LIVRE XIV. -— RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
quelque opération magique ? » Ces exsufflations ont pu, en effet, contribuer à faire accuser les Chrétiens de pratiquer la magie ; car les sorcières thessaliennes, au temps de la République, et les faiseurs de prestiges, au 11° siècle, opéraient par le souffle leurs prétendus enchantements (1).
Un certain nombre d'anciens Rituels français ont quelque peu modifié la formule romaine d’exsufflation (2). Toutes les communions protestantes ont supprimé cette cérémonie.
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Les Signes de croix
Le prêtre fait avec le pouce un signe de croix sur le front et la poitrine de l’enfant, en disant : « Recevez le signe de la croix tant sur le front 4 que sur le cœur 5%, prenez la foi des préceptes célestes, et soyez tel par votre conduite que dès ce moment vous puissiez être le temple de Dieu. » Il ajoute ensuite cette oraison : « O Seigneur, exaucez dans votre clémence les prières que nous vous adressons, et par votre vertu gardez perpétuellement cet élu, marqué du sceau de la croix du Sauveur, afin que, conservant les enseignements divins, il soit digne de parvenir, par l’observance de vos commandements, à la grâce de la régénération. » Nous avons vu que c’est par un signe de croix qu'on était fait Catéchumène : c’est là l’origine immédiate de la cérémonie que nous venons d’indiquer. Mais quelle est l’origine primitive du signe du chrétien ? plusieurs écrivains lui donnent une antiquité très reculée. « Il est infiniment remarquable, dit Gretzer (3), que dès l’origine du monde Dieu ait voulu tenir constamment la figure de la croix sous les yeux du genre humain et ait organisé les choses de manière que l'homme ne püût presque rien faire sans l'intervention du
(1) Le Blant., Recherches sur l'accusation de magie contre les premiers Chrétiens, dans les Mém. des Ant. de France, 1ve série, t. I, p. 24.
(2) Voici la formule la plus usitée : Recede, diabole, ab hac imagine Dei, et da locum Spiritui Sancto Paracleto.
MPDeCruce, VI Cri.
signe de la croix. » Ms Gaume (1) abonde en ce sens et veut démontrer que le signe de la croix existait sous une forme plus ou moins élémentaire chez les Juifs et chez les Païens, et qu’il aurait eu chez Eux une signification réelle, une valeur considérable, quoique plus ou moins mystérieuse, suivant les lieux, les temps et les personnes. D’après l'opinion commune, le signe de la croix que les Chrétiens faisaient dans beaucoup de circonstances de la vie et que la liturgie employait dans tous ses rites, aurait été la figure de la croix sur laquelle mourut le Sauveur; mais le signe dont on se sert dans l’administration des Sacrements se compose de quatre branches égales : comment peut-il représenter l'instrument de supplice du Sauveur qui, selon les uns, était en forme de fau T, ou, selon les autres, en forme de croix latine, dite 2mmissa +. M. le chanoine Davin nous paraît avoir jeté un grand jour sur cette question, en étudiant tout à la fois les monuments iconographiques et les textes des premiers siècles (2). Le signe du chrétien a été d’abord le X, initiale du nom du Christ, Xploros, signe qui, incliné transversalement, forme ce qu’on a appelé la croix grecque +, et cette croix grecque, monogramme du Christ, placée sur une hampe, est devenue la croix latine +. C’est avec ce nom du Christ, ce sceau (sopæyis), qu’on marquait le front des Catéchumènes, qu’on se prémunissait des embüches du démon, qu’on témoignait sa foi, qu’on sanctifiait tous les actes de sa vie privée (3). Plus tard, on donna à ce signe une double signification, celle du nom du Christ et celle de la Croix, et c’est cette dernière qui a fini par prédominer.
Dans l’un et l’autre sens, ce signe est un véritable exorcisme comme l’ont proclamé tous les Pères. « La chair, dit Tertullien (4), est marquée de ce sceau pour que l’âme soit prémunie. » — « Nul bouclier, dit saint Éphrem (5), n’est aussi puissant contre les traits de l’ennemi. À la vue de ce signe, les puissances infernales, effrayées et tremblantes, prennent la fuite. » — « Portons sur nos fronts l’immortel étendard, s’écrie saint Cyrille (6); sa vue fait trembler les démons. »
(1) Le Signe de la Croix au XIXe siècle.
(2) Revue de l'Art chrétien, t. XXIV, 311.
(3) Tertul., 1. Il Ad uxor., c. v; De coron., c. 1; Ambros., De Virg., 1. 1; De Myst., c. 11; Hieron., Ep. XVIII et CXIIT ; Basil., De Spirit. sanct., c. xxvrr ; Cyrill, Cat. IV,
n. 10; Ephr., De Virt,, c. vu; Chrysost., Hom. LIV in Matth.; Aug. in Ps. L: Athan., Dennceerbs ner
(4) De resur. carn., c. vi.
(5) De panopl. et pœnit.
(6) Catech., xrrr,