LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÈME
inspirèrent pour cette sainte une telle dévotion, que, d’après le témoignage de Simon Martin (1), lors de la confirmation de 1634, il n’y eut pas moins de vingt jeunes filles qui abandonnèrent leur nom de baptème, pour prendre celui d'Austreberte.
Il arrive aussi que, par un sentiment de piété du même genre, on prend un second prénom en dehors dé la circonstance de la confirmation. Le fondateur de la Congrégation de Saint-Sulpice, M. Ollier, n'avait reçu au baptême que le nom de Jean. « Son père se nommait Jacques, lisons-nous dans sa Vie (2); c’est peut-être la raison pour laquelle il voulut dans la suite qu’on l’appelât Jean-Jacques. Peut-être aussi sa grande dévotion pour les saints Apôtres lui inspira de ne point séparer dans son esprit et dans son cœur deux frères que Notre- Seigneur avait favorisés entre ses autres disciples de plusieurs grâces particulières. »
Aux diverses catégories des changements et des additions de prénoms que nous venons d’énumérer, il faut ajouter celle de l'abandon complet des noms de baptême, sans aucune substitution. C’est ce qui arrive souvent dans les campagnes, surtout aux environs d'Agen, où le vocable baptismal est tellement mis en oubli, que les parents euxmêmes n’en gardent point toujours le souvenir. M" Félicie d’Ayzac, qui habitait le château de Castel-Noubel (Lot-et-Garonne), nous écrivait à ce sujet : « Le fils aîné prend au berceau le nom diminué du père : les fils d’Acher, d’Escadafals, de Lafargue ou de Carrère sont Achérou, Escadafalou, Farguillou, Carrérou; les filles aînées sont Achérétoune, Escadafalette, Farguillette, Carrérette. Le second fils s'appelle très souvent Cadet, la seconde fille, Cadette, mais plus souvent encore, Seconde : cinq à sept Seconde se trouvent souvent réunies autour du même lavoir public. Un de nos braves paysans voulant, sur notre demande, nous nommer ses fillettes, nous parut d’abord fort embarrassé ; il ne savait plus leurs vrais noms; il les fit donc aligner devant nous, et les regardant au visage : « Voici, nous dit-il, mon aînée : c’est Première ; et voici Seconde ; — voici Troisième; — voici Quatrième ; et la, Cinquième, et la plus petite, Sixième. » Le pauvre homme ne se doutait guère à quel point il était romain. »
En France, ce ne sont pas seulement des laïques, maïs beaucoup d’ecclésiastiques qui ne signent que de leur nom patronymique. On en
(1) Vie de sainte Austreberthe, 1635.
(2) Vie de M. Ollier (1818), p. 3.
a souvent fait la remarque à Rome. Ms Barbier de Montault raconte, dans la Semaine du Clergé (1877), que plusieurs fois Sa Sainteté Pie IX, recevant des placets qui lui étaient présentés sous cette forme : « L'abbé N... » a relevé ce défaut grave par une spirituelle observation. — Êtes-vous baptisé, disait le Pape. — Certainement, Très Saint- Père, répondait l’ecclésiastique. — Eh bien, répliquait Sa Sainteté, pourquoi votre supplique ne porte-t-elle pas de nom ?