie, le vocable inscrit sur celui des cierges qui s’éteignait le dernier. Ce singulier procédé fut employé au xine siècle par l'empereur Andronic Paléologue, pour dénommer sa fille ; entre les noms des douze Apôtres, le hasard ayant déterminé celui de Simon, la fille de l'Empereur s’appela Simonde (4).

ARTICLE Il

be l’époque et des cérémonies de l’imposition du nom

L'imposition du nom au nouveau-né a été, chez tous les peuples de l'antiquité, un rite à la fois familial et religieux, qui accompagnait ordinairement les cérémonies des ablutions purificatrices. D'après les antiques lois de l’Inde, le père doit nommer l’enfant mâle le dixième ou le onzième jour de sa naissance. C'était au septième jour chez les Grecs, parce que, nous dit Aristote, le nombre sept y était considéré comme mystérieux et sacré; c'était le huitième jour chez les Juifs,

(1) J. Corblet, Hagiographie, t. I, p. 506.

(2) Tbid., p. 232.

E. (3) Homil. XXII in 1 Epist. Corinth.

(4) Pachymère, Hist. des empereurs Michel et Andronic Paléologue.

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