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LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

et dans son âme la croix de votre fils unique, afin qu’il renonce aux vanités de ce monde, qu’il évite les embûches de l’ennemi et qu’il exécute vos commandements. Confirmez-le, Seigneur, en votre nom, et veuillez l’unir à la sainte Église, lorsque vous le jugerez à propos. Rendez-le parfait dans vos mystères adorables, afin que, vivant d’une manière conforme à votre volonté, il puisse obtenir, avec vos élus, le royaume de la béatitude éternelle. »

Parmi les rites superstitieux, dérivés de l'antiquité païenne, qui précèdent le baptême, rien n’est plus singulier que le souper des Parques ou des Mires, que l’on pratique encore aujourd’hui dans diverses contrées de la Grèce et surtout dans les Iles. Trois ou cinq jours après la naissance de l'enfant, on le présente à la visite des trois fées, pour qu’elles lui soient toujours favorables. C’est moins une croyance populaire qu’une cérémonie traditionnelle à laquelle les mères ne songent pas à se soustraire : « Trois jours après la naissance de l’enfant, dit M. Bezolles (1), on prépare une table pour les trois demoiselles, dans la chambre ornée avec le plus de soin et d'élégance; sur la table, une nappe bien blanche, puis un pot ou un verre de confitures, des cuillers, la bague de la mère et quelques pièces de monnaie du père. Ces préparatifs se font le soir; le repas reste servi toute la nuit. On n’a pas oublié de placer à un des coins de la table un petit vase de miel, dans lequel on a mis trois amandes dépouillées. Le lendemain, la mère appelle trois petits garçons et on leur distribue les amandes. Elle est persuadée qu’en faisant ainsi, à ses prochaines couches elle aura un enfant mâle. L'enfant dort dans son berceau que . l'on a placé près de la table des Mires. J'ai demandé si quelquefois on » avait trouvé, le lendemain de la visite des Mires, la confiture ou le - miel entamé ou les amandes rongées : « Jamais, » m’a-t-on répondu; - et l’on se mit à rire. »

Le prêtre qui va administrer solennellement le baptême doit prendre quelques soins préliminaires. Les Rituels lui recommandent de pré- - parer : le vase de l’huile des Catéchumènes et du saint chrême; le

petit vase contenant du sel bénit; le vase avec lequel il doit verser l’eau baptismale; le bassin où devra tomber cette eau en découlant de - la têce de l'enfant; du coton ou des étoupes pour l’essuyer ; une aiguière . pour se laver les mains; une serviette pour se les essuyer; le chrémeau; le cierge; le Rituel. Ce livre liturgique, contenant tout ce qui est

(1) Science des religions, p. 144.

relatif à l’administration des sacrements, s'appelait au moyen âge Manuel sacerdotal. 11 était parfois remplacé par un livre spécial, un Ordo baptismal, dont les éditions diocésaines, imprimées aux xv° et xvIe siècles, sont aujourd’hui devenues fort rares.

Les Rituels prescrivent aussi au prêtre de se laver les mains, de se revêtir du rochet et de l’étole violette et, quand le temps le permet, de se mettre à genoux et de demander à Dieu la grâce d'accomplir saintement ses fonctions ; tantôt on lui recommande de réciter dans ce but le Veni Creator; tantôt, comme fait le Rituel romain, de dire les psaumes VIII, XX VIII et XLI suivis de plusieurs oraisons; tantôt de réciter une prière spéciale formulée, en termes différents, dans un certain nombre d'anciens Rituels (1).

ARTICLE I

Station à la porte de l’église

De même que, pour les cérémonies préparatoires, le Catéchumène s’arrêtait au seuil du baptistère, ainsi l’enfant pour qui on sollicite le baptême, s’arrête-t-il à la porte septentrionale, sous l’enfoncement du portail dont l'obscurité est en harmonie avec la nuit de son âme. Cet enfant, encore sous la puissance du démon, n’a pas le droit d’entrer dans l'assemblée des fidèles, avant d’avoir été purifié par les exorcismes. Cette station doit rappeler aux fidèles que le péché d'Adam a exclu l’homme du Paradis terrestre et que le Ciel, figuré par l’église, reste fermé à ceux qui n’ont point été régénérés.

Dès le vn° siècle, alors que l’on commença à baptiser dans beaucoup d’églises paroissiales, on les munit soit d’un porche ménagé sous le clocher, soit d’un simple auvent construit en bois et encadrant la porte d'entrée. C’est là que se faisaient les exorcismes préliminaires du bap= tême : aussi ce lieu était-il considéré comme participant à la sainteté de l’église, et c’est pour cela que beaucoup de Conciles ont interdit de

(1) Nomocanon syrien; Rituel de Côme (1557), de Mantoue (1558 et 1595), etc,

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