LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
Le prêtre : Qui offre cet enfant ?
Le parrain : C'est moi.
Le prêtre : Que veut-il devenir ?
Le parrain : Chrétien.
Le prêtre : Le mérite-t-il en considération de ses parents ? Le parrain : I] le mérite. L'enfant ne pouvant rien promettre par lui-même, on considère du moins la piété de ses parents comme le gage d’une bonne éducation chrétienne. C'est encore là un vestige de l’ancienne discipline qui prescrivait à à l'évêque de s’informer des mœurs et de la foi de celui qui présentait à l'Église un nouveau candidat. À Soissons, au xxrr° siècle, le prêtre ne demandait le nom de l'enfant qu'après l’insalivation et il lui disait alors : N., entre dans l’Église de - Dieu. Cette question spéciale sur le nom est formulée dans les Rituels . du xv° siècle; nous lisons dans celui de Paris, daté de 1497 : Le prêtre : Que Dieu vous a donné ?
= Les parents : Unfils.
Le prêtre : Que demande-t-il ?
Les parents : Baptesme.
Le prêtre : Comment aura-t-il nom ?
Les parrains : N.::
Ainsi le curé, dans ses premières interrogations, s’adressait aux . parents où du moins à ceux qui les représentaient; mais c “étaient les » parrains qui devaient donner le nom de baptême. - Lesinterrogations se multiplièrent au xvn° siècle. Voici celles qu’on trouve dans la plupart des Rituels français :
D. Quel enfant présentez-vous à l’église ?
R. Un garçon (ou une fille).
. Est-il de cette paroisse ?
. Oui, Monsieur.
N’a-t-on pas ondoyé cet enfant ?
Non, Monsieur.
. Êtes-vous le parrain et la marraine?
. Oui, Monsieur.
É Voulez-vous vivre et mourir dans la foi de l'Église catholique, apostolique et romaine?
R. Oui, Monsieur, moyennant la grâce de Dieu.
> D. Quel nom donnez-vous à cet enfant ?
A Alexano, tous les enfants qui accompagnaient le cortège baptismal répondaient, au seuil de l’église, en même temps que les parrains, à l'interrogatoire du prêtre. Un statut synodal de l'évêque d’'Alexano proscrivit cette coutume, prétendant que ces réponses extraliturgiques faisaient contracter un empêchement prohibant ; mais ce synode tout entier fut annulé par la Sacrée Congrégation du Concile (1).
Pour maintenir l’uniformité dans la liturgie et surtout dans l’administration des sacrements, l’Église romaine a toujours exclu les langues vulgaires ; elle conserve l’usage du latin, comme les Grecs conservent la langue de saint Chrysostome, comme les Jacobites et les Nestoriens gardent leur ancien syriaque, comme les Coptes gardent la langue antique de leurs ancêtres. En Espagne, en Portugal, en Italie, où le latin est à demi compris du peuple, on l’a toujours employé pour les interrogations préliminaires du baptême; mais il n’en est pas de même en France, en Belgique et en Allemagne. Déjà au vin* siècle, saint Boniface, évêque de Mayence, recommandait de s'adresser aux Catéchumènes dans leur langue maternelle (2). Depuis le xvn® siècle, presque tous les Rituels de France, de Belgique, d'Allemagne, de Pologne, formulent les interrogations, soit uniquement dans la langue vulgaire, soit tout à la fois en latin et en langue vulgaire (3). Le patois lui-même n’est pas exclu, quand il domine dans un diocèse (4). Dans les contrées où se parlent divers idiomes, on en laisse le choix : ainsi le Rituel polonais de Péterkau (1847) donne les interrogations de l’arrivée, de la renonciation et de la profession de foi en polonais, en allemand, en français et en lithuanien. Quant aux protestants, ils se font une loi, en Angleterre, en Suède, en Danemark, en Suisse, en Allemagne, de n’employer que la langue vulgaire; il ya même eu des protestants américains qui ont prétendu que notre baptême est nul, parce que nous l’administrons en latin.
Il n’est pas fait mention dans le Rituel romain de l'emploi de la langue vulgaire pour les interrogations faites aux parrains et pour les réponses. L'absence d'interdiction formelle a fait supposer qu’on
(1) Analect. jur. pontif., vrne série, p. 1731.
(2) D'Achéry, Spicil., t. IX, n. 27.
G) Rituels de Salzbourg (1640), de Ratisbonne (1662), de Bourges (1745), du Mans
ie de Liège (1782), d'Angers (1828), de Munich (1840), d'Amiens (1845), de Bavière D)etce
(4) Pastoral de Saint-Omer (1641).