‹ Histoire du Sacrement De BaptemeChapitre 173 sur 445 · LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÈME

nom, dans la persuasion où l’on était que le premier avait exercé une funeste influence sur la santé du nouveau-né (1). Une superstition du même genre régnait jadis dans le diocèse de Bénévent; il arrivait que l’enfant nouvellement baptisé, aussitôt de retour à la maison maternelle, était affublé d’un autre vocable, dans le but de le mettre à l'abri des maléfices et des incantations magiques (2).

4° MUTATIONS INSPIRÉES PAR LA VANITÉ OU LA FANTAISIE. — C’est surtout parmi les littérateurs et les savants qu'a sévi cette manie dont nous nous bornerons à citer quelques rapides exemples.

Juste Lipse quitta son prénom de Josse, qui, en latin (Jodocus), lui semblait trop ressembler à Jocosus, et il prit celui de Juste. Le littérateur napolitain Jean-Paul Parisio se fit appeler Aw/us Janus Parrhasius. Pietro Bolzani, ayant montré dans son enfance de grandes dispositions pour les lettres, son maître, au lieu de Pietro, l'appeia Pierio (consacré aux Muses), et c’est uniquement sous le nom de Pierius qu'est aujourd’hui connu ce savant auteur d’un commentaire sur les hiéroglyphes. Le trop fameux Lucilio Vanini se fit appeler successivement Pompée et Jules César. Les Précieuses de lPhôtel Rambouillet, par horreur des noms vulgaires, en choïsissaient de romanesques. Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet, ne trouvant pas son prénom assez poétique, l’anagrammatisa en celui d’Arfhénice, qui prit assez de notoriété pour que. Fléchier l’ait prononcé en chaire dans lOraison funèbre de l’abbesse d'Hyères. Tout le monde sait que Molière a ridiculisé cette sotte manie dans ses Précieuses, en faisant déclarer par Madelon et Cathos qu’elles avaient abandonné leurs noms de baptème pour prendre ceux de Polixène et d'Aminthe,

Les spirituelles critiques de Molière n’ont, hélas! corrigé personne, - et, aujourd'hui encore, nous voyons se reproduire les mêmes visées prétentieuses jusqu’au fond des plus obscures campagnes et même principalement là. Dans les villages d'Aquitaine, par exemple, il n’est - point rare de voir les parents substituer au vocable baptismal de leurs - enfants ce qu’ils appellent un jo/i nom, comme Albanie, Amanda, Coralie, Iphigénie, Oliva, Ulysse, etc., en sorte que le nom de baptème, abandonné dans l’usage ordinaire de la vie, ne reparaît plus que dans les actes officiels de l’état civil.

(1) Noël, Dissert. sur les noms propres, p. 58. (2) Synod. Benevent. eccl., p. 78.

Un certain nombre des écrivains qui ont signé leurs écrits d’un pseudonyme devenu notoire, ont gardé, dans Îa vie privée, ce nom d'emprunt, souvent accompagné d’un prénom de fantaisie, en sorte que les recherches des Baillet, des Brunet, des Barbier et des Quérard

sont souvent restées impuissantes à dévoiler ces supercheries littéraires.

5° CHANGEMENTS DE PRÉNOMS MOTIVÉS PAR LE DÉSIR DE CACHER SON IDENTITÉ. — Nous n'avons pas à nous occuper de ceux qui changent leurs prénoms, aussi bien que leurs noms de famille, pour déguiser une identité qui aurait maille à partir avec la justice. Nous désirons seulement à ce sujet rappeler la singulière opinion de Jérémie Bentham voulant généraliser l’usage qu'ont les marins anglais d'imprimer en caractères bien tracés sur leur poignet, leurs noms de baptême et de famille, parce que, dit-il, « cette mesure donnerait aux lois une force nouvelle et un ressort de plus à la morale. »

Nous devons faire remarquer que ce fut un motif d'humilité qui détermina certains personnages à déguiser leur identité. Ainsi, saint Félix de Valois, issu de race royale, voulant ensevelir dans l'oubli son existence et jusqu’à son nom, quitta celui de Hugues et prit celui de Félix, pour exprimer le bonheur qu'il ressentait à se consacrer désormais tout entier au service du Seigneur (1).

6° MUTATIONS DE PRÉNOMS MOTIVÉES PAR DES SENTIMENTS D'HOSTILITÉ RELIGIEUSE. — Montaigne (2) s'est moqué des Calvinistes français qui, dans les temps de guerre civile, répudiaient les vocables de l'Église latine pour prendre ceux de l’Ancien Testament ; il aurait pu en faire autant de l’Église grecque imposant un nouveau prénom aux fidèles d’une autre communion qui entrent dans son sein, et surtout aux femmes de race latine qui épousent des Orientaux. Berthe, fille de l’empereur Conrad, prit le nom d’Irène en épousant Manuel Comnène ; celui d'Anne fut imposé à Agnès, fille du roi de France Louis le Jeune, alors qu’elle épousa Alexis Comnène. La même loi atteignait aussi les hommes : ainsi Jean le Bulgare prit le nom d’Alexis en épousant la nièce d’Alexis Comnène (3). |

Ce n’est point seulement le moyen âge et les époques de guerres (1) J. Corblet, Hagiographie, I, 13.

(2) Essais, LU, CxLvr.

(3) Nicetas Choniat., Annal., 1. IL, c. 11.

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