LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
Les liturgistes du moyen âge ajoutent que l'imposition du signe de croix, dans les préliminaires du baptême, a aussi pour but de montrer que ce sacrement tire sa vertu des mérites de la Croix; que le Catéchumène va être soumis au joug de Jésus-Christ; qu'il devra supporter patiemment les croix et les souffrances de cette vie; ils ajoutent que le signe est fait sur le front pour nous apprendre à ne jamais rougir de l'Évangile, sur la poitrine pour que notre cœur soit disposé à observer tous les commandements du divin Maître (r).
Au moyen âge, le nombre des signes de croix n'était point partout le même. Il n’y en a qu'un seul sur le front dans la liturgie ambrosienne; deux, sur le front et sur le cœur, dans la liturgie gallicane ; quatre, sur lès yeux, les oreilles, les narines et le cœur, dans la liturgie gothique; sept, sur le front, les yeux, les oreilles, le$ narines, la poitrine, les épaules et la bouche, dans divers Rituels d'Allemagne, de France et de Belgique. Les auteurs du Voyage litiéraire de deux Bénédictins (2) disent avoir vu à la cathédrale d’Auch un Sacramentaire du x° siècle où il était prescrit au prêtre, après les interrogations, de faire un signe de croix avec le pouce sur la main droite de l'enfant et de lui faire exécuter le signe de la croix de cette même main droite, en disant: « Je te signe du signe de la Sainte Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ avec ta propre main droite, afin qu’il te conserve et qu’il te protège contre les puissancés ennemies, et qu'obtenant la vie éternelle tu vives dans les siècles des siècles. »
Dans un certain nombre d’églises, le parrain et la marraine répétaient, sur le front de l'enfant, le signe de croix que le prêtre venait d'y tracer, et disaient en même temps : /n nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen (3).
Plusieurs Rituels du moyen âge et des temps modernes (4) accompagnent le signe de croix de ces paroles : « Je place le signe de la sainte croix du Sauveur Notre-Seigneur Jésus-Christ sur ton front — sur ton cœur. »
La cérémonie du signe de croix est marquée dans le MNomocanon syrien, dans les Rituels des Coptes, des Éthiopiens, des Nestoriens,
) Raban Maur, 1.1 De inst. cleric., c. xxvir.
) Deuxième partie, p. 30.
) Patrol. lat., t. CV, col. pceczxxxmi; Alcuin, Epist. de bapt.
(4) Rituel de Névelon (x® s.), publié par la Soc. arch. de Soissons, p. 93; Rituel de
Ps (1697).
des Maronites, etc.; ces derniers l’ont remplacée, au xvirr° siècle, par une triple insufflation sur le front, en forme de croix (1).
Dans le rite grec, le scellement des enfants se faisant le huitième jour de la naissance, cette cérémonie n’est point renouvelée dans les exorcismes; mais plus tard différents rites sont accompagnés du signe de croix que le prêtre fait avec le pouce, l'index et le médium.
Les Rituels arméniens ne font pas mention du signe de croix.
Ce rite, supprimé par les Calvinistes, a été conservé par la plupart des Luthériens. Dans l’Église anglicane, le signe de la croix se fait non pas avant le baptême, mais immédiatement après, quand le pasteur prononce ces paroles : « Nous recevons N... dans le sein de l'Église chrétienne et nous le signons du signe de la croix. » Les Protestants anglais se sont trouvés gênés par les reproches des Calvinistes sur cet emploi d’une coutume papiste dans le baptême. Aussrle Prayer book contient-il l'observation suivante : « Afin d’éloigner tout scrupule concernant l'usage du signe de la croix dans le baptême, on peut voir la vraie explication de cet usage et les justes raisons pour le conserver, dans le trentième canon publié pour la première fois en l’année 1604.» Cet essai de justification fait dire avec raison à Me Pittar, l’auteur d’une Protestante convertie au Catholicisme : « C’est bien étonnant qu’il ait fallu attendre l’heureuse époque de 1604 afin de donner, pour la première fois au chrétien, une explication et une excuse de l’usage du signe de Ia croix, ce signe sacré de la rédemption du genre humain. »
ARTICLE - VI
Imposition de 1a main
Le prêtre étend la main droite sur la tête de l’enfant, en disant : « Dieu tout-puissant et éternel, Père de Jésus-Christ Notre-Seigneur, daignez abaisser vos regards sur votre serviteur N.. que vous avez daigné appeler aux premières leçons de la foi; chassez tout aveuglement de son cœur; brisez tous les liens dont Satan le tenait
(1) Assemani, Cod. liturg., 1. II, c. v,p. 315,