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LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

on veut échauffer ses mains. En général, l’exsufflation est un signe d’hostilité, et l’insufflation un signe de bénédiction. « On souffle, dit Hugues de Saint-Victor (1), non sur la créature de Dieu en elle-même, mais sur le démon qui tient en esclavage l’âme souillée du Catéchumène. On l’éloigne ainsi par la vertu du Saint-Esprit que figure ce souffle. Sa puissance n'est point entièrement anéantie, mais elle est diminuée par une cérémonie qu’il a en horreur. » Le souffle du vent chasse les tempêtes, les nuages, les odeurs méphitiques; de même le souffle de l'Esprit-Saint, qui est le souffle par excellence, chasse l'esprit des ténèbres, comme jadis le souffle que le Seigneur envoya pendant le Déluge fit rentrer les eaux dans leur abîme. Saint Augustin remarque (2) que cette cérémonie emporte une idée de mépris pour le démon, parce qu’elle provient de la coutume où étaient les anciens de souffler sur une personne dont on voulait se moquer.

Dans le rite latin, l’exsufflation ne s’est jamais faite que sur la figure. Chez les Grecs, c'était jadis sur la face et sur les oreilles (3); aujourd’hui le prêtre souffle sur la bouche de lenfant, sur son front et sur sa poitrine, en faisant précéder et suivre cet acte de nombreuses prières d’exorcisme. On pourra juger de leur poétique énergie par le fragment suivant : « Le Seigneur t'adjure, Ô diable! Lui qui est des- « cendu naître dans le monde et poser sa tente parmi les hommes, « afin de détruire ta tyrannie et de délivrer les hommes; Zur qui sur « la croix a triomphé des puissances ennemies, au moment où le « soleil ne donnait plus sa lumière, que la terre tremblait, que les « tombeaux s'ouvraient et que les corps des Saints se levaient; Lui « qui a délivré la mort par sa mort et a condamné celui qui avait la « puissance de la mort, c’est-à-dire toi, Ô diable! Je t'adjure par le « Dieu qui a dressé l'arbre de vie et a commandé au Chérub et à « l'épée flamboyante chargée de le garder. Sois écrasé de honte et « éloigne-toi. Car je t’adjure par Celui qui a marché, comme sur la « terre ferme, sur le dos de la mer et a fait taire la fureur des vents, « Celui dont le regard dessèche les abîmes et dont la menace fait «enfanter les montagnes. C’est Lui, en effet, qui te commande main- « tenant par notre bouche. Sois terrifié; sors et laisse cette créature « et ne reviens pas; ne te cache pas en elle, ne va pas à sa rencontre, « ni pour lui faire violence, ni pour lui nuire, soit dans le jour, ou le

(1) De Sacram., 1. L c: xvirr.

(2) Apol., 1. VI, c. xx.

(3) Concil, I Constant., éan. 7.

« matin ou à midi. Mais va-t’en dans ton enfer, jusqu’au grand jour « préparé du Jugement dernier. Crains Dieu qui est assis sur les Ché- « rubins et qui contemple les abîmes; qui fait trembler les Anges, « Archanges, Trônes, Dominations, Principautés, Puissances, Vertus, « Chérubins aux yeux sans nombre, Séraphins aux six ailes. Le Ciel « tremble devant Lui, et la terre et la mer, et tout ce qu’ils renferment. « Sors et éloigne-toi de cette recrue nouvellement scellée du Christ « notre Dieu. Oui, je t'adjure au nom de Celui qui se promène sur les « ailes des vents, qui a choisi des esprits pour ses ambassadeurs et « un feu flamboyant pour ses ministres. Sors et éloigne-toi de cette « créature avec toute ta puissance et avec tes anges, car est glorifié le « nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, maintenant et toujours « et dans les siècles des siècles. Amen. »

Toute la tradition chrétienne est unanime à considérer l’exsufflation comme un exorcisme en action qui chasse le démon aussi efficacement du corps et de l’âme du Catéchumène que Jésus-Christ le chassait, par un commandement souverain, du corps et de l’âme des possédés. Saint Augustin (1) atteste l’antiquité de ce rite et le considère comme l'indispensable assaut qu’il convient de livrer au démon, avant d’achever sa défaite dans l’eau sainte de la régénération. L’exsufflation était si généralement regardée comme une arme invincible contre le démon que l’hérétique Julien, adversaire du dogme du péché originel et par conséquent du baptême, n’osa point s'élever contre l’exsufflation, craignant sans doute, dit saint Augustin (2), de se faire chasser du monde entier s’il venait à contredire ce merveilleux souffle de l’Épouse de Jésus-Christ, lequel anéantit dans l’âme de ses enfants les forces du parti ennemi.

L’exsufflation était en usage non seulement dans les rites préliminaires du baptême, mais aussi dans les pratiques privées de la piété, comme nous lPapprennent saint Irénée (3) et Tertullien. Ce dernier, pour détourner les femmes chrétiennes de se marier avec un infidèle, leur dit (4) : « Réussirez-vous à vous cacher lorsque vous ferez sur votre lit et sur votre corps des signes de croix, lorsque vous soufflerez pour chasser Pesprit impur, lorsque vous vous lèverez la nuit pour prier? Votre mari ne s’imaginera-t-il pas alors que vous pratiquez

(1) De Symbol. ad catech., 1. 1; De Eccles. Dogmat.; De Nupt., 1. Il: (2) Contra Julian., 1. VI, c. 11.

(3) Lib, 1, ce. xu1r, 2 4.

(ADM AT xor., Ce. 0.

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