CHAPITRE X
Des changements de prénoms et de noms de baptème
Nous avons examiné plus haut dans quelle mesure et pour quelles raisons les premiers Chrétiens échangeaient parfois leurs noms de naissance pour des noms religieux. Nous allons maintenant nous occuper de l’abandon des noms de baptême, de leur mutation et des additions nominales faites après la réception du sacrement.
Ces mutations ont été inspirées par des motifs de nature bien diverse qu’on peut réduire à six: 1° un changement dans la condition des personnes; 2° des sentiments de piété à l'égard d’un saint, ou des sentiments d'affection pour un personnage mort ou vivant; 3° des idées superstitieuses ; 4° la vanité et la fantaisie; 5° le désir de cacher son identité, et 6°, par-dessus tout, des sentiments d’hostilité religieuse.
1° MUTATION DE NOM MOTIVÉE PAR UN CHANGEMENT DE CONDITION. — Quand les païens convertis changeaient de nom, c'était, avons-nous dit, parce qu'ils se sentaient transformés en d’autres êtres. Ce même sentiment a inspiré les mutations de noms de la part de certains ordres religieux et des souverains Pontifes.
L’élu du Conclave, en montant sur le siège apostolique, ne conserve ni son nom de famille, ni son nom de baptême ; il choisit un nouveau nom de saint, et, dans ies temps modernes, c’est toujours un de ceux qu'ont portés ses prédécesseurs. On cite le cardinal Marcel Corvin, élu en avril 1555, comme ayant voulu conserver son prénom de naissance, et l’on remarqua qu’il mourut le vingtième jour de son pontificat, ce qui, dit-on, confirma les superstitieuses idées du populaire. Les historiens ne sont pas d'accord sur l’origine de cet usage ; les uns le font remonter à Sergius II qui portait le nom malencontreux d’Os porcti; les autres, à Jean XII qui régna au siècle suivant; d’autres enfin à Sergius IV qui s'appelait Prerre et qui, par humilité, n’aurait point voulu conserver sur le Saint-Siège le même nom que le prince